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Barbara Pompili promet la « continuité »

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Députée de la Somme, Barbara Pompili a été nommée le 6 juillet ministre de la Transition écologique. De son travail de parlementaire, les syndicats agricoles de son département retiennent son engagement écologiste contre la ferme des 1 000 vaches, et aux côtés de l’Affaire du siècle... mais aussi son abstention lors de la ratification de l’accord UE-Canada (Ceta). Difficile de prédire quel type de rapport de force cette ancienne EELV voudra imposer à Matignon et l’Elysée. Pour son premier discours de ministre, elle a, en tous les cas, promis la « continuité ».

« J’ai passé du temps dans l’opposition à compter les points en faisant des commentaires, mais ce n’est pas satisfaisant quand on a un sentiment d’urgence », résumait Barbara Pompili, une dizaine de jours avant sa nomination à la tête du ministère de la Transition écologique.

C’est dans cet esprit que l’ancienne candidate Europe écologie - Les verts (EELV) a suivi François de Rugy chez Emmanuel Macron dès 2017, alors qu’elle était encore secrétaire d’État à la biodiversité de Ségolène Royal. Et c’est toujours pour la même raison qu’elle a refusé, après avoir hésité, de suivre ses collègues dissidents au sein du nouveau groupe Écologie Démocratie Solidarité.

Cette stratégie, la nouvelle ministre veut également l’appliquer à son nouveau poste. Le 7 juillet, lors de la passation de pouvoirs officielle entre elle et Élisabeth Borne à l’hôtel de Roquelaure, elle a ainsi prévenu : « Je me garderai bien d’établir tout de suite un programme d’action ». Le programme, a-t-elle précisé, sera construit « en concertation large avec des associations souvent exigeantes mais indispensables », mais également avec les parlementaires, les collectivités locales et les entreprises. Une méthode s’inscrivant parfaitement dans celle définie par Jean Castex, le nouveau Premier ministre.

Contre les 1 000 vaches

Dans sa circonscription de la Somme, Barbara Pompili est connue pour avoir soutenu les associations contre le projet de la ferme des 1 000 vaches. « Elle est passée quelques fois dans nos manifestations, elle était plutôt opposée à l’agriculture industrielle et aux fermes usines », se rappelle Vincent Chombart, représentant local de la Confédération paysanne. Barbara Pompili, complète-t-il, s’est également jointe à des actions contre le réchauffement climatique, comme l’Affaire du siècle. « À chaque fois que j’ai discuté avec elle, elle s’est montrée très ouverte, très à l’écoute », se souvient Vincent Chombart.

Du côté de l’antenne locale du syndicat majoritaire, on dresse moins de louanges à l'ex-EELV. « Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle fasse beaucoup d’ombre au ministre de l’Agriculture, dont on a très peu parlé », s’alarme Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme. « On l’a côtoyée par rapport au Ceta, et on avait été surpris qu’elle s’abstienne. Ça interpelle, qu’une écologiste fasse le choix de ne pas voter contre ce traité pour des raisons politiques, et de la retrouver au ministère », poursuit Denis Bully.

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La nouvelle position de Barbara Pompili pourrait précisément la conduire à intervenir sur le dossier local des 1 000 vaches. Élisabeth Borne avait envoyé en mars un courrier au préfet de la Somme pour lui demander d’appliquer les amendes prévues en cas de dépassement d’un effectif de 500 vaches sur la ferme, « mais on n’a toujours rien vu venir », déplore Vincent Chombart. Il espère pour sa part que Barbara Pompili saura profiter de ses nouvelles responsabilités pour faire avancer ce dossier.

Connaissance du fonctionnement des administrations

La nouvelle ministre de l’Écologie saura-t-elle éviter le traumatisme Hulot, avec une démission violente faute de latitude ? « Avec son parcours, et son expérience, Barbara Pompili connait bien l’appareil d’État, la complexité dans l’articulation entre l’État, les services déconcentrés, les parlementaires. Ce n’est pas une personne qui jettera l’éponge », analyse Arnaud Schwartz, président de France nature environnement.

Alors que d’autres doutent du poids qu’elle pourrait avoir dans les arbitrages de sortie de crise, l’intéressée se montre pour l’heure optimiste. Lors de la passation de pouvoir, elle a ainsi assuré que le Président et le Premier ministre souhaitaient, comme elle, faire de l’écologie un « moteur essentiel » de la relance économique. Un appui qui sera nécessaire pour aider Barbara Pompili sur son autre mission : « concrétiser les travaux de la Convention citoyenne sur le climat ».

Parmi les autres dossiers en cours, la sortie du glyphosate, ou encore l’éventuelle réintroduction d’un nouvel ours dans les Pyrénées, permettront également de mesurer son véritable poids politique, et d’évaluer l’équilibre des forces entre agriculture et environnement dans ce nouveau gouvernement.

« Elle était plutôt opposée à l’agriculture industrielle et aux fermes usines »