La Confédération paysanne tenait son congrès à Tours les 17 et 18 avril, dernière étape avant l’élection d’un nouveau secrétariat national. Venu en clôture de la première journée, Didier Guillaume y a été fortement interpellé par la salle, notamment sur le foncier, les négociations de la future Pac ou le pastoralisme.
« Ce que nous attendons, c’est que vous marquiez votre mandat par quelque chose de plus ambitieux que de rentrer dans la confrérie des amis du jambon de Bayonne. » Pour son dernier congrès après six ans en tant que porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, n’a pas été avare de tacles contre le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, venu clore la première journée du congrès du syndicat le 17 avril au lycée agricole de Tours Fondettes AgroCampus. Dans une longue interpellation, en forme aussi de réquisitoire contre la lenteur d’action des différents ministres ayant usé leur maroquin durant son porte-parolat, la plupart des sujets chers à l’organisation y sont passés. La nécessité de « renforcer les moyens de la formation publique agricole » et la place de l’agroécologie dans les programmes, l’urgence « d’assurer un revenu aux paysans » après « l’échec des États généraux de l’Alimentation », la mise en place « d’une politique de transfert de main-d’œuvre vers l’agriculture » pour atteindre « le cap d’un million de paysans ».
« J’aurais pu vous parler d’agribashing »
Encaissant les piques, assis sur l’estrade face à un amphithéâtre rempli, le visage fermé mais esquissant par moments des sourires, le ministre prend des notes. « J’aurais pu vous parler d’agribashing », enchaîne Laurent Pinatel, « mais si les agriculteurs ne produisaient pas des choses qui provoquent la défiance dans la société, on n’en parlerait pas », le syndicat exigeant « une politique de transition agricole ». Sur la Pac, il a appelé le ministre à porter un plafonnement des aides ou à soutenir la mise en place « d’un prix minimum d’entrée » pour éviter les distorsions de concurrence. De même sur le foncier, sur lequel le porte-parole l’a appelé à « légiférer ». « On attend de vous que vous soyez le ministre qui encadre les montages sociétaires », a rappelé Laurent Pinatel, longuement applaudi à la fin de son intervention.
« Les ministres de l’Agriculture déçoivent souvent », a ironisé Didier Guillaume, dès le début de sa réponse. Celui-ci a malgré tout donné quelques gages sur une future loi foncière dont les discussions doivent « commencer le mois prochain », étant même applaudi en promettant que « le zéro artificialisation sera inscrit dans la loi » ou que la question de « l’installation » en serait une des priorités. Sur la Pac, « je ne sais pas si on arrivera à un prix minimum d’entrée », a-t-il indiqué, « mais on essaye de se battre pour partir sur des standards européens sur lesquels nous nous mettrions d’accord, et en deçà desquels interdiction de rentrer sans être taxé en Europe ». Sur le système assurantiel, que le ministre juge actuellement être « une arnaque », il a semblé favorable à une « mutualisation inter-filières ».
« Le loup n’est plus une espèce en voie de disparition »
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Il a également apporté des réponses sur l’enseignement agricole, pour lequel il souhaite lancer « dans les semaines qui viennent » un « grand chantier de refonte des programmes des lycées agricoles » priorisant l’agrocécologie. Ou sur le pastoralisme, sur lequel il a été interpellé par la salle. « Le loup n’est plus une espèce en voie de disparition », a-t-il estimé, se disant favorable à « laisser davantage de flexibilité dans la convention de Berne » protégeant l’espèce. Sur l’ours, « les brigades d’effarouchement se feront dès le mois d’avril », a-t-il également indiqué.
Parti sous des applaudissements timides, le ministre « n’a pas apporté beaucoup de réponses », a estimé Laurent Pinatel, à l’issue de l’échange. Le syndicat, qui devrait élire son prochain secrétariat national au mois de mai, a également voté son rapport d’orientation. Les enjeux autour du foncier et de la transmission des exploitations mais également les questions sociales (retraites agricoles, cotisants solidaires, formation des agriculteurs…) devraient être parmi ses priorités dans les deux années à venir.
La Conf' demande « une politique de transition agricole »
« Les ministres de l’Agriculture déçoivent souvent »