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Bayer/Monsanto : Bruxelles lance une enquête approfondie

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Pesticides (glyphosate en particulier), semences, caractères agronomiques, la Commission européenne craint que dans un certain nombre de domaines, la concurrence sur le marché européen soit réduite suite au rachat de Monsanto par Bayer. Bruxelles a donc lancé une procédure d’enquête approfondie. Verdict début 2018.

La Commission européenne a décidé le 22 août d’ouvrir une enquête approfondie afin d’évaluer le projet d’acquisition de Monsanto par Bayer (pour 56 milliards €) (1). Bruxelles craint, à l’issue de ce rapprochement, une réduction de la concurrence sur un certain nombre de marchés entraînant une hausse des prix, une baisse de la qualité, une réduction du choix et un recul de l’innovation. Les secteurs les plus problématiques sont les pesticides (notamment le glyphosate), les semences (colza, coton, potagères) et les caractères agronomiques (tolérance aux herbicides). La Commission dispose d’un délai de 90 jours ouvrables (jusqu’au 8 janvier 2018) pour arrêter sa décision. Le secteur, en pleine phase de concentration, a déjà connu ces derniers mois deux opérations de grande ampleur avec la fusion entre Dow Chemical et Dupont et le rachat de Syngenta par ChemChina auxquelles Bruxelles a donné son feu vert sous conditions.

Un géant

L’entité issue de la fusion Bayer-Monsanto, s’inquiète Bruxelles « détiendrait non seulement le plus grand portefeuille de pesticides, mais serait également l’acteur le plus puissant sur les marchés mondiaux des semences et des caractères agronomiques, devenant ainsi la plus grande entreprise intégrée dans cette branche d’activité ». Après discussion avec les deux entreprises dont les engagements n’ont pas suffi à lever les doutes, la Commission a donc décidé de poursuivre son enquête pour déterminer « si l’accès des concurrents aux distributeurs et aux agriculteurs est susceptible de devenir plus difficile dans le cas où Bayer et Monsanto viendraient à grouper ou à lier leurs ventes de pesticides et de semences, notamment avec l’avènement de l’agriculture numérique », une technologie dans laquelle Monsanto et Bayer investissent actuellement.

L’opération « sera très bénéfique pour les agriculteurs et les consommateurs », assure Bayer, qui s’engage dans un communiqué à « continuer à travailler de manière étroite et constructive » avec Bruxelles.

Glyphosate, semences tolérance aux herbicides

Dans le détail, ce qui inquiète Bruxelles dans le domaine des pesticides concerne tout particulièrement le glyphosate (2). En effet, Bayer produit le glufosinate d’ammonium, l’un des rares substituts du glyphosate – herbicide le plus vendu dans le monde produit par Monsanto. Surtout que le nombre de concurrents dans ce domaine capables de découvrir de nouvelles substances actives est très limité. De plus, Bruxelles estime que les pesticides biologiques de Monsanto pourraient concurrencer le portefeuille existant de Bayer dans le domaine des pesticides chimiques. Enfin, un problème se pose également concernant les produits de lutte contre le parasite des abeilles, varroa.

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Dans le secteur des semences, la Commission va se pencher sur les parts de marchés de la future entreprise dans les semences potagères et de grandes cultures, en particulier le colza pour lequel Monsanto est déjà le principal acteur en Europe. Autres sources d’inquiétude : les licences pour les semences de coton, les programmes de recherche et d’innovation concernant le blé.

Enfin, alors que Monsanto occupe déjà une position dominante sur plusieurs marchés de caractères agronomiques, en particulier la tolérance aux herbicides, Bayer est l’un de ces rares concurrents dans ce domaine.

Sur tous ces marchés, comme ils l’ont fait pour les rapprochements entre Dow et Dupont d’un côté et entre ChemChina et Syngenta de l’autre, les services de la concurrence de Bruxelles devraient imposer à Bayer et Monsanto de céder une partie de leur portefeuille à leurs concurrents, eux-mêmes de plus en plus concentrés.

(1) Voir n° 3603 du 10/07/2017

(2) Voir même numéro