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Argentine : quasi-anémie au secrétariat d’État à l’agriculture familiale

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Faute de budget national alloué à ses programmes d’aides directes aux agriculteurs, le secrétariat d’État à l’Agriculture familiale est quasiment anémié depuis la formation du gouvernement socialiste, il y a seize mois. L’héritage du précédent gouvernement et une dissension idéologique au sein du gouvernement seraient à l’origine de cet état de fait.

Plus d’un an après que le président de la République argentine, Alberto Fernández, a constitué son gouvernement, trois sources consultées à Buenos Aires, par Agra Presse, font le même constat : au sein du secrétariat d’État à l’Agriculture familiale, paysanne et indigène, qui dépend du ministère de l’Agriculture, c’est la paralysie, ou presque. « Rien ne se passe, aucun budget n’a jusqu’ici été débloqué autre que celui qui couvre ses frais opérationnels », rapporte un proche du secrétaire d’État en question, Miguel Gómez, sous couvert de l’anonymat. Une autre source confirme que « les programmes liés aux affaires paysannes sont au point mort depuis le début » de la formation du nouveau gouvernement socialiste.

Interrogée par Agra Presse, la sous-secrétaire d’État à l’Agriculture familiale en poste, Yanina Settembrino, sociologue de profession, le confirme elle-même : « Mon budget me permet d’assurer le bon fonctionnement de la machine à café », ironise-t-elle à peine, lors d’un entretien accordé à Agra Presse le 16 avril dernier. Mais elle incrimine d’abord le gouvernement précédent : « Nous avons hérité d’un secrétariat d’État dévasté, sans programme, ni budget. Notre parc automobile est détruit, nos délégations régionales privées de moyens… ».

Lien avec les mouvements sociaux

Que s’est-il passé depuis ? Au sein de l’exécutif, Miguel Gómez est pourtant placé sous la tutelle de Luis Basterra, un ministre de l’Agriculture réputé fervent défenseur des modèles de production agricole dits familiaux. Pourquoi un tel blocage ? Le problème serait d’ordre idéologique. « M. Gómez et ses subordonnés sont des militants sociaux d’extrême gauche [issus du mouvement Evita et du mouvement des travailleurs exclus de Juan Grabois, NDLR], qui ont été récompensés par leur nomination pour leur activisme durant la campagne présidentielle, explique un ancien haut fonctionnaire du ministère. Or, une dissension idéologique profonde existe entre eux et le reste du personnel du ministère de l’Agriculture ».

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« Nous sommes arrivés au pouvoir par le biais d’associations qui luttent contre les inégalités et pour l’accès au travail et au logement. Ce sont donc nos priorités », assume Yanina Settembrino, qui ne veut toutefois pas incriminer son gouvernement. « Si nous avons mis du temps à obtenir les menues ressources dont nous disposons, ce n’est pas faute de volonté politique de la part du président, assure-t-elle. Le rôle de l’État n’est tout simplement pas à la hauteur de la demande sociale, laquelle est urgente. » Elle plaide par ailleurs une forme d’impréparation : « Je reconnais aussi notre inexpérience de l’exercice du pouvoir, admet-elle. Contrairement au syndicalisme agricole majoritaire, auquel nous sommes idéologiquement opposés, nous n’avons pas de projet de construction du pouvoir. »

L’aide du Fida

Toutefois, le secrétariat d’État à l’Agriculture familiale n’est pas complètement à l’arrêt. En mars dernier, il a par exemple eu accès à une enveloppe du Fonds international de développement agricole (Fida). Ajoutée à l’aide de la Banque mondiale, cette manne représente une source de financement nettement supérieure au budget issu du Trésor national argentin, de l’ordre de 2,9 M€, qui couvre tout juste les coûts de fonctionnement du secrétariat d’État mentionné.

Un premier programme vient d’être lancé grâce à ces fonds. Intitulé « Entre nos mains », lancé en grande pompe le 16 octobre 2020, il subventionne des associations de femmes paysannes. Son budget total est de 2,46 M€. Il pourvoira en technologies rudimentaires – bêcheuses mécaniques, semences, etc. – des femmes aidées en priorité car trop souvent reléguées au rang de simples exécutrices. Cette subvention a été sollicitée par 690 porteuses de projet. Leur sélection était encore en cours à la mi-avril, à part 37 projets déjà retenus en Patagonie.

« Nous sommes arrivés au pouvoir par le biais d’associations qui luttent contre les inégalités »