La filière banane française a su, en moins de dix ans, relancer la production et révolutionner les pratiques agricoles en Martinique et Guadeloupe. Hyper organisée, la filière marche d’un seul pas, mais les contradictions du marché de la banane restent nombreuses.
Avec 270 000 tonnes produites chaque année, la filière de la banane française, issue de Martinique et Guadeloupe, fait travailler 650 producteurs, générant 6 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects, s’est félicitée l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN) le 3 novembre. Et les chiffres communiqués peuvent être précis, car l'UGPBAN gère 100 % de la production française, des bananeraies jusqu’aux points de vente.
S’organiser pour mieux rebondir
« Entre 1993 et 2003, la filière banane a perdu 45 % de ses planteurs », a rappelé Philippe Ruelle, directeur général de l’UGPBAN. « Elle n’avait pas anticipé la mondialisation des échanges ». Avant qu’il ne soit trop tard, la filière a décidé de s’organiser. L’UGPBAN naît alors en 2003. Elle réunit les deux coopératives par lesquelles transitent 100 % de la banane française, une en Martinique et une en Guadeloupe. En 2007, la filière subit un double coup dur : le scandale du chlordécone et un cyclone qui détruit l’intégralité des plantations en Martinique et la moitié des bananeraies de Guadeloupe. À l’heure de reconstruire, l’UGPBAN sort l’artillerie lourde.
Condamnés à produire des bananes vertes
« Quand il a fallu replanter, Michel Barnier, à l’époque ministre de l’Agriculture, s’est engagé à nous aider, si en contrepartie on tendait vers une agriculture plus durable », explique Philippe Ruelle. C’est que la médiatisation des effets dramatiques sur les sols de l’utilisation du chlordécone, pesticide épandu jusqu’en 1993 aux Antilles, a fait du tort à l’image de la filière banane. « C’est là qu’on a lancé notre premier "plan quinquennal" Banane durable. Ça fait un peu soviétique ! », plaisante Sébastien Zanoletti, directeur du développement durable de l’UGPBAN. L’Union édite un cahier des charges – plan Banane Durable 2008-2014 – auquel les planteurs doivent se plier s’ils veulent travailler avec l’UGPBAN. Mais en l’absence d’organisation alternative, les agriculteurs n’ont d’autre choix que celui d’entrer dans le rang. Les résultats sont là : en cinq ans, la filière réduit son utilisation de produits phytosanitaires de 50 %. « On a atteint l’objectif Ecophyto avant tout le monde ! », se félicite l’UGPBAN. « Il a pu y avoir quelques réticences çà et là, mais tout le monde a joué le jeu », témoigne Sébastien Zanoletti.
La banane durable, plus saine que le bio
Aujourd’hui, la banane française est probablement la plus saine au monde – même si elle n’est pas bio – avec sept traitements par an environ et jamais d’épandage aérien. Lorsque le consommateur achète de la banane bio – qui vient majoritairement de République Dominicaine –, il ne se doute pas que celle-ci a subi « quinze à vingt traitements aériens par an, avec trente-trois produits différents », explique Sébastien Zanoletti. « Et sur ces trente-trois produits, treize sont interdits, même en agriculture conventionnelle, en France ! », poursuit-il. Et la contradiction ne s’arrête pas là : Fruidor, filiale de l’UGPBAN qui commerce avec la grande distribution, est le leader du bio sur le marché français. Elle se fournit… en République dominicaine. « Mais nous orientons nos achats vers les productions qui se rapprochent le plus des critères européens en matière de bio », argumente Philippe Ruelle qui concède : « Les bananes bio que nous achetons restent quand même plus traitées que les bananes françaises conventionnelles ».
La banane bio française, une utopie ?
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La situation n’est pas aisée. Les Antilles françaises ne produisent pas assez pour répondre aux besoins de Fruidor (160 000 tonnes de bananes françaises et presque 60 000 tonnes de bananes produites à l’étranger) et elles ne proposent pas de bio. En France, seuls trois produits bénéficient d’une Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les bananes bio. « Notre filière représente un trop petit marché pour que les firmes cherchent des solutions alternatives », explique Philippe Ruelle. Pour répondre à la demande des consommateurs en bio, la République dominicaine apparaît comme la seule solution pour Fruidor.
En cinq ans, la filière a réduit son utilisation de produits phytosanitaires de 50 %
L’UGPBAN, consciente que cette situation est loin d’être idéale, déplore la différence de réglementation en matière de bio entre Europe et pays tiers. « L’Europe oublie souvent qu’elle a une agriculture tropicale », déplore Philippe Ruelle. Mais il attend avec impatience « une réglementation européenne en cours de finalisation qui devrait, à compter de 2018, obliger les États tiers à répondre aux normes européennes pour les produits bio qu’ils souhaiteraient exporter vers l’UE ». Les États auront cinq ans pour se mettre aux normes.
Bientôt une interprofession de la banane
La filière qui a su arrêter le flux d’abandons d’exploitations, diviser l’utilisation des pesticides par deux, maintenir 100 % des emplois liés à la production de bananes malgré le cyclone de 2007 ou développer tout un concept innovant de vente pour promouvoir la banane française (voir encadré), veut maintenant s’organiser en interprofession. L’objectif, explique Philippe Ruelle, est de « mettre tout le monde autour de la table, dont les distributeurs » afin de limiter la guerre des prix en grande distribution et mettre un frein aux promotions qui dévalorisent la production française.
L’UGPBAN promeut la Banane française en grande distribution
Lancée en mai 2015, la « Banane française », concept destiné à promouvoir la banane de Guadeloupe et de Martinique en grande distribution est déjà un succès, selon le directeur de l’UGPBAN Philippe Ruelle. La « Banane française » est vendue à prix fixe, peu importe le poids, « en bouquets de 3, 4, 5 ou 6 fruits » emballés dans un ruban bleu, blanc, rouge. Elle est présentée en rayon dans des alvéoles au lieu d’être en vrac. Ce concept permet, selon l’UGPBAN, de mieux identifier la banane française et de faire ainsi face à la concurrence. Par ailleurs, le ruban et les alvéoles évitent que les consommateurs ne cassent les bouquets, ce qui réduit considérablement le gaspillage. 500 points de vente ont déjà été convaincus, a annoncé l’UGPBAN le 3 novembre. L’Union ambitionne de distribuer la « Banane française » dans 4 000 magasins avant la fin du premier semestre 2017.