Face à un risque de jaunisse « très élevé », Agnès Pannier-Runacher a annoncé une dérogation pour autoriser « jusqu’à cinq passages de Movento cette année ». « Insuffisant » pour la CGB, qui souhaite pouvoir utiliser deux molécules interdites en France, mais pas dans d’autres États membres de l’UE.
Interrogée sur l’antenne de France Bleu Nord, la ministre déléguée à l’Agriculture Agnès Pannier-Runacher a annoncé le 5 avril une dérogation aux betteraviers pour qu’ils puissent davantage utiliser un insecticide permettant de lutter contre les pucerons responsables de la jaunisse de la betterave. « Cette année, les betteraviers pourront désormais faire jusqu’à cinq passages de Movento (spirotétramate NDLR) » au lieu de « deux passages aujourd’hui », en plus de l’épandage d’un autre insecticide, le Teppeki (flonicamide), a indiqué Mme Pannier-Runacher à la radio publique.
En raison d’un hiver doux, associé à des pluies quasiment constantes depuis l’automne, le risque de jaunisse de la betterave provoquée par les piqûres de pucerons verts est présenté comme très élevé. Pour l’heure, une première dérogation de 120 jours permettra d’effectuer un troisième traitement de Movento. Si la pression des pucerons est trop forte, d’autres dérogations seront prises pour permettre les deux autres passages de l’insecticide, selon le cabinet de la ministre.
« Distorsion de concurrence »
La CGB (betteraviers, FNSEA) estime la réponse apportée par le ministère de l’Agriculture « insuffisante », dans un communiqué de presse du 5 avril. « Heureusement qu’on nous accorde cette dérogation, alors qu’on dispose de peu de moyens pour lutter contre les pucerons », s’est insurgé le président de la CGB (betteraviers, FNSEA) Frank Sander. Et d’ajouter que « tous les capteurs sont au rouge », alors que les réservoirs de pucerons « sont au même niveau qu’en 2020, année où nous avons perdu un tiers de la récolte ».
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En cas de forte infestation, le syndicat estime que l’efficacité de ces produits sera « limitée ». De surcroît, « c’est un produit cher et sa multi-utilisation pèsera sur les coûts de production des exploitations de façon certaine ». Pour le président du syndicat betteravier, l’interdiction de l’acétamipride et de la flupyradifurone doit être levée en France, alors que ces deux produits sont autorisés « chez nos voisins européens ». « La vraie réponse que nous attendons […] est de supprimer cette distorsion de concurrence », a ajouté Franck Sander.
Un produit suspecté d’être « toxique »
De son côté, l’association Générations futures a regretté que le gouvernement « cède systématiquement aux demandes du monde agricole en matière de pesticides au mépris du principe de précaution ». Et ce alors que la substance active du Movento « est officiellement classée par l’Union européenne (UE) comme étant suspectée d’être toxique pour la reproduction ». Autorisé cependant jusqu’en 2035 par l’UE, l’acétamipride fait l’objet d’une réévaluation par l’Efsa, l’agence sanitaire européenne. Le ministère de l’Agriculture a souligné à de multiples reprises qu’il n’envisageait pas de « revenir en arrière » sur les néonicotinoïdes.
Après l’année terrible de 2020, les betteraviers avaient bénéficié de dérogations en France pour l’utilisation de néonicotinoïdes par enrobage des semences dans leurs cultures. La fin de ces dérogations en janvier 2023, à la suite d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), avait été vécue comme « un coup de massue » par la profession. « Au moins en 2023, l’engagement avait été pris d’indemniser l’intégralité des pertes jaunisse. Depuis, il s’est écoulé plus d’un an et rien n’a bougé », déplore M. Sander.