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Après les cyclones, l’UGPBAN lance la « banane française équitable »

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Très largement dévastées par les passages successifs des cyclones Irma et surtout Maria à la fin de l’année 2017, les bananeraies martiniquaises et guadeloupéennes ne connaîtront pas de retour à la normale « avant 2020 ». Elles ont présenté un nouveau produit pour aider les petits producteurs : la Banane française et équitable.

Elle a été inaugurée en grande pompe au Salon de l’agriculture en présence du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert et d’Annick Girardin, Ministre des Outre-Mer et du cortège médiatique les accompagnant. La « Banane française et équitable » a été présentée au grand public mardi 27 février sur le stand de l’Union des groupements des producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN). Le nouveau produit se veut une nouvelle segmentation de l’offre "banane française" lancée par l’UGPBAN il y a 3 ans et représentant aujourd’hui près de 10 % du marché français. Objectif : permettre une rémunération 40 % supérieure pour les petits producteurs. Il concernera ainsi 420 producteurs, sur les 600 que comptent les deux îles, dont la taille des exploitations est de 3 ha en moyenne. « Ce projet est totalement en phase avec les États généraux de l’alimentation en répondant aux attentes des consommateurs en termes de qualité tout en créant de la valeur pour les petits producteurs », a d’ailleurs déclaré Stéphane Travert.

Le but est ainsi « d’aider les agriculteurs des petites exploitations familiales à pérenniser leur modèle et à convaincre les plus jeunes de leur succéder », indique Jean-Claude Maraud-des-Grottes, président de l’Union des producteurs de banane de Martinique (Banamart). Ce nouveau produit, et la promesse qui l’accompagne, a été rendu possible par la mise en place de la loi sur l’économie sociale et solidaire de juillet 2014 ouvrant la possibilité de faire de l’équitable à destination des petits producteurs des pays du Nord et non plus seulement dans un sens Nord-Sud. Reprenant le modèle déjà mis en place pour la banane française, le prix se fixe à la pièce et non au kilo. Chaque Banane équitable coûtera ainsi 50 centimes au lieu de 45 pour une banane française classique. « La rémunération du producteur sera 25 % supérieure, plus 15 % via une prime collective », précise Jean-Claude Maraud-des-Grottes. Sur les 40 000 tonnes de bananes françaises commercialisées dans les deux ans, la banane équitable devrait représenter « un peu moins de 10 000 tonnes, soit 1 à 2 % du marché », estime ce dernier.

Retour à la normale pour la production « pas avant 2020 »

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Ce lancement intervient alors que le cyclone Maria qui a touché la Guadeloupe et la Martinique les 17 et 18 septembre a provoqué « près de 80 millions d’euros de dégâts dans les bananeraies » des deux îles et qu’un retour à la normale dans la production « ne se fera pas avant 2020 », a indiqué Pierre Monteux, le directeur général de Banamart. La tempête a détruit 100 % de la bananeraie guadeloupéenne et 50 à 60 % pour la Martinique. « 70 % de la production guadeloupéenne et 20 % de la martiniquaise ont été mis en jachère et ne pourront repartir qu’en 2019 », a précisé M. Monteux. Le reste a été mis en « cyclonage », technique qui consiste à casser le pied principal et de repartir sur un rejet. Conséquence, en 2018 la production totale des deux îles ne devrait être que de 170 000 tonnes, contre 270 000 tonnes en période normale. La tempête est intervenue alors que les 600 producteurs des deux îles « étaient déjà dans une phase de reconstruction après les dommages de la tempête tropicale Matthew en septembre 2016 », a rappelé Philippe Ruelle, directeur général d’UGPBAN.

La tempête a eu également des conséquences sociales importantes, la banane représentant près de 6 000 emplois directs dans les deux îles. 90 % des salariés des bananeraies guadeloupéennes sont ainsi en activité partielle. Pour maintenir une activité, le Fafsea a mis en place un des plus gros programmes de formation agricole français sur les deux îles, soutenu par une enveloppe de près de 6 millions d’euros. Autre conséquence redoutée : celle sur les parts de marché. Pour limiter l’impact, l’UGPBAN dispose notamment d’accords avec des producteurs colombiens et de Côte d’Ivoire qui produisent selon leur cahier des charges. « Le but est d’avoir sous la main des volumes suffisants pour satisfaire la grande distribution », note Jean-Claude Ruelle. En 2018, 55 000 tonnes devraient ainsi venir de Côte d’Ivoire et 65 000 tonnes de Colombie.