Tout comme le commissaire européen Dacian Ciolos, plusieurs États membres, dont la France, ont souligné, lors du dernier Conseil agricole de l'UE, la nécessité de faire preuve de « vigilance » dans les nombreuses négociations commerciales entre l'UE et les pays tiers afin d'assurer qu'elles aboutissent à un résultat « équilibré » pour l'agriculture européenne.
PRENANT acte du blocage du cycle de Doha (1), l'UE mène aujourd'hui des négociations commerciales avec 11 partenaires (États-Unis, Japon, Mercosur, Maroc...), en plus des accords de partenariat économique (APE) avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), a rappelé le commissaire européen Dacian Ciolos en ouverture d'un débat des ministres de l'agriculture sur les échanges internationaux, le 13 octobre à Luxembourg. 12 accords ont été conclus et doivent encore entrer en vigueur – Canada (2), Equateur, Ukraine, cinq APE... –, et environ 50 existent déjà.
Ce décompte a amené la France et l'Autriche à réclamer à la Commission un bilan des concessions agricoles offertes par l'UE.
Les produits à haute valeur ajoutée, créneau essentiel
Résultat de cette politique commerciale, selon Dacian Ciolos : les exportations agricoles et agroalimentaires de l'UE ont atteint 120 milliards € en 2013. Dans ce secteur, l'UE-28 est devenu l'exportateur mondial numéro un, tout en maintenant également sa position de premier importateur, avec, l'année dernière, un surplus de la balance commerciale de 18,6 milliards €.
Le commissaire sortant à l'agriculture a estimé que les produits agroalimentaires à haute valeur ajoutée sont un « gisement majeur de croissance » pour l'UE dans les prochaines années (voir encadré). Il a souligné à ce propos les progrès réalisés pour les indications géographiques dans tous les accords, surtout ceux avec Singapour, le Canada et l'Afrique du Sud, pays qui ne soutiennent pas traditionnellement la protection de ces dénominations. Néanmoins, a reconnu Dacian Ciolos, il faut maintenir un « équilibre » et rester « vigilant » dans l'établissement des relations commerciales avec les pays tiers, et accompagner cette politique d'une Pac forte, y compris avec des outils tels que le nouveau programme de promotion (3).
Valoriser, et non pas remettre en cause, le modèle agricole européen
Au cours de l'échange de vues entre les ministres, plusieurs États membres ont souligné, bien entendu, la nécessité que les accords commerciaux internationaux soient équilibrés en ce qui concerne l'agriculture. Les Pays-Bas, la France, la Pologne, l'Irlande et d'autres ont estimé que l'UE devrait lutter en priorité pour la suppression des barrières non tarifaires des pays tiers.
L'Irlande, l'Autriche, la France, les Pays-Bas et d'autres ont réclamé la transparence dans les pourparlers menés par la Commission européenne. À ce propos, le Conseil de l'UE avait décidé quelques jours auparavant, le 9 octobre, de déclassifier le mandat de négociation confié à l'exécutif pour l'accord de libre-échange avec les États-Unis. Un mandat de portée générale qu'il avait approuvé en juin 2013, et avait alors fait l'objet de « fuites » (4).
Plusieurs ministres ont déclaré, de plus, qu'il était essentiel d'assurer, dans les relations internationales, le respect des normes qui caractérisent l'agriculture de l'UE : protection des indications géographiques, bien-être animal (Pays-Bas, Espagne), sécurité alimentaire. Dacian Ciolos a assuré sur ce point que les négociations commerciales devaient être l'occasion de valoriser le modèle agricole, et certainement pas de le remettre en cause.
Enfin, quelques États membres (Royaume-Uni, Danemark, Suède) ont tenu à souligner surtout l'intérêt de l'ouverture des marchés.
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UE/États-Unis : encore « du travail à faire »
Le commissaire à l'agriculture a précisé par ailleurs devant les ministres qu'il y avait encore « du travail à faire » dans les négociations commerciales euro-américaines, dont la dernière session s'est tenue du 29 septembre au 3 octobre à Chevy Chase (Maryland) (5). L'UE réclame notamment des progrès sur les règles et la législation, tandis que les États-Unis insistent plutôt sur l'accès au marché.
Dans un discours prononcé à Berlin le 9 octobre, Karel De Gucht, le commissaire sortant au commerce, avait de nouveau affirmé qu'un accord avec Washington « ne changera pas la législation sur les organismes génétiquement modifiés, sur le boeuf traité aux hormones, sur le poulet nettoyé au chlore ou sur les produits chimiques en général ». Cet accord « ne restreindra pas la souveraineté de l'Europe » en matière de réglementation, avait-il ajouté.
Le 15 octobre, lors d'une réunion informelle à Rome des ministres du commerce des Vingt-huit, Karel De Gucht – auquel doit succéder la Suédoise Cecilia Malmström au sein de la prochaine Commission européenne (6) – et le vice-ministre italien délégué au commerce extérieur, Carlo Calenda, ont tous deux plaidé pour que l'UE et les États-Unis saisissent leur chance en 2015, année où les deux partenaires ne feront face à aucune échéance électorale, pour boucler leurs négociations de libre-échange, lancées en juin 2013.
(1) et (2) Voir n° 3464 du 29/09/14
(3) et (6) Voir même numéro
(4) Voir n° 3403 du 17/06/13
(5) Voir n° 3466 du 13/10/14
«Si l'UE continue d'être le plus grand exportateur de produits alimentaires et de boissons, sa part dans les exportations mondiales a lentement décliné au cours des dernières années (de 20,1 % en 2001 à 17,8 % en 2010) », selon une étude de compétitivité réalisée par des chercheurs et universitaires de plusieurs États membres et présentée le 6 octobre à la commission de l'agriculture du Parlement européen. « Cela a révélé l'absence d'un marché unique, un fonctionnement imparfait de la chaîne d'approvisionnement, et des écarts de productivité largement liés à des structures morcelées, les petites et moyennes entreprises étant dominantes dans le secteur de l'agriculture comme dans celui de la transformation alimentaire », expliquent les auteurs. L'étude souligne que, sur la période 2002-2012, les baisses les plus sensibles en matière de part de marché dans les exportations mondiales ont été enregistrées par le Danemark, la Hongrie et la Slovénie. Et aussi que, parmi les catégories de produits, « la viande est la seule pour laquelle l'UE-28 a augmenté sa part ». Dans ce secteur, « une position concurrentielle et une évolution très bonnes ont été constatées pour le porc, tandis que la position dominante traditionnelle du Danemark a décliné ». Les auteurs calculent que les produits à haute valeur ajoutée représentent « les deux tiers » des exportations agricoles totales de l'UE. Ils confirment que, « sans nul doute, les boissons, les spiritueux et le vinaigre représentent le premier secteur exportateur de l'industrie agroalimentaire de l'UE-28, à la fois en termes de part de marché dans les exportations mondiales et de contribution à la valeur des exportations ». Cependant, ajoutent-ils, cette part « a légèrement décliné au fil du temps ».