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Bien-être animal, le feuilleton continue avec une nouvelle vidéo de L214

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Une nouvelle vidéo de l’association L214 montrant des pratiques de maltraitance en abattoirs a été mise en ligne le 29 juin, provoquant à nouveau de vives réactions, notamment de la part des syndicats agricoles. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie continue, elle, ses auditions.

Les vidéos de L214, « je les ai très mal vécues. C’est une remise en cause fondamentale de mon métier, de ma famille, de mes choix de vie. J’ai choisi un métier. J’ai un contrat avec mes animaux. […] À chaque fois, je prends un coup dans la figure ». Ces propos tenus par Etienne Gangneron, éleveur et vice-président de la FNSEA, lors d’un débat organisé par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA) le 28 juin, montrent bien le malaise vécu par le milieu de l’élevage suite aux diffusions des vidéos de L214. Ces dernières dénoncent l’inapplication de la réglementation bien-être animal dans les abattoirs. Deux jours plus tard, le 30 juin, Christiane Lambert, également vice-présidente de la FNSEA, a été auditionnée par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie. Selon elle, dans un contexte de crise économique de l’élevage, « ce sujet crée un stress supplémentaire [auprès des éleveurs, ndlr] quand il est abordé de cette façon, critique et assez stigmatisante ».

Deux nouveaux abattoirs de proximité mis en cause

Entre ces deux interventions, une nouvelle vidéo a été mise en ligne sur internet par l’association L214, le 29 juin. Sont mis en cause deux abattoirs de proximité : l’un à Pézenas (Hérault) et l’autre à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes). La vidéo, selon l’association, montre « des actes de maltraitance, des violations de la réglementation, et des animaux en grande souffrance au moment de leur mise à mort ». Christiane Lambert évoque « des images insoutenables ». D’après l’association, les images ont « été tournées entre novembre 2015 et mai 2016 ». La préfecture de l’Hérault réagira dans la journée, par communiqué, en précisant que « la plupart des vidéos sont obsolètes : le matériel présenté n’est plus utilisé ou a été adapté, les pratiques ont été améliorées et certains opérateurs ne manipulent plus d’animaux vivants depuis plusieurs mois ». Depuis le début de l’année, la préfecture assure avoir, « sans attendre l’action de l’association L214 », réalisé « huit contrôles de protection animale », « huit contrôles spécifiques à l’abattage rituel » et avoir « imposé des mesures correctives rapidement mises en œuvre ». La préfecture des Alpes-Maritimes a elle aussi communiqué, affirmant qu’« un audit dans le domaine de la protection animale a été réalisé par la direction de la protection des populations (DDPP) le 23 avril dernier ». L’audit a donné lieu à la détection de non-conformités et à une mise en demeure qui exigeait la mise en place sous deux mois de mesures correctives. À la suite de la vidéo, la direction de l’abattoir a souhaité fermer le site.

« Nuit debout devant les abattoirs »

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En parallèle de ces événements, l’association antispéciste 269 Life Libération animale, a annoncé le 29 juin son intention d’organiser une « nuit debout devant les abattoirs », le 30 juin de 18 heures à 5 heures du matin, à l'arrivée des premiers animaux pour l’abattage. « Cet événement de grande envergure mobilisera 350 activistes qui seront répartis sur 33 lieux (abattoirs privés et municipaux) en France, Belgique et Suisse », selon l’association. De quoi faire réagir les syndicats agricoles. En effet, la Coordination Rurale avait déjà annoncé le 28 juin,  qu’elle serait elle aussi mobilisée le 30 juin au soir devant les abattoirs, pour contrer « les mascarades des végans ». Le syndicat refuse que « la désinformation ne prenne le dessus » et rappelle que « sur les plans environnemental, sociétal et économique, l’élevage est essentiel » et appelle les pouvoirs publics à faire cesser « les campagnes de dénigrement de l’élevage ». Un point de vue partagé par la Confédération paysanne : « Oui, il y a des problèmes dans les abattoirs et, oui, ils doivent être réglés. […] Il faut regarder la situation en face et dépasser cette indignation primaire. Cette campagne de communication s’acharne sur l’élevage et met en danger l’emploi paysan, notre modèle alimentaire, la vie de nos territoires. » La Confédération souligne le fait qu’en « ciblant les petits abattoirs, plus vulnérables, elle pousse clairement vers l’industrialisation de nos métiers, effet agricole du libéralisme qui, justement, est en cause dans la dérive des abattoirs ». Christiane Lambert, lors de son audition, soulignera également que les petits abattoirs sont bien visés par l’association et pas de manière anodine. Pour elle, « c’est choisi, c’est à dessin ». « L214 s’attaque aux petits abattoirs » afin de « casser la confiance » donnée par le consommateur notamment envers les productions des circuits courts. « Peut-on encore manger de la viande en confiance ? », s’interroge, selon elle, le consommateur actuellement.

" C’est une remise en cause fondamentale de mon métier, de ma famille, de mes choix de vie "

La vidéosurveillance en abattoir, un débat qui anime la filière viande

Xavier Beulin, président de la FNSEA, se prononce contre, Stéphane Le Foll aussi, Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne également tout comme Jean-Paul Bigard, p.-d.g. du groupe Bigard ou Dominique Langlois, président d’Interbev. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, se prononce « pour mais à condition que… », tout comme Jacky Tixier, président du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) ou encore certains membres d’associations de protections animales. La question de l’instauration d’une vidéosurveillance dans les abattoirs a été posée à bon nombre des responsables auditionnés par Oliver Farloni, député et président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie et Jean-Yves Caullet, député et rapporteur. Pour Arnaud Lhomme, de la Fondation 30 millions d’amis, auditionné le 29 juin, « la chose la plus importante à obtenir » est la vidéosurveillance, « pas pour faire peur » aux salariés, « mais pour que l’employé sache qu’on ne manipule pas une vie n’importe comment ».