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Bilan mitigé pour la Conférence environnementale

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À moins d’un an des élections présidentielles de 2017, la 4e Conférence environnementale était l’occasion pour le gouvernement de faire valoir son action environnementale. Phytos, agriculture bio, méthanisation… le bilan ne fait pas l'objet d'un consensus.

« Nous allons examiner les propositions émanant des tables rondes et la feuille de route 2016 sera actée avant fin juin », a déclaré Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, lors de la clôture de la Conférence environnementale à Paris, le 26 avril. Pendant deux jours, État, collectivités, professionnels et associations étaient réunis pour discuter des mesures environnementales à inscrire sur la feuille de route 2016, la dernière du quinquennat de François Hollande. Ainsi, cette dernière conférence environnementale était aussi l’occasion, à moins d’un an des élections présidentielles 2017, de faire le bilan de l'action environnementale du gouvernement. Certaines questions agricoles rassemblent les parties prenantes, c’est le cas en particulier de la méthanisation et du biogaz. Le Syndicat des énergies renouvelables salue l’objectif de 10 % de gaz naturel vert dans les transports d’ici 2030 inscrit dans la loi de transition énergétique. La filière biogaz est devenue un débouché durable pour l'agriculture. D’autres questions agricoles divisent toujours, malgré quelques avancées.

Phytos : vers la fin d’une ère ?

« Nous voudrions qu’un budget soit prévu pour un appel à projet de recherche et innovation pour trouver des alternatives (aux phytos, ndlr) », a proposé Éric Thirouin, responsable environnement à la FNSEA. La table ronde qui traitait des phytos s’est surtout orientée vers la recherche d’alternatives. Mais pas seulement. Une grande étude épidémiologique « va être engagée » sur la santé des riverains des parcelles agricoles traitées par des phytos. De nombreux représentants de la société civile ont par ailleurs demandé que les pesticides dans l’air soient mieux suivis. Le ministre de l’Agriculture a rappelé qu’il ne s’opposait pas à une interdiction des néonicotinoïdes, s’il y a des alternatives. Il a d’ailleurs annoncé, le 26 avril, la publication imminente du décret sur les produits naturels peu préoccupants (PNPP), très attendu des associations pour différencier biostimulants et phytos. Par ailleurs, le ministre a rappelé que les certificats d’économie des produits phytosanitaires, « une première européenne, voire mondiale » permettront d’aider au développement des alternatives. Ils doivent entrer en vigueur au 1er juillet 2016 (1).

Agriculture bio : victime de son succès

La feuille de route de la 4e Conférence environnementale doit être adoptée en juin

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« L’État fera face à ses engagements budgétaires en lien avec les régions pour que la France puisse devenir la première puissance bio d’Europe. C’est possible », a déclaré le président de la République François Hollande en ouverture de la conférence. En 2015, la France est passée devant l’Allemagne en termes de surface, rappelait le ministre de l’Agriculture. L'engouement se poursuit. La filière bio est en train de gérer une vague de conversion historique. À tel point que les aides gérées par les régions viennent à manquer. Régions et État cherchent des solutions. En Région Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon, une aide de l’Agence de l’eau permettrait d’avoir une rallonge. Ailleurs, État et régions sont à l’œuvre pour trouver des solutions. Dans la soirée du 26 avril à l’Assemblée nationale, Stéphane Le Foll n’a pu donner des précisions sur ces aides. Il a surtout rappelé que son ministère a doublé le budget sur l’agriculture bio à 190 millions d’euros.

Le monde associatif, dubitatif

Si quelques nouvelles propositions concrètes ressortaient des tables rondes, la conférence avait plutôt un air de bilan environnemental du gouvernement. « La transition écologique a fait un grand pas en 2015, une année verte comme prévu », affirmait Manuel Valls le dernier jour de la conférence environnementale. Il en a profité pour rappeler l'importance de l'agroécologie et son opposition au TTIP. Le monde associatif semblait plutôt dubitatif. « L’agroécologie prônée par Stéphane Le Foll a tout pour nous plaire ! […] Dans le discours, cela progresse, mais dans les faits, le poids du lobby agricole productiviste, […] freine les avancées », affirme France Nature Environnement, le 25 avril. FNE se dit dubitatif aussi sur la conférence environnementale elle-même. « Il y a eu deux jours de travail concret des entreprises, des ONG, de l’ensemble des parties » et finalement « aucune annonce, donc je suis un peu déçu », commente Pascal Canfin, directeur général de WWF France. Dans la matinée, plusieurs associations ont fait part des manques sur la question des phytos. Ainsi, l'association Humanité et biodiversité demande « la séparation du conseil et de la vente » des pesticides et l’application de « l’augmentation du taux de redevance pour lutter contre la pollution diffuse ». Le représentant de France Nature environnement à la table ronde sur les phytos, visiblement déçu par la teneur des débats, a résumé : « On parle, mais rien ne change. […] Sur le chlorpyriphos, il faut retirer l’autorisation de mise sur le marché ». Le ministère de l’Agriculture a rappelé qu’une analyse toxicologique de l’Anses et de l’Efsa était attendue : « Le chlorpyriphos est en cours de réévaluation ». Finalement, le bilan est mitigé. La question de l’interdiction des phytos reste emblématique du « Oui, mais » relayé par les associations écologistes à propos de la politique environnementale du quinquennat de François Hollande.

(1) Lire, dans Agra Presse Hebdo le 25 avril 2016, l’article « Pesticides : lancement opérationnel d’Ecophyto 2 »