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Gail Soutar, conseillère Brexit pour la NF Au Royaume-Uni : « Nous ne savons toujours pas quelles formes les nouvelles aides prendront »

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Les conservateurs britanniques avaient promis au secteur agricole de transformer les paiements directs en paiements pour services environnementaux à l’issue du Brexit. Mais alors que la nouvelle loi agricole britannique, validée par la chambre des Communes, s’apprête à passer à la chambre des Lords, le principal syndicat agricole du Royaume-Uni, la NFU, dénonce l’empressement du gouvernement, et le manque de cohérence avec les promesses électorales. Explications de Gail Soutar, conseillère en chef Brexit et négociations commerciales au sein du principal syndicat agricole britannique.

Quel est l’enjeu de la loi agricole qui s’apprête à passer à la chambre des Lords pour les agriculteurs britanniquess ?

La dernière fois qu’il y a eu une loi aussi importante, c’était en 1947, à la sortie de la guerre. Ce texte pose le cadre pour nous permettre de sortir progressivement des paiements directs du modèle européen, à partir de 2021, afin d’adopter un nouveau système de rémunération basé sur les services environnementaux.

Or, nous ne savons toujours pas quelle forme les nouvelles aides prendront. Se feront-elles, par exemple, sous la forme de contrats individuels, ou s’agira-t-il de contrats collectifs ? Quels types de services, quels secteurs seront-ils rémunérés ? Le Covid-19 a également rajouté une inconnue : comment les consommateurs se comporteront-ils à l’issue de la crise ?

Avec tant d’incertitude, ce que nous demandons donc au gouvernement, c’est avant tout de ralentir les changements en cours, et de nous associer à la réflexion sur le fond de ces réformes.

Quelle latitude avez-vous encore pour faire évoluer cette loi ?

Certains députés de la chambre des Communes, dont nous sommes proches, ont déposé des amendements en première lecture, qui ont tous été refusés. Le texte doit maintenant passer chez les Lords, où nous avons aussi de bons contacts. Mais le gouvernement actuel a une telle majorité aux Communes depuis décembre, que même si les Lords nous suivent, les autres amendements risquent eux aussi d’être retoqués en commission mixte, puis en deuxième lecture.

Nous allons malgré tout continuer à travailler avec les députés de la chambre des Communes pour défendre notre proposition : créer une commission agricole représentative du secteur et de tous ses acteurs pour participer à l’élaboration des traités de libre-échange. Nous savons que les règles de l’OMC sont claires, et qu’il est difficile d’intégrer les conditions sur l’environnement et le bien-être animal, mais cette commission permettrait de gérer nos intérêts de gré à gré.

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Vous demandez notamment de protéger le secteur face à l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Quelles sont vos inquiétudes par rapport à ce traité dont les négociations viennent de débuter ?

Lors des dernières législatives, en décembre, le parti conservateur a assuré qu’il maintiendrait le budget des aides agricoles, et qu’il ferait de la Grande-Bretagne l’un des plus avancés en matière de bien-être animal et d’environnement. Mais ni la loi agricole dans sa version actuelle ni les accords en cours de négociations ne nous semblent cohérents avec cet engagement.

Nous avons vu d’un bon œil que les produits agricoles ne soient pas concernés par les révisions à la baisse des droits de douanes suite à notre sortie de l’Union. Ces avancées ne vaudront cependant rien si les accords commerciaux reviennent dessus. Nous voulons donc voir les promesses des conservateurs s’appliquer, pour maintenir les droits de douane sur les produits agricoles, et refuser le porc américain à la ractopamine, ou le bœuf aux hormones.

À l’issue de la loi en cours d’adoption, les politiques agricoles seront-elles similaires dans tout le Royaume-Uni ?

Non, le fait d’avoir des politiques cohérentes entre toutes les nations n’est pas encore acquis. Ceci dit, n’est-ce pas déjà le cas avec la politique européenne ? Nous savons que l’Écosse, en tout cas, pourrait faire le choix de maintenir des aides directes, au risque d’entraîner des distorsions de concurrence entre nations.

Après ces quelques mois, le Brexit semble-t-il selon vous susceptible de donner les résultats escomptés pour le secteur agricole ?

C’est encore trop tôt pour le dire. La majorité des agriculteurs ont voté pour le Brexit, à 52 contre 48 % environ. Mais avec toutes les promesses qu’il a faites, le nouveau gouvernement a des grands défis à relever.