Le soja, sauvé des inondations survenues dans les provinces de Santa Fe, Córdoba et Entre Ríos, est souvent de mauvaise qualité et engendre un surcoût lors de sa trituration. La moisson reste abondante au niveau national malgré un taux de protéine moyen faible qui inquiète les industriels.
Le bilan des dégâts des inondations survenues en avril dernier dans les provinces de Santa Fe, Córdoba et Entre Ríos, en pleine récolte, a été revu à la baisse. Les inondations concernent « 3 % des surfaces semées en soja », indique le secrétaire à l’Agriculture argentin, Ricardo Negri, soit environ un demi-million d’hectares (M ha) sur 20,2 M ha implantés, selon la Bourse du Commerce de Rosario. La moisson initialement prévue de 60 Mt aurait ainsi été amputée « de 5 Mt environ et non de 10 Mt comme l’ont avancé certains analystes », commente le courtier en grain, Delfín Morgan.
Cette récolte argentine de soja reste donc abondante et la situation climatique s’est nettement améliorée en mai, permettant une fin de moisson fluide. La filière exportatrice de produits dérivés du soja remplit sa fonction de première pourvoyeuse du marché mondial dans des conditions normales.
Un industriel exportateur majeur relativise également les dégâts des inondations, tout en attestant la mauvaise qualité des lots provenant des régions touchées. « Les Chinois importeront sans doute moins de fèves cette année, ce qui est plutôt favorable aux triturateurs, remarque-t-il. Nos usines tourneront aussi plus lentement à cause du fort degré d’humidité de ces lots que nous mélangerons avec d’autres de meilleure qualité. Il est possible que l’acidité des huiles de soja soit pour cette raison légèrement supérieure à la normale. »
Les usines de la zone agro-industrielle de Rosario reçoivent ces jours-ci la cargaison de camions parfois moisie à 40 %, informe Delfín Morgan. Les décotes sont évidemment importantes. Le problème maintenant est l’accès des moissonneuses-batteuses aux zones de production où il a fortement plu, dit-il.
« Boom agro-exportateur »
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Cet été austral particulièrement pluvieux, sous l’influence du phénomène El Niño, a été à l’origine de la hausse des cours locaux du soja, lesquels sont passés sur le marché physique d’une moyenne de 170 €/t en mars à environ 200 €/t à la mi-mai sur les places d’échange de Rosario et de Buenos Aires.
Par ailleurs, le taux de protéine moyen du soja produit en Argentine est depuis des années inférieur à celui du soja cultivé au Paraguay et au Brésil, ceci pour des raisons de génétique, de nutrition et d’assolement des cultures. Source d’inquiétude pour la filière, la faible teneur protéique du soja argentin est liée en partie au phénomène de monoculture de l’oléagineux. Dans ce sens, le nouveau gouvernement, élu en décembre dernier, a promu la culture des graminées, il y a quatre mois, en éliminant les taxes à leur exportation.
Alors que les producteurs argentins planifient la saison 2016-17, « leur demande d’intrants est nettement supérieure à celle de l’an dernier, ce qui démontre leur intention d’investir en surface et en technologie », observe Ricardo Negri. Le contexte politique argentin enfin favorable à la culture des céréales augure ainsi une progression des surfaces en maïs.
Le jeudi 19 mai, le président Mauricio Macri devait se rendre à la Bourse aux Céréales de Buenos Aires, à l’occasion du 162e anniversaire de l’institution, pour y célébrer « le boom agro exportateur » que ses politiques libérales auraient déjà provoqué.
Une faible teneur protéique liée à la monoculture