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Benoît Biteau, eurodéputé Vert : l’UE a « contre toute attente, affaibli encore plus les règles » pour lutter contre la spéculation

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Dans un entretien accordé à Agra Europe, l’eurodéputé des Verts Benoît Biteau, membre de la commission de l’Agriculture, dénonce les pratiques opportunistes de la spéculation financière qui utilise les chocs conjoncturels (Covid, guerre en Ukraine) pour entretenir et amplifier l’envolée des prix alimentaires. Il alerte également sur le manque d'ambition affiché par l'UE pour enrayer le phénomène.

Agra Europe : Depuis le début de la guerre en Ukraine on observe une flambée des prix alimentaires, comment expliquez-vous cette tendance ?

Benoît Biteau : Les chocs conjoncturels (Covid-19, guerre en Ukraine) récents sont utilisés par certains acteurs de la finance dérégulée pour mener des pratiques spéculatives totalement cyniques. Ils accumulent des profits sur le dos des plus vulnérables en jouant de façon éhontée avec les prix des matières premières agricoles qui sont finalement décorrélés des fondamentaux du marché. Chaque pourcent d’augmentation du prix de l’alimentation plonge ainsi des millions de personnes dans la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

Quels sont les instruments dont dispose l’UE pour encadrer ces pratiques spéculatives ? Sont-ils suffisants ?

Après la crise alimentaire de 2008 qui a notamment été amplifiée par la spéculation financière, l’UE a décidé de réviser seulement en 2014 la directive sur les marchés d’instruments financiers (Mifid) en y introduisant notamment un régime dit de « limites de position ». Il vise à réduire les possibilités de spéculation sur les prix des denrées alimentaires ainsi que sur d’autres produits de base. Mais cette directive a montré ses limites en fixant des seuils trop élevés (autour de 20 %) pour sérieusement encadrer la volatilité des prix alimentaires. Et lors du Covid, une révision partielle de la directive Mifid a, contre toute attente, affaibli encore plus ces règles européennes en introduisant des exemptions aux spéculateurs pour s’affranchir de certaines contraintes réglementaires. Étant donné que rien n’a été fait, la spéculation abusive a donc entretenu et amplifié, depuis le début de la guerre en Ukraine, la flambée des prix alimentaires.

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Au-delà des crises qui amplifient le phénomène, quelles sont les causes profondes de l’ampleur de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale ?

La principale cause résulte de choix d’orientation agricole basés sur une spécialisation de la planète avec, d’un côté, les régions qui produisent et, de l’autre, celles qui importent leur alimentation. Cette approche libérale fragilise toujours plus les pays du Sud en renforçant leur dépendance. Si nous voulons garantir sérieusement la sécurité alimentaire tout en répondant aux défis climatiques et de biodiversité, il est crucial de remplacer l’agriculture dite productiviste par le développement à l’échelle du globe d’une approche agronomique fondée sur une diversité de productions. Seule cette voie permettra d’autonomiser les régions importatrices nettes de produits agricoles et ainsi de renforcer durablement leur sécurité alimentaire.