Maintenant remis sur les rails, le groupe de vins et spiritueux Belvédère fait l'objet de convoitises. L'assemblée des actionnaires convoquée le 30 juin verra s'opposer les actuels membres du conseil d'administration et les nouveaux actionnaires. Le groupe marocain Diana Holding, entré au capital à l'automne dernier et détenteur de 23 % du capital, de concert avec le groupe Castel, demande la constitution d'un nouveau conseil d'administration, dans lequel il aurait de fait la majorité.
Les administrateurs indépendants de Belvèdère sont sortis de leur silence « en vue de rétablir la vérité », indique le trio formé par Constance Benqué, Christine Mondollot et Benoit Hérault (président du conseil d'administration, NDLR) dans son communiqué. A l'approche de l'assemblée des actionnaires convoquée pour le 30 juin, les rapports se sont très sérieusement tendus entre certains d'entre eux. En fait, toute cette affaire ressemble fort à une prise de pouvoir musclée de la part de Diana Holding sans passer par la case offre publique d'achat ! Rappelons que le groupe marocain est entré progressivement au capital du groupe de vins et spiritueux (marques Marie Brizard, Sobieski..) depuis l'automne dernier, jusqu'à détenir 17,36 % du capital directement et 22,97 % indirectement, grâce au concert formé avec DF Holding, une société de droit luxembourgeois qui regroupe les intérêts de la famille Castel.
DIVERGENCES SUR LA GOUVERNANCE
Les administrateurs indépendants indiquent dans leur communiqué que « le conseil d'administration a travaillé dans d'excellentes conditions jusqu'au conseil du 2 juin au cours duquel les représentants de Diana Holding ont réaffirmé leur requête d'obtenir la démission immédiate des administrateurs indépendants avant l'assemblée » qui se tiendra le 30 juin. Des administrateurs indépendants, qui rappellent-ils, sont aussi membres du comité stratégique de Belvédère et « sont à l'initiative et ont porté le plan stratégique BIG 2018 ». Un plan qui d'ailleurs été voté par Diana Holdings en son temps.
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De fait, dans ses requêtes qui doivent être soumises au vote des actionnaires en AG, Diana Holding demande la constitution d'un nouveau conseil d'administration dont la présidence reviendrait à Rita Maria Zniber, présidente de Diana Holding (déjà membre du conseil d'administration de Belvédère depuis l'automne 2014), composé de 8 membres, dont 4 issus de représentants du concert formé avec Castel. Et avec le jeu des droits de vote double dévolus à la présidence, le conseil d'administration de Belvédère serait de fait contrôlé par le groupe agroalimentaire marocain. Rappelant les bonnes pratiques de gouvernance du code Afep Medef, auquel adhère Belvédère, les administrateurs indépendants, proposent, eux un conseil composé de 2 membres pour Diana, 1 pour DF Holding, 4 membres indépendants et 1 représentant des actionnaires individuels. S'ils ne sont pas opposés au concert formé par Diana et Castel, les administrateurs indépendants estiment en revanche que sa représentation au sein du conseil d'administration « doit demeurer en ligne avec son niveau de participation au capital et ne doit pas lui permettre d'obtenir le contrôle du conseil », nous précise Benoit Hérault. Voilà qui est clairement dit. Colette Neuville, la présidente de l'Adam (Association de défense des actionnaires minoritaires) mandatée par certains actionnaires minoritaires, enfonce le clou, indiquant craindre « une prise de contrôle rampante de l'entreprise ». Son but dans ce dossier est de « faire en sorte que des actionnaires minoritaires ne prennent pas le contrôle de l'entreprise sans en payer le prix ». Ainsi dans l'intérêt des actionnaires minoritaires, l'Adam recommande « de voter contre les résolutions présentées par le groupe marocain Diana Holding » et de voter pour celles présentées par le conseil d'administration de Belvédère qui font déjà « la part belle au concert en portant à trois le nombre de ses représentants, soit un poids (37,5% des sièges) supérieur à sa participation dans le capital (23%) », précise encore l'Association.
Autant dire que l'assemblée des actionnaires de Belvédère le 30 juin promet d'être houleuse. L'exercice sera d'autant plus compliqué que le capital de l'entreprise est très morcelé, avec de nombreux investisseurs institutionnels, détenant chacun entre 1 et 2 % et le solde (environ 45 %) entre les mains de petits porteurs.