La dévaluation du peso incite les producteurs agricoles en Argentine à la prudence et à retarder la vente du soja, pourtant source indispensable de dollars pour le gouvernement depuis la crise économique de 2001. Après une baisse continue, la monnaie argentine décroche brutalement depuis le 1er janvier (-18 %). Le ministre argentin de l'Economie Axel Kicillof pointe les producteurs d'un doigt accusateur et chiffre à 11 Mt le soja en instance de commercialisation. Cela représente quelque 20 % de la production annuelle, soit environ 4 Mds de dollars, dont 35 % de recettes fiscales qui aboutissent dans les caisses de l'Etat. Le gouvernement a annoncé qu'il avait mis un terme à la dévaluation du peso, censée favoriser les exportations, mais les détenteurs de soja sont sceptiques. Un fermier de la province de Buenos Aires qui veut rester anonyme hésite à vendre sa récolte qu'il stocke depuis près de 6 mois dans des silos. « Ce n'est pas clair, dit-il d'un ton agacé. On verra la semaine prochaine la conséquence de cette politique. Si tu vends maintenant, tu vends à un prix et si tu attends, tu vends plus cher. Ceux qui peuvent attendre, ils le font », confie ce propriétaire de 1 500 ha, qui élève aussi du bétail. D'après la Société rurale, qui représente les intérêts des fermiers, « l'incertitude est forte, la conséquence immédiate, c'est la paralysie des ventes » depuis fin 2013. L'incertitude est telle dans le monde agricole que les producteurs préfèrent échanger du grain contre du matériel ou des produits agricoles plutôt que d'avoir des pesos entre les mains, souligne-t-on à la Société rurale. A la Bourse de Rosario, les ventes se font au compte-gouttes. « On va voir ce qui se passe dans la semaine, le taux de change a fortement évolué, il est probable qu'avec cette nouvelle valeur les producteurs commencent à vendre », explique Julio Calzada, son directeur des études économiques.
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