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Au Royaume-Uni, l’UE divise même au sein du ministère de l’agriculture

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Après l’accord du sommet européen sur les conditions de l’appartenance du Royaume-Uni, et avant le référendum prévu le 23 juin, les divergences s’étalent au sein de la classe politique britannique, et même entre les responsables du ministère de l’agriculture. Le syndicat NFU attend les résultats d’une étude pour y voir plus clair.

Les ministres du département britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (Defra) sont divisés sur le « Brexit ». Si Liz Truss, la secrétaire d’État à l’environnement, à l’alimentation et aux affaires rurales soutient l’appel de David Cameron à voter pour le maintien du pays dans l’UE lors du référendum du 23 juin – après l’accord du sommet européen des 18 et 19 février sur les exigences du premier ministre britannique – son adjoint, George Eustice, qui porte le titre de ministre d’État pour l’agriculture, l’alimentation et le milieu marin, est, lui, en faveur du « Brexit ».

D’autres, comme les ministres du travail et de la justice, ou encore l’ancien ministre de l’agriculture Owen Paterson et le maire de Londres Boris Johnson, plaident aussi pour la sortie de l’Union.

Dans ce cas de figure, les nouveaux accords commerciaux à négocier entre le Royaume-Uni et l’Union pourraient prendre « dix à quinze ans », a averti pour sa part, à Bruxelles, le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, qui intervenait le 23 février lors d’un débat organisé par le consultant Hume Brophy.

« Rester » pour réformer et continuer à bénéficier des avantages

« En votant pour rester, (le Royaume-Uni) peut travailler au sein d’une UE réformée afin de réduire la bureaucratie et d’assurer de nouvelles réformes, tout en profitant encore des importants bénéfices du marché intérieur », a plaidé le 23 février Liz Truss lors d’une conférence de la National Farmers’Union (NFU - Angleterre et pays de Galles). Le pays « aurait tort de faire un saut dans l’inconnu », il est « plus fort, plus sûr et mieux dans une Europe réformée », a-t-elle insisté.

La NFU, qui ne s’est pas encore prononcée sur le Brexit, prépare actuellement avec l’institut de recherche agricole néerlandais LEI Wageningen une étude sur l’impact potentiel d’une sortie de l’UE sur la production, les prix à la ferme, les revenus et les échanges commerciaux. « Nous la rendrons publique au printemps », a annoncé Meurig Raymond, qui a été réélu le 24 février à la président du syndicat agricole.

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Si le pays doit rester dans l’UE, David Cameron doit être clair, a dit Meurig Raymond. « Comment la position du Royaume-Uni au sein du marché unique sera-t-elle rendue plus forte ? Le Conseil européen de cette semaine aboutira-t-il à l’engagement de créer un marché compétitif avec moins de bureaucratie et de coûts de mise en conformité et une meilleure réglementation au bénéfice de l’agriculture britannique ? ».

Les agriculteurs ne doivent pas aller au référendum sur l’UE sans avoir toute l’information, a insisté le président de la NFU, posant encore une question : « Si nous restons un État membre, serons-nous en mesure de supprimer certains blocages pour progresser, tels que les barrières à la biotechnologie ? ».

Dans le cadre des négociations sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, le sommet européen des 18 et 19 février a adopté entre autres une « déclaration sur la compétitivité » dans laquelle il « engage toutes les institutions et tous les États membres de l’UE à s’efforcer d’améliorer la réglementation et à abroger les dispositions législatives inutiles afin de renforcer la compétitivité de l’UE, tout en tenant dûment compte de la nécessité de maintenir des normes élevées de protection des consommateurs, des travailleurs, de la santé et de l’environnement ».

(1) Voir même numéro

François Hollande attend « la solidarité de l’Europe » aussi pour la crise agricole

« Il peut y avoir une Europe différenciée », même s' « il ne faut pas donner le sentiment que l’Europe c’est un self-service », a déclaré à la presse le président français François Hollande à l’issue du sommet européen des 18 et 19 février qui a trouvé un accord sur les demandes du premier ministre britannique pour le maintien de l’appartenance de son pays à l’Union. « En revanche, quand il y a un problème – je voulais parler du problème agricole – il touche à la France mais pas seulement la France, à beaucoup de pays, c’est là qu’on attend aussi la solidarité de l’Europe, pas seulement la solidarité financière, ce n’est pas de ça dont il s’agit, mais l’efficacité d’une politique », a poursuivi le chef de l’État (1). « L’Europe ce n’est pas simplement un budget où on vient prendre sa part, je rappelle que c’est la France mais aussi le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie qui sont des contributeurs nets, c’est-à-dire qu’on paye plus qu’on ne reçoit, et c’est ce qu’on appelle la solidarité finalement. Mais l’Europe ce n’est pas simplement un budget, l’Europe ce sont des politiques ».

À son arrivée au sommet de Bruxelles, François Hollande avait estimé devant les journalistes que « chacun doit avoir une reconnaissance de sa situation ». « Et la France peut aujourd’hui avancer un certain nombre de revendications, notamment sur la crise agricole, ou sur les questions économiques, sur la croissance », avait-il dit.