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Bel vend Leerdammer avant de se retirer de la Bourse

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Tout en publiant ses comptes pour 2020, le groupe Bel a annoncé l’ouverture de négociations avec Lactalis pour lui céder Leerdammer en échange de la participation que détient le leader mondial des produits laitiers dans son capital. Dans la foulée, Unibel, le holding familial de contrôle de Bel, annonce son intention de retirer le titre de la Bourse. Bel aura ainsi les coudées franches pour poursuivre le développement stratégique de ses activités, également réparties entre le laitier, le fruitier et le végétal.

Le groupe Bel et Lactalis ont annoncé le 19 mars être entrés en négociation exclusive dans le cadre de la cession de la marque Leerdammer, en échange d’actions Bel détenues par Lactalis. Le périmètre de cession englobe « Royal Bel Leerdammer NL, Bel Italia, Bel Deutschland, la marque Leerdammer et tous ses droits attachés, ainsi que Bel Shostka Ukraine », précise le communiqué. En échange, Bel compte récupérer près de 1,6 million d’actions du groupe, représentant 23,16 % de son capital, actuellement en possession de Lactalis. À l’issue de l’échange, Lactalis conserverait 0,90 % du capital de Bel. Sur la base du cours du 23 mars, cette participation représente un peu plus de 681 millions d’euros. « Au 31 décembre 2020, le chiffre d’affaires de la marque Leerdammer et de Bel Shostka Ukraine est d’environ 500 millions d’euros, dont 350 millions d’euros de produits de marque, avec un résultat opérationnel d’environ 25 millions d’euros », indique encore le communique. Emmanuel Besnier, président de Lactalis, voit dans ce rachat la possibilité « de prendre pied sur le marché des fromages de Hollande et de s’implanter industriellement aux Pays-Bas à travers trois sites de production ».

Pour Bel, ce projet s’inscrit dans la continuité de ses priorités stratégiques visant « à développer les activités de Bel sur nos trois territoires complémentaires, le laitier, le fruitier et le végétal, afin de renforcer notre position d’acteur majeur du snacking sain », a déclaré Antoine Fievet, son président-directeur général. Le groupe confirme aussi « cibler à moyen terme l’équilibre de son chiffre d’affaires entre le laitier et le fruitier/végétal en s’appuyant notamment sur ses marques cœur La Vache qui rit, Kiri, Mini Babybel, Boursin ou GoGo squeeZ, sous lesquelles il continuera à développer des produits laitiers, des produits fruitiers, des alternatives végétales ou mixtes ». À noter que cette liste qui ne comprenait que des marques de fromages jusqu’à présent, voit disparaître Leerdammer au profit de la compote GoGo squeeZ de Materne.

En outre, « la sortie de Lactalis du capital de Bel permettra aux familles actionnaires de renforcer leur position, confirmant ainsi le modèle d’entreprise familiale indépendante du Groupe », est-il encore souligné.

Bel devrait sortir de la Bourse

Une fois assurée d’avoir récupéré la participation de Lactalis, la famille a donc le champ quasi libre, sans autre actionnaire de poids, désireux d’intervenir dans la gestion. En effet, une fois Lactalis sorti du capital, il restera moins de 4 % du capital dans le public, le solde étant entre les mains du holding Unibel, lui-même détenu majoritairement par les membres du groupe familial fondateur Bel/Fiévet. C’est donc sans grande surprise que le conseil d’administration de Bel a dans le même temps annoncé, sous réserve de la réalisation de l’opération susvisée, son intention de déposer une offre publique de rachat d’actions (OPRA) à un prix de 440 euros par action (prix soumis à l’appréciation d’un expert indépendant) « offrant ainsi une liquidité à l’ensemble des actionnaires minoritaires de Bel », explique-t-il. Par ailleurs, Unibel, le holding de tête de Bel, prévoit de son côté de déposer un projet d’offre publique de retrait (OPR-RO), suivie d’un retrait obligatoire au même prix que celui de l’OPRA, soit 440 € (dividende attaché). Le prix proposé dans le cadre de ces deux offres « représenterait une prime de 16 % sur le cours de clôture du 17 mars 2021 et de 28 % sur le cours moyen pondéré par les volumes des 60 jours précédant le 17 mars 2021 », précisent les initiateurs des offres.

Si comme prévu l’opération de cession intervient avant la fin de l’été 2021, « l’offre publique devrait intervenir au troisième trimestre 2021 », précise le communiqué. Les actions Bel pourraient donc être retirées de la cote dans la foulée, soit fin de l’été, début de l’automne. Aucune opération de retrait ne concerne en revanche pour l’instant Unibel qui devrait donc lui rester coté en Bourse.

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Un exercice 2020 solide

Tous ces projets interviennent à l’issue d’un exercice 2020 marqué par la crise de la Covid-19, dont le groupe Bel ne se sort pas trop mal. En effet, le groupe a dégagé un résultat opérationnel de 245 millions d’euros, en hausse de 16,1 % par rapport à 2019, pour un chiffre d’affaires de 3,45 milliards d’euros (+ 1,5 %). La marge opérationnelle progresse quant à elle de 90 points de base à 7,1 %. Le groupe indique avoir bénéficié de « la dynamique positive » de ses marques cœur – La Vache qui rit, Mini Babybel, Kiri, Leerdammer et Boursin – sur l’ensemble de ses marchés, mais aussi du « retour à la croissance de Bel en France et de Bel aux Etats-Unis, ses deux marchés principaux ».

Pour rappel, dans le cadre de ses choix stratégiques d’un élargissement de ses gammes vers les produits de snacking, et après le rachat en 2016 de MOM (marques Materne, Pom’Potes, Mont-Blanc), le groupe Bel a finalisé en juin dernier l’acquisition de 80 % du capital de la société All in Foods (la famille conservant les 20 % restants jusqu’en 2024). Cette start-up française est spécialisée dans les alternatives végétales au fromage et sauces végétaliennes, commercialisées sous la marque Nature & Moi.

Au 31 décembre 2020, Groupe Bel conserve une structure financière solide, avec 1,85 milliard d’euros de capitaux propres (contre 1,81 Mrd€ un an plus tôt) et une dette financière nette en baisse de 100 millions d’euros sur un an à 584 millions d’euros. Fin juin, Bel avait procédé avec succès à sa première émission obligataire privée sous format USPP de 150 millions de dollars, afin de diversifier ses sources de financement, d’allonger la maturité moyenne de sa dette et de renforcer l’exposition de sa dette au dollar.