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Economie viticole Anticiper « l’après distillation »

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La distillation est un remède d’urgence attendue par les viticulteurs pour juguler l’hémorragie des prix et se défaire de vins de médiocre qualité. Mais que se passera-t-il ensuite, avec une récolte 2009 presque normale, des stocks encore présents issus de la récolte 2008 et l’entrée en application de la réforme de l’OCM qui va mettre en compétition frontale les vins de cépages de tous les pays ? Pour éviter des turbulences insurmontables, les caves coopératives demandent la mise en place d’indicateurs sur les prix. La filière attend un plan d’urgence économique pour aider les entreprises en difficulté à passer ce cap ou à cesser leur activité.

La prochaine récolte sera presque normale. Elle est estimée à 47,9 Mhl par le ministère de l’Agriculture (voir encadré). Même si elle s’annonce de bonne qualité, à moins d’être un millésime exceptionnel, elle ne permettra pas une remontée des cours, estiment les professionnels. Les stocks de la récolte 2008 vont continuer à peser sur le marché. La distillation de 600 000 hl, qui aura surtout un effet momentané sur les prix, ne suffira pas à dégager le marché.
D’autre part, la mise en application de la réforme de l’OCM (dès le 1er août) risque de compliquer un peu plus le problème de valorisation des vins. En effet, les vins sans indication géographique (IG), qui vont remplacer les vins de table, pourront désormais porter une mention de cépage. Les vins de cépage connaissent aujourd’hui un succès certain, notamment auprès des nouveaux consommateurs, dans presque tous les pays du monde et ils attisent bien des appétits.
« Il pourrait y avoir une tendance à acheter un vin de cépage comme le merlot au même prix en France, en Espagne ou en Italie », craint Denis Verdier, ajoutant que cela entraînerait toute la filière française « dans des difficultés graves » car les coûts de revient français et espagnols ne sont pas les mêmes.
Les nouveaux vins de cépages sans IG inquiètent
Il faut ajouter que si les prix des vins sans IG avec mention de cépage baissent en France, alors ceux des vins avec IG (actuels vins de pays ou AOC) portant les mêmes mentions, baisseront également. Par contrecoup, le prix de tous les vins suivrait. D’autant que le volume des vins sans IG – de 12 à 15 Mhl par an – est suffisant pour déstabiliser le marché. Et ce volume pourrait encore grossir si certains des vins de pays actuels optent, à l’avenir, par choix ou par nécessité, pour cette nouvelle classification.
« Dans une pyramide, si l’on organise bien la base, l’ensemble peut être fort. Sinon, une chute de prix des produits de base entraîne tous les segments du marché », observe le président de la CCVF.
Pour éviter ce nouvel écueil, Denis Verdier souhaite que l’on crée un indicateur de prix comme dans la filière laitière. « Pour le lait, le Premier ministre a déclaré qu’il n’accepterait pas que les prix du lait continuent à se dégrader. Il serait inacceptable de laisser aller à vau-l’eau les prix en viticulture. Nous voulons que l’on puisse commencer à mettre en œuvre des indicateurs de tendance de cours, en particulier pour la nouvelle catégorie des vins sans IG », a t-il demandé.
Un tiers des caves coopératives en difficulté
Cette anticipation sur le très court terme doit s’accompagner d’un plan d’aide à la filière, selon Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA. « Environ un tiers des 750 caves coopératives », et cela quelle que soit leur taille, « devraient se regrouper avec d’autres » pour faire face à une situation économique critique, conseille Denis Verdier. Sur le terrain, il est question que certaines d’entre elles n’ouvrent pas leurs portes pour la vendange. Trop de stocks, une trésorerie exsangue et une incapacité à rétribuer les vignerons, les acculeraient à cette décision.
Bon nombre d’exploitations agricoles ne vont pas mieux.
« Selon les Centres d’économie ruraux, 80% des comptes de résultats des vignerons sont dans le rouge dans le Midi », a encore précisé le 7 juillet Denis Verdier. « Sur 280 000 ha de vignes en Languedoc-Roussillon, 200 000 environ ont besoin d’être accompagnés par des mesures économiques après une récolte 2008 en baisse de 30% et des prix en baisse de 30% », estime Jérôme Despey.
D’autres régions sont également en difficulté, l’Entre-deux-mers, Midi-Pyrénées et le Beaujolais notamment.
Vignerons indépendants : des ventes en vrac à bas prix
Même observation chez les Vignerons indépendants, surtout pour ceux qui vendent en vrac.
« Parmi les entreprises qui font du vrac, il y en a qui sont à bout de souffle, même si elles ont vendu leur vin. Les ventes se sont faites avec des prix faibles, sur une récolte faible », reconnaît Michel Issaly. Certains s’en sortent mieux que d’autres : ceux qui embouteillent, qui ont des débouchés diversifiés et qui ont pu se refaire une santé en 2006 et 2007, après les années de crise qui ont suivies l’an 2000.
Cependant, tous les marchés sont à la baisse : grande distribution, cavistes, restauration (-30% environ en un an) et exportation, observe Michel Issaly.
« Nous vendons la récolte 2008 largement en dessous du seuil de rentabilité. Si la crise dure, il y aura des abandons. La situation est très inquiétante », reconnaît le président des VIF.
Déjà, avant les chiffres 2009, les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2008 enregistraient une baisse de revenus significative en viticulture en raison d’une chute des cours et d’une hausse des charges, notamment en produits phytosanitaires (voir Agra n°3210 du 6 juillet 2009).
Un plan économique pour la filière
Aussi, la filière demande à être reçue d’urgence par le ministre. Le principe d’un rendez-vous a été accepté par Bruno Le Maire, il devrait être fixé avant fin juillet. La filière soumettra alors un plan économique. Les principales mesures demandées seront des aides à la trésorerie ; la prise en charge de la taxe sur le foncier non bâti et des charges sociales ; un allègement des taxes sur les activités accessoires (gîte rural, photovoltaïque…) et une assurance pour le risque de non-paiement à l’exportation sur pays tiers. Il sera question encore de mesures pour accompagner les viticulteurs qui souhaitent cesser leur activité. Actuellement, les primes à l’arrachage définitif sont réservées aux viticulteurs de plus de 55 ans. La filière voudrait que ces aides s’appliquent à des personnes plus jeunes dans un cadre plus souple. Les arrachages devraient donc continuer l’an prochain d’autant que les banques poussent les viticulteurs à y recourir pour faire de la trésorerie. Le vignoble français, qui perd 10 000 ha sur la campagne 2008/2009, devrait continuer à fondre.
Le seul espoir de développement repose sur des mesures positives qui permettraient aux entreprises de rebondir en sortie de crise. Car, après chaque crise, la consommation explose, remarque Michel Issaly, fort de 30 ans d’expérience. De manière plus générale, estime t-il, les politiques doivent imaginer le fonctionnement des TPE et des PME de sorte qu’elles soient capables d’affronter avec succès ce fonctionnement de plus en plus cyclique de l’économie.

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