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Au Brésil, la filière sucre se met au biogaz

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La filiale éthanol de Shell au Brésil, Raizen, a inauguré le mois dernier sa première usine de biogaz. Le sucrier Cocal doit faire de même avant la fin de l’année, et tous les autres acteurs majeurs de la filière auraient leur propre projet de production de biogaz ou de biométhane dans leur parc industriel.

Le mois dernier, la société Raizen, filiale du groupe Shell au Brésil, co-détenue avec Cosan, un acteur historique du secteur brésilien du sucre, a célébré le lancement commercial de son unité de biogaz construite à côté de son usine d’éthanol située à Guariba, dans la région de Sao Paulo. Cette municipalité a reçu, à la mi-août, sa première livraison de gaz sorti de l’unité en question, un biodigesteur géant qui devrait fournir 138 GWh par an. Le 12 juillet, l’autorité de régulation du marché du gaz brésilien a donné son aval à l’exécution d’un contrat de fourniture d’énergie à la municipalité remporté par Raizen lors d’un appel d’offres.

Selon Raizen, son biodigesteur est « l’un des plus grands du monde ». Il recycle la mélasse, la bagasse et d’autres résidus issus de l’élaboration du sucre. Ces déchets proviennent de la deuxième plus grande usine d’éthanol de Raizen au Brésil, au regard de sa capacité de broyage de canne à sucre, de l’ordre de 5 millions de tonnes par an.

Cette unité de biogaz est le premier projet de Raizen Geo Biogaz, une joint-venture avec Geo Energética [pour l’instant le seul autre producteur de biométhane de la filière brésilienne de l’éthanol, NDLR], précise Raizen dans un communiqué de presse.

Huit fois la production nationale

La capacité de ce seul biodigesteur équivaudrait à huit fois la production de biogaz d’origine agricole générée au Brésil durant toute l’année dernière, estimée à 18,5 GWh. Une production dérisoire qui est essentiellement le fait du traitement des effluents dans quelques élevages de porc et de poulet du sud du Brésil.

Dans l’État du Paraná, une autre usine de biogaz Geo Energética recyle les déchets du tourteau de filtre (résidu issu de la fabrication du sucre) et la paille de canne. Selon l’association brésilienne de la filière du sucre (Unica), un troisième méga-biodigesteur axé sur la production de biométhane, serait bientôt mis en fonction par le groupe Cocal conjointement avec l’entreprise Gas Brasiliano. Cette unité construite à Narandiba doit être opérationnelle au second semestre 2020 avec une capacité de 67 000 m3 de biométhane par jour.

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La réserve de produits méthanisables est immense. Selon Zilmar Souza, un expert de Unica, le potentiel de production de biogaz des usines d’éthanol du seul État de Sao Paulo est de 32 000 GWh.

BP, Bunge, Louis Dreyfus

Selon l’expert, le lancement commercial de l’usine de Raizen n’est que le début d’un développement au potentiel exponentiel. « Toutes les entreprises de la filière de l’éthanol de canne à sucre, poursuit-il en citant les filiales éthanol de BP, Bunge, Louis Dreyfus (Biosevi), le groupe coopératif français Tereos, entre autres acteurs étrangers, toutes ont leur propre projet de biogaz avancé ou à tout le moins à l’étude pour diversifier leur parc industriel”, assure Zilmar Souza.

La filière tire profit de l’avantage octroyé par le volume de biomasse offert par la canne à sucre. « Comptez presque 250 kg de bagasse et 200 kg de paille par tonne de récolte de canne. Et 10 litres de mélasse récupérés pour chaque litre d’éthanol produit », précise l’expert. L’an dernier, selon Unica, l’industrie de l’éthanol de canne en aurait fourni 35 milliards de litres, un volume qui lui aurait permis d’approvisionner 48,3 % de l’énergie consommée par les véhicules légers au Brésil.

L’inauguration récente de l’usine de biogaz de Raizen, à Guariba, s’inscrit plus largement dans la stratégie de transition énergétique enclenchée par la filière, notamment avec son programme de « zéro déforestation » entré en vigueur en 2017. Ce système, explique Evardo Gussi, le président de l’Unica, stipule qu’aucun cultivateur de canne, ni industriel, "ne peut être se prévaloir de notre charte environnementale s’il défriche sur sa propriété ne serait-ce qu’un seul hectare pour planter de nouvelles surfaces de canne, et ceci même lorsque la loi le lui permet ».

Selon Raizen, son biodigesteur est « l’un des plus grands du monde »