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Avancées technologiques pour produire des fibres textiles à partir du lait

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Le créateur Mossi a réalisé une collection à partir de tissus de fibres de lait. Crédits : © Cniel Mossi

Le Cniel (interprofession laitière) et le Ceti (textiles innovants) mettent au point un process de fabrication de fibres textiles à partir de dérivés du lait. Cette filière à construire permettrait de valoriser le lait déclassé, de relocaliser la production de fibres et d’améliorer le revenu des éleveurs laitiers. La cellulose du lin oléagineux ou la kératine de la laine de mouton pourraient aussi être transformées en fibres.

La technologie n’est pas très connue, mais il est possible de fabriquer des fibres textiles à partir du lait. Ou plus précisément à partir de la caséine, qui associée à un solvant, permet de fabriquer des fibres. Le procédé a été mis au point dans l’Entre-Deux-Guerres, puis relancé ces dernières années, notamment en Italie.

A partir de cette technologie, le Cniel (interprofession laitière) et le Centre européen des textiles innovants (Ceti) à Tourcoing, ont toutefois eu une démarche différente. « Nous savons que les éleveurs ont besoin de revenus supplémentaires, que du lait n’est pas valorisé dans des proportions importantes et qu’il y a une volonté, chez les industriels comme le grand public, d’avoir des vêtements avec moins d’impact environnemental », explique Claire Dabrowski, chargée par le Cniel de ce projet de tissu à partir du lait.

La matière première existe, puisqu’on estime que chaque année en France, environ 7000 tonnes de lait est détruit, en raison de la présence de résidus qui le rendent impropre à la consommation humaine, détectés après la collecte et avant la transformation. La caséine, issue du lait séché, peut être associée à un solvant chimique afin d’obtenir ces fibres par extrusion. « Nous travaillons pour arriver à un process de fabrication avec un solvant vert, permettant d’éviter un impact environnemental négatif », détaille Claire Dabrowski, qui à ce stade ne peut dévoiler quel est ce fameux « solvant vert » qui est en cours de développement, dont le recours s’inscrit dans la logique de relocalisation de la production de fibre textile proche des bassins de transformation et de consommation.

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Un démonstrateur attendu pour 2023

« Nous avons passé le stade de la preuve de concept en obtenant un filament continu issu d’un filage en voie humide, une technologie aussi utilisée par les fabricants de papier », explique Pascal Denizart, directeur général du Ceti. La prochaine étape va consister à faire fonctionner le démonstrateur que va recevoir le Ceti au printemps 2023, afin de passer à l’échelle industrielle.

Les fibres déjà obtenues, ensuite tissées, ont permis au créateur de mode français Mossi de réaliser des vêtements. Avec une texture proche de la soie, très fluide et qui ne se froisse pas, cette nouvelle matière peut intéresser des marques en quête de produits finis alliant les dimensions locale, environnementale et éthique. « Des vêtements de Mossi réalisé à partir de la fibre issue du lait vont être vendus très prochainement sur le site e-commerce du Printemps », annonce Claire Dabrowski.

Mais les promoteurs de ce projet de « tissus de lait » voient aussi plus loin, car d’autres matières premières peu ou pas valorisées pourraient donner naissance à de nouvelles fibres. « La cellulose extraite des fibres de lin oléagineux pourrait jouer le même rôle que la caséine et être transformée avec les mêmes équipements », souligne Pascal Denizart. Le Ceti travaille actuellement sur un projet de filière à partir de cette cellulose de fibre de lin, qui permettrait de générer de nouveaux revenus aux cultivateurs. Mais d’autres matières premières restent encore à valoriser comme l’ortie ou la kératine obtenue de la laine de mouton.