Le gouvernement ultra-libéral de Javier Milei a supprimé l’encadrement des prix alimentaires du marché intérieur, éliminé par décret les quotas de blé et de maïs exportables, mais il a maintenu à leur niveau les taxes à l’exportation. Le secrétariat à l’Agriculture familiale a, quant à lui, été dissous.
Un mois après l’élection de Javier Milei, les choses bougeaient déjà pour l’agriculture argentine. Un décret d’urgence a été promulgué le 29 décembre dernier par le gouvernement, introduisant deux changements fondamentaux dans l’encadrement du commerce alimentaire national qui visait à protéger le pouvoir d’achat des Argentins. D’une part, les prix du marché intérieur argentin ne sont plus contrôlés par l’État fédéral ; d’autre part, les volumes de blé et de maïs pouvant être destinés à l’export, plafonnés par le gouvernement depuis une dizaine d’années, ne le sont plus.
Une décision évidemment bien accueillie par les exportateurs. « C’est une nouvelle très positive, explique Ernesto Crinigan, le président du Centre des courtiers de la Bourse aux céréales de Buenos Aires. Ces restrictions à l’export ont trop longtemps constitué un facteur baissier des cours locaux des céréales. » « Le gouvernement Milei apporte un air neuf favorable aux affaires. Il propose une dérégulation complète du commerce extérieur. C’est un changement d’époque », étaye Gustavo Idígoras, le président du Centre des exportateurs de céréales.
À la grande déception des agriculteurs argentins, le gouvernement de Javier Milei n’a toutefois pas tenu sa promesse de campagne concernant les taxes prélevées sur les exportations de grains. Il a même tenté d’augmenter celles-ci de 7 % à 15 % (de la valeur FOB) sur le tournesol, et de 12 % à 15 % sur le maïs et le blé. Cette mesure incluse dans un projet de loi examiné en février a été retirée in extremis avant le vote sous la pression des syndicats d’agriculteurs et des gouverneurs des grandes provinces agricoles de l’Argentine.
Prix mondial dans les rayons
Les taxes à l’export demeurent donc à leur niveau actuel. Ces taxes représentent, pour l’État argentin, sa seule entrée massive de cash de devises étrangères. Un flux financier d’autant plus opportun pour le nouveau gouvernement qu’on annonce une excellente récolte de soja (52 millions de tonnes, selon la BCBA) et une moisson de maïs fabuleuse (60 Mt), malgré les doutes liés au coup de chaleur actuel subi en région pampéenne.
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Autre promesse pour l’heure non tenue : la dollarisation. Les céréaliers argentins continuent de faire les frais du déphasage du taux de change officiel du peso argentin d’avec le dollar, ou l’euro, par rapport au taux de change « réel » du marché. Ce fossé de valeur reste de 40 % en ce mois de février, ce qui ampute d’autant la valeur réelle (mesurée en monnaie forte) des grains sur la place locale.
Enfin, le secrétariat d’État argentin à l’Agriculture a été remplacé par un secrétariat à la Bioéconomie. L’institution avait déjà été rétrogradée de son rang ministériel par l’ancien gouvernement Fernández. Le nouveau secrétariat sera conduit par un académicien, Fernando Villela, ex-doyen de la Faculté d’agronomie de Buenos Aires, connu pour une vision très industrielle du secteur. Quant au secrétariat d’État à l’Agriculture familiale, qui s’occupait des affaires paysannes, avec un budget de tout temps dérisoire, il a été dissous.
Mais la mesure la plus marquante du gouvernement est probablement l’abandon de l’encadrement des prix alimentaires sur le marché intérieur – prise par décret. Concrètement, le gouvernement a supprimé le programme Precios cuidados (Prix soignés) qui faisait pression sur les industriels de l’agroalimentaire en plafonnant les hausses de prix de denrées alimentaires de base. Dans un contexte d’hyper-inflation, la liste avait atteint plus de 5 000 références il y a encore quelques mois.
Comme en Uruguay et au Brésil, le prix au détail des aliments pour les humains, en Argentine, devrait donc très vite s’aligner sur ceux du marché mondial, alors que le kilo de filet de bœuf en boucherie, à Buenos Aires, vaut à ce jour moins de 5 €/kg.