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Sucre / Résultats Associated British Foods chiffre l’impact de la réforme sucrière

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Même un géant dont le chiffre d’affaires s’élève à 6 milliards de livres (8,9 milliards d’euros) est susceptible d’être affecté en profondeur par une réforme de Bruxelles. C’est ce qu’a prouvé l’annonce des résultats annuels d’Associated British Foods, entreprise spécialisée dans le sucre, l’épicerie et les ingrédients (pour son activité alimentaire), dont le bénéfice opérationnel a reculé de 21% sur le dernier exercice, pénalisé par les coûts relatifs à la réforme du régime sucrier et la hausse de la facture énergétique. Un contexte qui a entraîné une vive restructuration des activités de British Sugar, et n’a pas empêché les pôles épicerie et ingrédients de progresser.

Quelques semaines après que les sucriers français ont dénoncé la mauvaise presse faite au sucre dans les publicités des industriels, les résultats du second producteur mondial de sucre mettent en exergue une autre difficulté majeure qui pèse sur ce secteur : la réforme européenne du régime sucrier. Sur son exercice 2006, Associated British Foods (ABF) a vu son bénéfice opérationnel perdre 21 %, en raison d’un coût exceptionnel de 97 millions de livres (144 millions d’euros). La réforme européenne a induit un coût exceptionnel de 34 millions de livres, quand la facture énergétique augmentait parallèlement de près de 64 millions de livres, hausse en grande partie non répercutée sur les prix de vente. Ainsi, la catégorie des biens primaires et de l’agriculture, qui compte pour 22 % du chiffre d’affaires, a vu son bénéfice opérationnel perdre 31 % et ses ventes diminuer de 4 %. Mais cette année décisive a aussi entraîné la restructuration de British Sugar, la filiale « sucre » d’ABF, qui apporte ainsi une réponse rapide et « solide » à la réforme de Bruxelles. Les ventes ont tout de même résisté et le groupe a enregistré une croissance de 7 % de ses revenus.

Des mesures d’adaptation au nouveau contexte européen

Même les protagonistes les plus importants du marché ont dû s’adapter. Le dernier producteur de sucre de betterave de Grande-Bretagne a mis la main sur 51 % du sud-africain Illovo, le premier producteur africain de sucre de canne, l’entreprise a annoncé sa collaboration avec BP et DuPont sur le développement des biocarburants au Royaume-Uni, sa filiale polonaise a été restructurée, la fermeture des sites de York (Nord-Est) et Allscott (ouest de l’Angleterre) entérinée, et l’intention de British Sugar de racheter des quotas de production additionnels en Grande-Bretagne et en Pologne clairement énoncée : autant de mesures d’adaptation jugées inévitables Cf. Agra alimentation n° 1938 du 27 juillet 2006, p.24. Ainsi, avec un tiers de la production dans ses meilleures usines d’Europe, et deux tiers (avec un potentiel de croissance) en Afrique, ainsi que de nouvelles opportunités dans les biocarburants, le groupe espère limiter son exposition aux variations du cours mondial du sucre.

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Les pôles épicerie et ingrédients se portent bien

Côté épicerie, la principale activité d’Associated British Foods, les choses vont plutôt bien. La marque Twinings a vu ses ventes augmenter de 3 %. Le thé vert et les infusions ont été soutenues par une campagne télévisuelle, la marque a été relancée aux Etats-Unis, et la chaîne de production rationalisée avec des fermetures en France et aux Etats-Unis, au profit de l’usine de Shanghai. La marque Ovaltine (boissons à base de malt) a continué de bien croître en Asie et a bénéficié d’investissements marketing et de développement de produits. Si la marque américaine Mazola a été affectée par le déclin de la catégorie des huiles, l’huile premium Capullo vendue au Mexique se porte bien, et ABF a développé dans la catégorie des condiments, la marque d’épices haut de gamme, Spice Islands. Le sucre Silver Spoon a souffert, son bénéfice diminuant à hauteur de 8 millions d’euros par la réforme. La marque d’alimentation ethnique Westmill (riz, sauces, épices, nouilles…) a renforcé sa position de leader du marché britannique. Quant au pôle « ingrédients », bien que le moins lourd dans le chiffre d’affaires, il est le plus performant. Ses ventes, grâce aux excellents résultats d’AB Mauri (levure de boulangerie), ont augmenté de 25 % et son bénéfice opérationnel a progressé de 26 %.

George Weston, directeur général d’ABF estime « que la performance de cette année démontre la capacité de résistance du groupe face à une très forte hausse des coûts énergétiques et à un impact sur les bénéfices de la réforme sucrière. Nous avons fait cette année des pas qui sont essentiels au développement de nos activités ». Mais il a fallu en payer le prix. Le groupe a enregistré une dépense nette sur l’année de 760 millions de livres, dont 496 millions en acquisitions.