La réforme de l’Europe betteravière est quasiment terminée. Reste, pour les planteurs de betteraves réunis au sein de la CGB, à en compenser les conséquences. « La réforme conduit à une baisse des revenus betteraviers de plus de 20 % », annonce Éric Lainé, président de la CGB. Selon lui, tous les moyens doivent être explorés pour redresser ce revenu, à commencer par la suppression de la taxe à la production qui ne se justifie plus et par le maintien intégral du DPU betteraves. D’autant qu’un accord à l’OMC pourrait de nouveau pénaliser la production betteravière européenne, estime en substance Éric Lainé.
«La réforme du règlement européen conduit à une baisse des revenus betteraviers de plus de 20 % », annonce Éric Lainé, président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves). Selon lui, les DPU (aide européenne) ne compensent qu’à hauteur de 60 % un prix en forte chute compte tenu de la réforme. Les planteurs, dont les 14 assemblées générales de région viennent de se tenir, vont donc chercher tous les moyens de retrouver du revenu. « Faute de quoi, la baisse nous met en concurrence avec les autres grandes cultures », estime Éric Lainé. D’où un risque pour le maintien du potentiel de production en hors-quota et pour le bon approvisionnement des filières industrielles. Le hors-quota est destiné notamment à la production de biocarburants, d’alcool et de matières premières pour l’industrie chimique. Certains producteurs pourraient être tentés d’abandonner les filières les moins rémunératrices. Quant au quota lui-même, il était de 3,3 millions de tonnes avant la réforme, et il reste cependant de l’ordre de 3 millions de tonnes auquel il convient d’ajouter 300 000 t de débouchés pour l’industrie chimique. « On a donc privilégié les volumes par rapport aux prix dans le cadre de cette réforme », explique Éric Lainé. Les planteurs étaient persuadés qu’il serait plus facile de rattraper ou de compenser des évolutions négatives de revenus que de récupérer des volumes de production. D’autant que la majorité des betteraviers qui ont abandonné la production l’ont fait volontairement. Pour les autres, environ 25 000 contre 30 000 avant réforme, c’est la baisse de rentabilité qu’il faut maintenant corriger.
Supprimer la taxe à la production
Premier objectif pour redresser le revenu : faire supprimer la taxe à la production de 12 euros la tonne de sucre, qui ne se justifie plus au moment où l’Europe devient déficitaire. « Il est nécessaire de supprimer cette taxe qui est une réminiscence du financement par les producteurs des exportations de sucre dans le précédent Règlement, affirme Eric Lainé. L’UE va devenir importateur net, il n’y a pas de raison que seule la production européenne de sucre paye une taxe et non les sucres importés. C’est une distorsion de concurrence inacceptable ». Selon le président de la CGB, au moment où l’objectif de l’UE, consistant à fixer une baisse de 6 millions de tonnes de la production en Europe, est atteint (à 350 000 tonnes près), une telle taxe ne se justifie plus dans un tel contexte. Deuxième orientation : garder les DPU betteraviers hors modulation à leur niveau actuel. C’est une demande qui doit être faite à l’occasion du bilan de santé de la Pac négocié d’ici fin 2008.
Amélioration des rendements
À ces deux demandes s’ajoutent des efforts de la filière elle-même : amélioration des rendements grâce à l’appui technique des semenciers et de l’ITB (Institut technique de la betterave). L’objectif est aussi de continuer à économiser les intrants, répondant de cette manière aux exigences de développement durable. Autre moyen d’amélioration : la revalorisation des prix de la pulpe destinée à l’aliment du bétail, ce qui devrait être possible compte tenu de la hausse des autres grandes cultures destinées à l’aliment des animaux.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Restent deux échéances, concernant la fiscalité de l’éthanol d’une part et l’OMC d’autre part. Sur le premier dossier, les betteraviers ont toujours été prêts à évoluer en fonction des progrès de productivité de la filière. Mais « à condition que l’éthanol, à valeur énergétique égale, ne soit pas plus taxé que l’essence », explique le président de la CGB. Celui-ci conteste vivement que les biocarburants soient la cause des hausses de prix alimentaires : aujourd’hui, « les biocarburants ne représentent que 1 % des surfaces agricoles en Europe comme au Brésil, ce n’est pas cela qui renchérit les prix alimentaires », dit-il.
Sur le deuxième point, la CGB insiste quant à la possibilité de bénéficier d’une clause de sauvegarde (un tarif qui renchérit les importations si celles-ci dépassent un niveau défini à l’avance) et ne surtout pas être classé au rang des produits sensibles ou… exotiques.