Quatre jours après le lancement d’un appel à retenir les broutards, le ministre de l’Agriculture devait réunir le 16 octobre éleveurs et exportateurs, en pleine polémique sur la baisse des prix.
Après plusieurs semaines de polémique sur la baisse des prix des broutards, le ministre de l’Agriculture devait réunir, le 16 octobre dans le Puy-de-Dôme, les éleveurs et les exportateurs. Une manière de siffler la fin de la partie, à en croire Emmanuel Bernard, le vice-président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) : « Les pouvoirs publics se posent les mêmes questions que nous. Si le ministre avait été convaincu par les explications sur la baisse des prix, il ne serait pas allé sur le terrain. » Le 12 octobre, la tension était montée d’un cran avec l’appel à « retenir au maximum les broutards en ferme » lancé par le Berceau des races à viande du Massif central (Brav). Ce durcissement s’est concrétisé par au moins trois actions syndicales dans le Cantal – fief du président de la FNB –, et une rencontre avec Sicarev dans la Nièvre. Une dernière action était prévue dans le Puy-de-Dôme le 15 octobre.
D’après le Berceau (qui regroupe 22 départements), « depuis des semaines, un éleveur perd 150 € par animal vendu ». En moyenne, les broutards partent actuellement à 2,38 €/kg, affirme le Brav, bien au-dessous de « l’indicateur du coût de production national » (3,25 €/kg). Une baisse « incompréhensible et inacceptable », « totalement décorrélée des réalités du marché », estiment les éleveurs, pour qui « la demande du marché européen est là ». En particulier, « les exports vers l’Italie (première destination des broutards français, NDLR) sont stables par rapport à 2019 » ; en cumul depuis le début 2020, ils se situent à -1 % par rapport à 2019, selon la DGAL (ministère de l’Agriculture) et les Douanes.
Cotation italienne en baisse
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« Les Italiens ont besoin de rentrer des bêtes » pour les engraisser, avance Michel Joly, président de la Fédération régionale bovine de Bourgogne-Franche-Comté, pour défendre l’appel à la rétention des animaux. « En plus, ils ont des méthaniseurs à faire tourner et ils ne peuvent pas attendre un mois », estime-t-il dans un communiqué de la FDSEA de Saône-et-Loire.
De l’autre côté des Alpes, la cotation au marché de Modène est en recul de 4 à 5 % par rapport à 2019 depuis plusieurs semaines. « Nous avons rencontré [les exportateurs français] – Deltagro, Eurofeder, Bevimac et Parma France – à plusieurs reprises cet été, ils n’ont fait que prendre la défense des Italiens », déplore Guillaume Gauthier, élu national de la FNB et président de la section bovine de la FDSEA de Saône-et-Loire, cité dans un communiqué du syndicat départemental. « Les exportateurs ne se battent pas pour défendre le broutard français, abonde Emmanuel Bernard. Si leur rôle se limite à fournir des broutards au prix voulu par les Italiens, nous allons nous poser des questions à la FNB : faut-il encore produire des broutards ou inciter à d’autres productions ? »
« Les exportateurs ne défendent pas le broutard français »