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Colloque de l’Inra Aspiration à de nouvelles régulations

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L’après-midi du colloque de l’Inra sur la « prospective agriculture 2013 », le 4 octobre, a révélé, chez les invités aux tables rondes, malgré leurs différences, une aspiration commune à mettre en place de nouvelles régulations de la politique agricole.

Après la présentation de la « prospective agriculture 2013 », la parole a été donnée par l’Inra à des intervenants extérieurs, sur la future Pac. Il en est ressorti un dénominateur commun : le constat que la Pac, depuis 1992, c’est-à-dire depuis les baisses de prix européens, compensées par des aides directes, mais surtout depuis le découplage, ne régule plus l’économie agricole. Celle-ci est livrée aux forces du marché, avec de nombreuses conséquences.

Confondre projet professionnel et projet familial n’est plus de mise

« Des prix erratiques sous-entendent des crises, donc des mécanismes de gestion des crises », a fait remarquer Jean Salmon, agriculteur, ancien président de la chambre régionale de Bretagne, soulignant l’absence d’outils de ce type dans la Pac. « Je ne peux pas déraciner des arbres tous les cinq ans » sous prétexte que les marchés ont changé. Les jeunes agriculteurs ne s’installent plus comme leurs parents dans un contexte de fluctuation des prix : jusque-là, les agriculteurs tendaient à confondre projet professionnel et projet familial ; les conjointes acceptent moins maintenant de mettre en jeu les économies du couple.

La Pac doit se donner les moyens de répondre aux évolutions sociologiques, « et pas seulement économiques », selon Jean Salmon, déplorant qu’elle ait perdu quasiment tous ses instruments de régulation. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a appelé les politiques à examiner de près la situation des élevages à herbe, qui sont dans le rouge dans tous les scénarios de la prospective de l’Inra. « Les systèmes herbivores posent un vrai problème politique. Nous avons une boîte à outils, ou plutôt à raisonnement », avec les travaux de l’Inra, a-t-elle indiqué.

Le constat de Michel Métais, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), va dans le même sens, à propos du déséquilibre de la Pac en défaveur de l’élevage, malgré ses divergences fréquentes avec les milieux agricoles. « L’intensification écologique prônée par Michel Barnier me laisse perplexe », a-t-il commenté. « Des surfaces en herbe en moins, c’est de la régulation en moins. Le rôle des bandes enherbées contre la pollution des eaux est reconnu. Quand on retourne des prairies pour les cultiver en céréales, ce n’est pas très bon pour l’effet de serre », a lancé Michel Métais.

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Vendre de la biodiversité

Anne-Marie Ducroux, ancienne présidente du Conseil national du développement durable, a évoqué de nouveaux modes de compensations financières, très différents des aides directes. Elle a mentionné les marchés de permis d’émissions de CO2 ainsi que des marchés d’avantages en termes de biodiversité. Aujourd’hui, des moyens de mesures sont capables de quantifier les avantages de telles ou telles activités sur la biodiversité en termes économiques. Il est donc possible d’échanger ces valeurs sur des marchés, sur lesquels les producteurs pourraient devenir des acteurs.

Dominique Bureau, directeur des Affaires économiques et internationales au ministère de l’Écologie, a repris ce thème des marchés d’avantages écologiques, mentionnant au passage le « ratage de Natura 2000 », par opposition au « succès des permis d’émissions de CO2 ». Les financiers développent ce genre d’outils dans le monde, comme par exemple les instruments de risque météorologiques. Il a invité le monde agricole à s’intéresser ainsi à la valorisation des espaces non urbains, générés par l’activité agricole, comme nouvelles sources possibles de rénumération. Il suffit de voir la valeur du foncier dans le sud de la France pour se rendre compte que la quantification des avantages écologiques est possible. Reste à consolider à l’OMC ces échanges d’un nouveau type.

Ce consensus en faveur de nouveaux moyens d’orientation de la politique agricole a été résumé par Philippe Mangin : « Il est temps de tester de nouveaux instruments de politique agricole pour la prochaine Pac », parce que la prochaine Pac, « on doit l’avoir pensée avant 2009 ».