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Consommation chinoise Après les scandales sanitaires, la Chine a besoin d’importer plus de lait

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Les scandales sanitaires dans l’agroalimentaire chinois nourrissent la presse depuis plusieurs mois, notamment dans le secteur laitier. Ces problèmes de qualité détériorent progressivement la confiance des consommateurs locaux, qui préfèrent désormais se tourner vers des produits importés. Pour renverser cette tendance, les autorités chinoises renforcent la surveillance de la production, et lancent des enquêtes sur la nourriture importée. Des mesures qui manquent néanmoins d’efficacité.

«Il y a vraiment une défiance du consommateur envers les produits laitiers chinois », raconte Jean-Marc Chaumet, chef de projet à l’Institut de l’élevage. Depuis plusieurs mois, plusieurs scandales ont à nouveau secoué la filière laitière chinoise. En juin, l’administration générale d’État pour le contrôle de la qualité annonçait par exemple avoir détecté une quantité anormale de mercure dans le lait en poudre pour bébé produit par la société Inner Mongolia Yili Industrial Group Co., l’un des plus grands fabricants de produits laitiers de Chine. En janvier dernier, c’était une toxine cancérigène qui était retrouvée dans du lait de quatre compagnies chinoises, dont Mengniu Dairy Group, une importante entreprise laitière du pays. Conséquence directe de ces scandales à répétition, les consommateurs chinois se tournent de plus en plus vers les produits importés. « Avec la crise de la mélamine en 2008, les importations de poudre de lait ont été multipliées par 4,5 en 4 ans ! », rappel Jean-Marc Chaumet. Ces importations ont connu une nouvelle hausse de 30% sur le 1er semestre 2012.

Une surveillance plus stricte

Pour enrayer cette tendance coûteuse pour l’Etat, les autorités tentent de rassurer les consommateurs. En 2009, une loi sur la sécurité sanitaire a renforcé la sévérité des punitions en cas de fraude. En 2010, toutes les entreprises laitières chinoises ont dû renouveler leur licence d’exploitation sur décision du gouvernement. Seulement la moitié ont réussi à en obtenir une. L’Etat incite également les grosses entreprises à avoir leurs propres fermes afin d’avoir un meilleur contrôle qualité sur toute la filière. Le 15 juin 2012, un plan sanitaire sur 5 ans a également été annoncé pour remettre à plat toutes les normes, aggraver une nouvelle fois les punitions et renforcer la supervision des pouvoirs publics. Mais ces mesures ne suffisent pas. Selon un sondage Ipsos paru le 23 août, 61% des Chinois affirment avoir de moins en moins confiance dans la sécurité sanitaire des produits nationaux. 77% d’entre eux seraient d’ailleurs plus enclins à acheter des produits importés que des produits locaux. « Le marché des produits laitiers infantiles importés représente plus de 50% de la consommation, malgré le fait qu’ils soient environ deux fois plus chers », confirme Jean-Marc Chaumet.

Décrédibiliser les produits étrangers

En 2012, plusieurs produits importés ont pourtant subi eux aussi la mauvaise publicité des problèmes sanitaires. Ainsi, Heinz Australia s’est vu refuser la commercialisation de 72 kilos de nourriture pour enfants à cause d’une dose excessive de vitamine B2. Hong-Kong a également lancé en août une série de tests sur du lait japonais, soupçonné d’être carencé en iode. Du lait infantile de l’américain Mead-Johnson a par ailleurs été incriminé pour des problèmes de qualité. Mais l’Etat chinois s’est excusé en juillet : la suspicion s’est révélée infondée. Ces accusations n’ont d’ailleurs eu que peu d’impact sur les achats des consommateurs chinois. Le 28 août, China Mengniu Dairy Co a publié un bénéfice net en repli de 18% au 1er semestre 2012. « Les volumes de ventes ont été perturbés par les problèmes sanitaires rapportés par la presse », commente l’industriel dans un communiqué.

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