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Crise laitière Appel à une grève européenne du lait depuis Paris

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Après 8 mois de menace, les producteurs de lait français de l’OPL et de l’Apli ont lancé officiellement la grève à Paris, le 10 septembre. « Il y a des pandémies qu’on ne soupçonne pas mais qui vous détruisent », a lancé Pascal Massol, le président de l’Apli à l’adresse de la politique européenne accusée de « négligence » et « d’inefficacité ». L’objectif est de fédérer le maximum de producteurs de l’Europe dans cette grève pour changer de politique. Les représentants à l’EMB du Danemark, de l’Espagne, de l’Italie, de la Suède et de l’Irlande ne soutiendront pas cette action.

C’est dans une certaine confusion que la grève du lait annoncée depuis 8 mois a été officiellement lancée, le 10 septembre à Paris. Seules les organisations françaises adhérentes à l’EMB (European Milk Board), à savoir l’OPL (Organisation des producteurs de lait) et l’Apli (Association nationale des producteurs de lait indépendant) ont appelé clairement à la grève en compagnie de leurs collègues européens de l’EMB lors d’un meeting. Cet événement a réuni une centaine d’adhérents et de sympathisants. Le président de l’EMB, Romuald Schaber, également à la tête de la Confédération des producteurs laitiers (BDM) allemande, n’a pas pu appeler à la grève en son nom propre. La faute à la loi « anticartel » qui le menace de poursuite judiciaire, tout comme ses collègues syndicalistes autrichiens et hollandais. Tout au plus a-t-il pu évoquer « la révolte des producteurs » qui prendra bien la forme d’une grève du lait.

« Automutilation »
Les représentants français ont été plus clairs. « Dès la traite de ce soir, (le 10 septembre : ndlr) on ouvre les vannes », a lancé Pascal Massol, le président de l’Apli. « Cette automutilation que constitue une grève du lait va débuter aujourd’hui », a-t-il ajouté, insistant sur la gravité de cet acte qui consiste à jeter du lait. « Comme notre matière n’a plus de valeur, nous ne la fournissons plus ». Le leader de l’Apli a lancé un appel solennel aux producteurs de toutes sensibilités syndicales à venir les rejoindre. « Les grévistes devront respecter les non grévistes », a-t-il prévenu.
Daniel Condat, président de l’OPL, se félicite que la France soit « un pays révolutionnaire et libre » donnant le droit de lancer un appel à la grève du lait à tous les pays européens. « Dispersés nous ne ferons rien », prévient-il. Ce qui n’est pas si simple. Lors de l’assemblée générale de l’EMB qui devait décider de la grève du lait, le 10 septembre au matin, les administrateurs des 14 pays adhérents ne se sont pas tous montrés favorables à ce mouvement. C’est presque sans surprise que les représentants du Danemark, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Irlande ont voté contre.

Changer de politique
L’objectif de cette grève est d’obtenir « un changement de politique européenne ». « Nous sommes des victimes ciblées de décisions politiques erronées », a résumé Romuald Schaber. « La méthode de gestion de la Commission européenne détruit la campagne et sème la misère », renchérit Daniel Condat. « Une politique nouvelle est possible », avance-t-il. L’EMB demande au Conseil européen et à la Commission européenne d’engager des mesures à moyen terme qui permette une « régulation de l’offre souple qui s’adapte à la demande ». « Aux vues des excédents qui ne cessent de s’accroître, l’EMB demande par ailleurs d’aider à pallier immédiatement à cette situation de prix catastrophique en réduisant rapidement les volumes de lait ». « Quand une entreprise automobile a des stocks de voitures, elle pratique le chômage partiel », résume, pragmatique, Daniel Condat. L’objectif est de bâtir une nouvelle politique laitière « intelligente ». « Tout a été fait au préalable pour être entendu », rappelle l’EMB. Sans succès. Cette grève est leur dernière chance.

La peur de la grève
Aujourd’hui, « notre détermination à faire grève est là et les politiques vont le voir ! », affirme le président de l’OPL. « Déjà avant même le lancement officiel de la grève, les entreprises laitières ont envoyé ce matin leur camion pour ramasser le lait des tanks chez les agriculteurs en prévision du risque de les trouver déjà vides ce midi », ironise Pascal Massol. « Ce matin la peur de cette grève s’est concrétisée » au regard de l’attitude des transformateurs, affirme le président de l’OPL. « Nous serons écoutés avant la fin de la semaine prochaine », promet le syndicaliste qui voit l’« apogée » de cette grève pour le 14 ou 15 septembre.

La FNSEA minimise
Du côté de la FNSEA, opposée à la grève, on minimise logiquement son impact. Jean-Michel Lemétayer, son président, table publiquement sur 10 % des producteurs de lait grévistes. Ce qui serait un échec patent. Toutefois, il se fend, le 10 septembre, d’une « lettre ouverte aux éleveurs laitiers » cosignée par Henri Brichart, le président de la FNPL, et William Villeneuve, le président des Jeunes Agriculteurs. « Il nous faut rester unis, éviter des conflits et altercations entre producteurs : faisons nos comptes, calculons nos pertes de revenus et demandons au gouvernement les compensations indispensables à notre survie, notamment par l’application d’une année blanche », propose le syndicalisme majoritaire. Pas sûr que cela suffise pour empêcher les agriculteurs tentés de faire grève de rejoindre le mouvement. « Il faut le dire sans tabou, le désespoir a gagné de nombreuses fermes », ajoutent les organisations majoritaires. Et c’est justement dans un tel climat que ce type d’action peut prendre. Réponse dans quelques jours.

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