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Étiquetage alimentaire Après le choix pour le Nutri-Score, des professionnels partagés

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Alors que Marisol Touraine a révélé que le Nutri-Score serait le système d’étiquetage nutritionnel facultatif promu par l’État, l'Ania et la FCD veulent attendre la fin du processus. En revanche, Fleury Michon va déployer le logo 5 couleurs sur ses emballages dans les prochains mois et Agromousquetaires sur certains produits "sensibles".

La nouvelle a fait l’effet d’une petite surprise parmi les professionnels impliqués dans le processus de décision quant au logo nutritionnel à apposer sur les emballages des produits alimentaires. Mercredi 15 mars, dans le Parisien, la ministre de la Santé affirmait que le logo nutritionnel retenu serait le Nutri-score, étant donné que les études menées fin 2016 concluaient qu’il s’agissait du logo le plus efficace. Et qu’un arrêté serait pris en avril pour acter l’adoption de ce logo. Pourtant, le processus de désignation, auquel les professionnels étaient associés, n’était pas arrivé à son terme.

L’Ania a immédiatement réagi en affirmant qu’elle attendra « la présentation officielle des résultats de l’expérimentation en conditions réelles prévue dans les prochains jours par respect pour l’ensemble des parties prenantes impliquées. » Elle rappelle aussi qu’elle a été partie prenante de l’ensemble du processus de désignation du logo. Et ne manque pas de rappeler que l’Anses a indiqué récemment que la pertinence des systèmes d’information nutritionnelle examinés n’était pas démontrée. « L’Ania, avec ses adhérents, analysera avec beaucoup d’attention l’ensemble des éléments issus de la concertation pour mieux comprendre les attentes des consommateurs, les leviers et les limites de chaque système afin que le dispositif volontaire retenu soit pérenne et puisse rencontrer l’adhésion la plus large des fabricants », note-t-elle. Elle rappelle aussi la nécessité de porter la recommandation française au niveau communautaire, notamment pour « garantir l’unité nécessaire du marché intérieur au service des consommateurs européens. »

La FCD très surprise de la décision de la ministre

La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui rassemble la plupart des grandes enseignes françaises (Carrefour, Casino, Système U, Auchan, etc.) à l’exception de Leclerc et d’Intermarché, s’est déclarée « très surprise par la décision de la ministre » et entend poursuivre la concertation actuellement en cours. Plusieurs réunions avec les différentes parties prenantes (industriels, distributeurs, consommateurs, experts, membres du ministère de la santé) sont prévues très prochainement afin de présenter les résultats du test des différents systèmes d’étiquetage dans plusieurs enseignes, avant que l’Anses ne rende un avis. Emilie Tafournel, directrice qualité au sein de la fédération, confirme ainsi que « la fédération souhaite analyser les résultats complets du test afin de proposer un système amélioré, le plus efficace pour le consommateur ». Contactée, la Feef n’est pas en mesure de prendre position par rapport à la décision ministérielle et réagira éventuellement à l’issue de son prochain bureau prévu pour avril.

Fleury Michon va adopter le Nutri-score

Du côté des industriels, les réactions sont plutôt limitées. Il faut toutefois noter la réaction immédiate de Fleury Michon, qui le jour même a salué la décision de la ministre. L’industriel attend la publication de l’arrêté prévu pour avril avant de déployer le logo Nutri-score, qui se fera « dès le prochain renouvellement d’emballage ». Barbara Bidan, directrice santé et alimentation durable chez Fleury Michon, précise que « les premiers produits avec le logo seront en rayons à partir de la rentrée prochaine et qu’il faudra entre 3 et 6 mois pour arriver à 100 % des produits étiquetés ».

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Pour l’industriel, le logo est « efficace pour le consommateur » mais cela ne suffit pas. Il faut aller beaucoup plus loin, c’est pourquoi « nous allons compléter le logo avec des recommandations en termes de portions et de fréquences de consommation », poursuit Barbara Bidan. Sans savoir exactement la forme que cela prendra puisque la question est au stade de la réflexion pour l’instant.

Des plats cuisinés pas si mal notés

La marque, qui a déployé une stratégie ambitieuse baptisée Manger mieux, a déjà fait ses calculs : selon le logo Nutri-score, « 30 % des produits Fleury Michon sont en A et B ; 57 % en C ; 11 % en D et 3 % en E », indique-t-elle. Barbara Bidan précise que la marque n’a pas une vision très claire de l’impact sur les ventes de la mise en place du logo. Toutefois, Fleury Michon s’estime bien placé en raison de sa politique d’amélioration de ces recettes entreprise ces dernières années. « Une fois le logo apposé, les consommateurs vont s’apercevoir que nos plats cuisinés peuvent participer à l’équilibre alimentaire : 17 obtiennent le score A et 65 le score B. » 35 préparations obtiennent un C, mais la marque ne compte pas supprimer ses recettes. « Des améliorations de recettes sont envisageables, mais il n’est pas possible de faire passer une recette très gourmande du C au A », explique Barbara Bidan. Fleury Michon veut continuer de proposer des recettes gourmandes à consommer de temps en temps et dans des proportions raisonnables. Parmi les 57 % de produits avec un C, on trouve des références de jambon blanc. La marque s’attend à ce que les ventes de produits notés B progressent, à l’image de ceux à teneur réduite en sel qui représentent aujourd’hui 40 % des volumes de jambon vendus par Fleury Michon.

Chez Agromousquetaires, on se félicite "de la décision […] d’avoir retenu l’étiquetage nutritionnel Nutri-score et son code à 5 couleurs pour informer les Français sur la qualité des aliments." L’industriel rappelle d’ailleurs avoir déjà expérimenté un logo nutritionnel en 2006, le Nutripass, abandonné "suite à l’évolution de la réglementation européenne sur l’étiquetage des produits alimentaires." Le Nutri-score va être appliqué par l’industriel "sur des familles sensibles dans les mois à venir comme le prévoit notre plan d’action : plats cuisinés, charcuterie, goûter, petit-déjeuner, boissons, ultra-frais."

Rien n’oblige un industriel à adopter le Nutri-score

Il est encore tôt pour savoir si la marque vendéenne sera suivie par les autres industriels de son secteur, ce qu’elle espère vivement. Peu se sont exprimés sur le sujet, sachant, faut-il le rappeler, que le logo est facultatif. Certains à l’image de ces six multinationales (Coca-cola, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsi et Unilever) ont déjà fait savoir qu’elles vont adopter un système commun. Une démarche immédiatement dénoncée par l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi. L’industrie agroalimentaire entend lancer un étiquetage couleurs « mais en retravaillant les seuils pour diminuer le nombre de nutriments classés en rouge en calculant non pas un seuil pour 100 g mais pour une portion, selon les informations de plusieurs experts qui suivent le dossier », a-t-elle déclaré le 8 mars dernier.