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Argentine : 60 jours pour fixer le sort des biocarburants

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Le péroniste Alberto Fernández a prorogé pour deux mois le cadre actuel du soutien public argentin aux biocarburants. Le secteur craint une baisse des taux d’incorporation.

Par un décret paru le 10 mai, le gouvernement argentin a prolongé de 60 jours l’application du cadre réglementaire des biocarburants en vigueur depuis 2006, qui devait expirer le 12 mai, le jour même où le président de la République argentine, Alberto Fernández, devait être reçu à Paris par Emmanuel Macron. Provisoirement, donc, le taux d’incorporation obligatoire d’éthanol à l’essence vendu à la pompe sur le marché intérieur reste fixé à 12 % et celui du biodiesel de soja au gasoil à 10 %.

Le gouvernement argentin avait pourtant présenté, le mois dernier, un projet de loi favorable aux intérêts des pétroliers. Ces derniers réclament des taux bien moindres, à hauteur de 6 % pour l’éthanol de maïs et de 5 % dans le cas du biodiesel, comme le prévoit le texte du gouvernement. « Cela signifierait la fin [de l’industrie] des biocarburants », estime Patrick Adam, directeur de De Smet Argentine, selon qui le gouvernement n’a pour seule boussole que le coût de production inférieur des énergies fossiles, et ignore les avantages environnementaux des agro-carburants et leurs retombées en termes de création d’emplois et de rémunération du secteur agricole : « Les pétroliers veulent tout le business pour eux », assène-t-il.

55 usines dans le pays

Selon les professionnels, les importations européennes de biodiesel argentin ne devraient pas être trop affectées par le projet de loi tel que présenté, qui devrait donc être soumis au vote le 12 juillet. En effet, les marchés intérieur et d’exportation sont approvisionnés par deux tissus d’entreprises distincts. Selon une source du privé, les exportations avaient atteint leur pic en 2017 à 1,5 million de tonnes (Mt) et seraient retombées l’an dernier à 0,6 Mt, ceci pour une production nationale de 2,8 Mt en 2017 et de 1,1 Mt en 2020.

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Aujourd’hui, en Argentine, fonctionnent 55 usines d’agro-carburants. Leur cause est défendue par les gouverneurs des provinces agricoles de l’Argentine (Córdoba, Santa Fe, Buenos Aires) qui ont eux aussi concocté leur projet de loi, lequel vise à prolonger le cadre réglementaire actuel jusqu’en 2030.

Pour soutenir le secteur, le 4 janvier, le gouvernement argentin avait annoncé le relèvement du prix des biocarburants sur le marché intérieur, payé par les pétroliers. Une hausse en deux temps : de 59 % pour le biodiesel de soja, et de 90,7 % en mai, selon l’agence Telam. Pour le bioéthanol, la hausse prévue en mai était aussi prévue à 56 %.

Le gouvernement avait présenté, le mois dernier, un texte favorable aux intérêts des pétroliers