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Sécurité Alimentaire Aspartame : pas de risque de cancer, selon l’EFSA

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L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu son avis sur une étude de la Fondation Ramazzini mettant en cause les effets cancérigènes à long terme de l’aspartame, cet édulcorant utilisé notamment dans les boissons gazeuses ou en sucrettes. Selon l’EFSA, le produit phare de la firme américaine NutraSweet ne présente pas de danger pour la santé à la dose maximum actuellement prescrite par la Commission européenne.

Dans un avis très attendu rendu le 5 mai, le panel AFC sur les additifs alimentaires de l’EFSA a conclu à l’innocuité de l’aspartame et rejeté les conclusions d’une étude de la Fondation Ramazzini selon lesquelles l’édulcorant serait un agent cancérigène pluripotentiel, c’est-à-dire présentant la capacité de provoquer le cancer et la leucémie dans plusieurs organes au lieu d’un seul.

Dans un communiqué, l’EFSA a estimé que les données fournies par la Fondation Ramazzini étaient « insuffisantes » et que l’étude présentait des « défaillances qui mettent en question la validité des conclusions telles qu’interprétées » par la Fondation de Bologne. Elle a donc jugé inapproprié de recommander une révision de la dose journalière acceptable (DJA) prescrite par le Comité scientifique de l’alimentation humaine (CSAH) de la Commission européenne, fixé à 40 mg/kg de poids corporel par jour.

La plus vaste étude réalisée à ce jour

L’EFSA reconnaît toutefois l’intérêt que représente l’étude menée par la Fondation Ramazzini de recherche sur le cancer, établie à Bologne. D’abord, c’est la plus vaste étude jamais réalisée à ce jour sur l’aspartame: 1 800 rats ont ingéré des doses journalières différentes d’aspartame et 34 000 coupes de tissus d’organes prélevés sur les rongeurs ont ainsi été analysées.

Ensuite, c’est la seule étude récente à évaluer les effets cancérigènes de l’aspartame sur l’intégralité de la durée de vie des rongeurs. Ceux-ci ont entamé leur traitement à l’âge de huit semaines et l’ont poursuivi jusqu’à leur mort naturelle. Selon la Fondation, les autres études avaient jusqu’alors procédé à la mise à mort des mammifères au 2/3 de leur existence. Or, chez l’homme, près de 80% des cancers sont diagnostiqués après 55 ans, c’est-à-dire dans le dernier tiers de la vie, selon la Fondation.

Des conclusions alarmantes rejetées par l’EFSA

Enfin, ses conclusions sont alarmantes. Pour la première fois, elle affirme que l’aspartame est « un agent cancérigène » capable de provoquer des tumeurs malignes « à des niveaux de dosage inférieurs à la dose journalière acceptable pour les humains », et notamment à 20 mg/kg de poids corporel par jour, c’est-à-dire la moitié du dosage maximum actuellement prescrit en Europe. Les résultats ont été publiés dans le numéro de mars 2006 de la revue américaine Environmental Health Perspectives, qui fait autorité en matière de santé environnementale.

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Ces conclusions sont néanmoins rejetées par l’EFSA qui estime que « l’incidence de lymphomes/leucémies rapportée chez les rats soumis au traitement n’est pas liée à l’aspartame ». Elle attire l’attention sur l’incidence élevée d’inflammations pulmonaires chroniques dans la population de rongeurs étudiée et sur « l’absence de relation positive dose-réponse » avec l’occurrence de cancers. Elle avance comme explication « plausible » que la colonie étudiée devait souffrir de maladie respiratoire chronique.

La polémique n’est pas close et prend une tournure politique

Le directeur scientifique de la Fondation Ramazzini et principal auteur de l’étude, le Dr. Morando Soffritti, s’est déclaré solidaire des résultats obtenus par son équipe de chercheurs. Dans un communiqué, Soffritti affirme que «  ce que le panel [AFC de l’EFSA] considère comme des défaillances de l’étude sont en fait des caractéristiques positives et distinctives de notre protocole de recherche. » Il attire notamment l’attention sur l’ampleur de la population étudiée et sur une observation : aux dosages les plus élevés, l’incidence de lymphomes/leucémies atteint 25% chez les femelles alors que le groupe dit « de contrôle » n’en développe que 8,7%.

«  Nous avons prévu et sommes en train de conduire des recherches supplémentaires, non seulement sur l’aspartame mais sur d’autres édulcorants artificiels et mélanges utilisés dans des milliers d’aliments, boissons et produits pharmaceutiques », a fait savoir le Dr. Soffritti.

Dans un communiqué, le groupe des Verts aux Parlement européen juge « irresponsable » l’attitude de l’EFSA et invoque le principe de précaution. «  Lorsque des doutes subsistent, une toxine potentielle doit être retirée du marché plutôt que de se voir accordé le bénéfice du doute», a estimé la co-présidente des Verts, Monica Frassoni. «  Si la Commission ne prend pas rapidement des mesures […] le dossier doit être mis à l’ordre du jour du Parlement européen et la vente d’aspartame suspendue », a-t-elle affirmé.