En 2020, une année marquée par la crise de la Covid-19, IAA 80 d’Unigrains, regroupant les valeurs de l’agroalimentaire en Europe, a perdu 8,3 % par rapport à 2019. Hors Danone et AB InBev, en forte baisse l’an dernier et qui entrent pour une large part dans la composition de cet indice, son repli se limite à 4,9 % sur l’année écoulée. De son côté, l’indice MCSI Europe, représentant tous les secteurs de l’économie, affiche une baisse de 5,4 %. L’espoir d’un retournement économique mondial qui pourrait s’amorcer dès l’été 2021 est favorable au marché boursier. Mais le secteur agroalimentaire, réputé défensif, pourrait souffrir d’une rotation des investissements au profit des valeurs plus cycliques.
La crise liée à la pandémie de Covid-19 n’épargne décidément rien. « Elle a balayé tous les secteurs sans exception, ne faisant pas apparaître de surperformance notable dans les secteurs de l’économie les plus résilients tels que l’agroalimentaire », relève Unigrains dans sa note trimestrielle sur l’évolution des valeurs cotées de l’agroalimentaire en Europe. Ainsi en 2020, l’indice IAA 80 d’Unigrains* a abandonné 8,3 % sur un an, alors que l’indice MCSI Europe, représentant tous les secteurs de l’économie, affiche une baisse de 5,4 %. Mais cette sous-performance de l’IAA 80 est à relativiser. Elle est en effet « largement due à deux des plus grosses capitalisations de l’indice, Danone (-27,1 %) et AB Inbev (-21,1 %), qui au-delà de la crise sanitaire paient le prix d’erreurs stratégiques passées », note l’analyste d’Unigrains. Ainsi, hors Danone et AB Inbev, dont le poids est important dans la composition de l’IAA 80, celui-ci ne cède que 4,9 %, un niveau cette fois très proche de l’indice européen.
De son côté, le sous-indice FR14, regroupant uniquement les valeurs françaises de l’agroalimentaire chute de 12,2 % en 2020, alors que l’indice CAC 40 n’a cédé que 8,1 % sur l’année écoulée. Le FR14 a été tiré vers le bas par Danone, une grosse capitalisation, mais aussi par « les valeurs Vin et Champagne, surreprésentées dans l’indice », prévient Unigrains. Outre les mesures de restriction imposées par la crise sanitaire, « les valeurs Vin ont souffert des taxes américaines imposées dès octobre 2019, tandis que les valeurs Champagne pâtissaient des incertitudes liées au Brexit ».
Rotations sectorielles
Heureusement, l’horizon s’éclaircit sur plusieurs fronts. Après une petite reprise de 1,2 % au troisième trimestre de l’année 2020, l’IAA 80 a poursuivi sur sa lancée, affichant une progression de 3,4 % au dernier trimestre. Et Unigrains de citer pêle-mêle une succession de nouvelles qui ont entraîné un regain d’optimisme chez les investisseurs. « Les perspectives d’un soutien renforcé à l’économie américaine à l’aube d’un nouveau cycle présidentiel, les annonces de vaccins, le dénouement positif des négociations sur le plan de relance européen le 10 décembre, et l’accord commercial sur le Brexit arraché in extremis le 24 décembre. » Pour autant, les perspectives de retournement économique n’ont pas en premier lieu profité aux valeurs de l’agroalimentaire. En effet, les investisseurs ont réorienté leur choix vers des valeurs durement touchées par la crise sanitaire, « tels que l’hôtellerie ou l’aérien », note Unigrains. Réputé défensif, l’IAA 80, même s’il a progressé au dernier trimestre 2020, est donc à la traîne du MSCI Europe, qui bondit pour sa part de 10,3 % sur cette même période. En revanche, « malgré un rebond boursier moins marqué au quatrième trimestre, la valorisation de l’IAA 80 garde son avance sur les indices globaux européens », souligne Unigrains. Le multiple d’Ebitda de l’IAA 80 est à 14,3x sur ce trimestre, contre 11,9x pour les indices généraux européens (Euronext, FTSE, SMI), témoignage du caractère défensif de l’agroalimentaire. Et sur dix ans, l’IAA 80 conserve aussi son avance sur le MCSI, avec des progressions de respectivement 7,1 % et 3,2 %.
Les petites capitalisations recherchées
Les réorientations stratégiques des investisseurs ont cependant profité aux plus petites capitalisations de l’agroalimentaire, délaissées au plus fort de la crise « car jugées trop risquées », peut-on lire dans ce bilan. Ainsi, le sous-indice Small 16, qui regroupe les 16 valeurs de l’IAA 80 dont la capitalisation est inférieure à 200 M€, a surperformé l’IAA 80, avec une progression de 10,4 % sur les trois derniers mois de l’année. Du côté des valeurs, ce regain d’intérêt s’est notamment répercuté sur Fleury Michon et Tipiak, dont « les résultats plutôt bons au premier semestre n’avaient pas ou peu eu d’impact positif sur les cours, souligne l’analyste d’Unigrains. L’horizon sanitaire s’éclaircissant, les investisseurs récompensent enfin de petites entreprises pour leurs stratégies payantes ». Ainsi au quatrième trimestre, Fleury Michon grimpe de 20 % et Tipiak de 7 %.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Au niveau sectoriel, les évolutions sont contrastées. Ainsi, le cours de l’action Bonduelle affiche un recul annuel de 11 %, les investisseurs ayant été déçus par la baisse du résultat opérationnel courant sur le dernier exercice (clos le 30 juin) et le tassement de la marge. Le manque de visibilité sur le redressement de la marge pèse également sur la valeur. À l’inverse, Greenyard qui gagne 27 % en 2020 et La Doria (+46 %) ont bénéficié de « l’amélioration de leurs marges à la faveur de stratégies de moyen terme portant désormais leurs fruits : meilleures relations amont et aval chez l’un, plan d’économie mis en place en 2018 chez l’autre », explique Unigrains.
Quid de 2021
Pour 2021, l’incertitude domine, sachant que la pandémie n’est pas terminée et qu’il existe d’autres facteurs négatifs. Et l’analyste d’Unigrains d’énumérer notamment l’incertitude créée par le Brexit sur le niveau des exportations de l’UE vers le Royaume-Uni, mais aussi la baisse du dollar entamée à l’été 2020, qui si elle se poursuit pourrait pénaliser les résultats des sociétés exportatrices ou encore la possible dégradation des marges des entreprises agroalimentaires, sous l’effet de la remontée des cours des matières premières qu’elles ne réussiraient pas à répercuter dans leur prix de vente. Les actuelles négociations commerciales avec la grande distribution qui doivent s’achever au 1er mars, montrent des difficultés de prise en compte, par les enseignes, des hausses de coûts de production pour les fabricants.
Pour l’heure, dans le sillage des volontés affichées par les gouvernements de part et d’autre de l’Atlantique de faire rapidement redémarrer l’économie, les investisseurs parient « sur un retour à la normale de l’activité économique en 2022, avec un rebond s’amorçant à l’été 2021 ». Un scénario qui ne promet pas pour autant un fort rebond de l’IAA 80. L’indice européen des valeurs agroalimentaires pourrait en effet « continuer de sous-performer les indices boursiers globaux, la rotation sectorielle se faisant toujours en sa défaveur », anticipe Unigrains.
L’IAA 80 est composé de 80 valeurs cotées de l’agroalimentaire, basées dans 13 pays d’Europe de l’Ouest (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Finlande, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Suisse).