Avant même l’appel à la mobilisation des producteurs de lait lancé par la FNSEA et la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), les éleveurs étaient sur le terrain face à la « provocation » d’un prix du lait en baisse de 30 % par rapport au mois d’avril 2008. « Ce prix qui se situe entre 210 et 220 euros/1000 litres dépasse l’entendement », a résumé Henri Brichart, président de la FNPL. Il appelle, avec Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA à une journée d’action le 19 mai.
«Nous sommes revenus au Moyen-Age. Les producteurs de lait sont les serfs des entreprises et de leurs actionnaires », a lancé Henri Brichart, président de la FNPL, le 14 mai alors qu’il appelait à la mobilisation des éleveurs. Si l’on compare la situation actuelle avec celle de 2006, on constate effectivement une baisse des cours de la poudre de 20% et du beurre de 6%, explique le syndicat. « Mais ces produits représentent moins de 30% du débouché du lait français. Parallèlement, sur les produits de grande consommation écoulés en France qui constituent 50% du débouché du lait français, on enregistre une hausse des prix de 6% à 10% selon les marques », souligne la FNPL. Enfin, « peut-on occulter qu’entre 2006 et aujourd’hui, les charges des éleveurs ont augmenté de 25% ? », interroge la FNPL. Dans ce contexte, un prix du lait en baisse de 30 % (par rapport à avril 2008) est « incompréhensible, inadmissible et insupportable », résume Henri Brichart. « Ce prix du lait du mois d’avril qui se situe entre 210 et 220 euros/1000 litres dépasse l’entendement », conclut-il. Mais c’est aussi sur la méthode employée par les entreprises que les producteurs réagissent.
Dépendance économique « très forte »
Faute d’accord, les éleveurs ne savent pas à l’avance à quel niveau de prix leur sera payé le lait qu’ils ont livré en avril. Ils le découvrent sur la fiche de paie dont la date limite de réception est fixée au 15 mai. Du jamais vu dans la filière depuis 10 ans.
« Imaginez ces mêmes entreprises livrant leurs produits à la grande distribution et attendant leur prix… sans rien savoir, ni avoir négocié à l’avance », souligne Henri Brichart. « Les producteurs de lait sont en situation de dépendance économique très forte par rapport aux entreprises qui les collectent. Ils ont un seul client et ne peuvent pas en changer comme ils le souhaitent », rappelle-t-il.
Des manifestations spontanées
Avant même la date limite de réception de leur bordereau de paie, les éleveurs exprimaient leur révolte en bloquant des laiteries dans des manifestations « spontanées ». « Je comprends et je soutiens ces sentiments de révolte », a commenté Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, le 14 mai. Partout en France des appels à manifester devant les laiteries sont lancés. Dès le 13 mai, une cinquantaine de producteurs ont barré l’accès de la fromagerie Gillot, à Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne) à l’appel de la Confédération paysanne, tandis qu’un autre groupe d’éleveurs ont empêché l’accès à l’usine Danone de Ferrières-en-Bray (Seine-Maritime). Près de Rodez (Aveyron), une soixantaine de manifestants ont aspergé de lait et de poudre de lait les représentants de l’industriel Lactalis.
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Une journée d’actions est programmée le 19 mai notamment devant les préfectures. « Il ne faut pas que le gouvernement français se dédouane de ses responsabilités », prévient Henri Brichart et notamment de « son manque d’anticipation d’une politique agricole renvoyant face à face producteurs et entreprises ».
Accord sur le prix : un « faux procès »
En ligne de mire : l’interdiction faite il y a tout juste un an par la répression des fraudes d’établir une recommandation nationale sur le prix du lait au sein de l’interprofession. « Nous, à la FNPL, on considère que l’on peut toujours discuter de ce sujet à l’interprofession », affirme Henri Brichart. Pour Jean-Michel Lemétayer, « les pouvoirs publics vont être obligés de régler ces affaires ! ». Xavier Beulin, le vice-président de la FNSEA estime qu’il est fait un « faux procès » à l’ancien accord interprofessionnel sur le prix du lait. Le lait est « une exception » qui sur le marché mondial ne se caractérise par aucun repère de prix, argumente Xavier Beulin.
L’enjeu de cette journée de mobilisation est aussi de remettre les entreprises coopératives et privées autour de la table de négociation. Les entreprises « responsables » vont voir plus loin que la satisfaction de leurs actionnaires à leur assemblée générale, veut croire le président de la FNPL. « Je ne désespère pas de trouver une ligne directrice claire pour les producteurs au niveau national », espère, quant à lui Jean-Michel Lemétayer.