Le distributeur spécialisé Bio C’Bon suscite l’intérêt du leader Biocoop, associé à Marcel & Fils, mais aussi de la famille Zouari, actionnaire de Picard à hauteur de 43%. Les investisseurs privés s’inquiètent de leur côté pour leurs économies placées par l’intermédiaire de montages complexes destinés à financer les ouvertures de magasins.
Au moins deux offres ont été déposées le 15 septembre au tribunal de commerce de Paris pour la reprise de l’enseigne Bio C’Bon, suite à son placement en redressement judiciaire début septembre. Biocoop a déposé une offre avec le réseau bio spécialisé Marcel & Fils, une enseigne surtout implantée dans le sud-est de la France, pour reprendre 105 magasins, soit 86% du parc de magasins actuels : 72 magasins pour Biocoop et 33 pour Marcel & Fils. « Les magasins non repris (18) ne sont pas viables, car confrontés à des soucis insurmontables de rentabilité essentiellement liés au montant de leurs loyers » explique Biocoop, numéro un de la distribution spécialisée bio en France, dans un communiqué diffusé le 16 septembre.
En ce qui concerne les emplois, les 686 salariés des magasins concernés seraient repris. « Biocoop réfléchit sur une reprise complémentaire des salariés volontaires des magasins non repris (modalités en cours de discussion – périmètre de magasins en cours de discussion avec les sociétaires Biocoop) », indique le distributeur coopératif qui se sent capable de générer et garantir 300 à 400 emplois supplémentaires dans les trois prochaines années.
Mais Bioccop ne reprendrait pas le siège et l'entrepôt de Bio C' Bon, qu’il estime « surdimensionnés ». A ce sujet, Biocoop « proposera un dispositif complémentaire en cours de chiffrage qui s'appuiera sur des partenaires, des reclassements internes et externes. » Biocoop ne porte pas un « projet hégémonique dicté par une logique purement financière », insistant sur l’absence « d'actionnaires à rémunérer ou de cours de bourse à défendre ». Selon Biocoop, son offre est « une alternative commerciale concrète en centre-ville et garantit la diversité d'un écosystème riche et diversifié ».
De son côté, la famille Zouari a officiellement déclaré avoir « remis ce jour au tribunal de commerce de Paris une offre ferme de reprise du Groupe Bio C’Bon », défendant une offre qui « porte un projet économique et social visant à préserver l’emploi ». De source proche du dossier, l’offre de l’actionnaire de l'enseigne de surgelés Picard (qu'il dirige aux côtés du fonds Lion Capital), et également l’un des principaux franchisés de Casino, prévoit la reprise « de près de 93 % du parc de magasins, de l’entrepôt, de la centrale d’achat et du logisticien en maintenant plus de 92 % de l’emploi ». Il est en outre prévu un investissement de 70 millions d’euros « intégralement en fonds propres pour la modernisation et la rénovation des magasins ».
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Le groupe Carrefour « étudie le rachat de Bio C’Bon, qui est une très belle enseigne » et le groupe Casino n’était pas en mesure de confirmer avoir déposé une offre le 15 septembre au soir.
Les investisseurs privés veulent se faire entendre
De leur côté, les investisseurs particuliers qui ont participé au développement du réseau de magasins Bio C’Bon craignent pour leurs placements dans le cadre d’une reprise de l’enseigne. Regroupés au sein de l’Association de défense des investisseurs de Bio C’Bon (Adibio), ces 4 800 particuliers évaluent à environ 114 millions d’euros le préjudice global, « avec les intérêts », selon leur avocat Antoine Germain. Ces investisseurs souhaiteraient « que le repreneur intègre dans son offre de reprise leurs intérêts en leur proposant par exemple d’entrer au capital du véhicule d’acquisition de Bio C’Bon ».
En 2018, le magazine LSA avait détaillé un montage financier proposé par l’actionnaire fondateur du groupe, Marne & Finance, dont le président Thierry Chouraqui est aussi à la tête de Bio C’Bon, permettant à des particuliers d’investir dans les magasins ou les locaux commerciaux de Bio C’Bon. Suite aux interrogations de l’Anacofi (Association professionnelle des entreprises de courtage et conseil en banque, finance et assurance), l’AMF a dans un premier temps alerté les conseillers en investissements financiers sur « les risques encourus » à poursuivre la commercialisation de ces offres « sans s’être assurés que leurs clients sont suffisamment avertis » des risques. Mais, dans un second temps, l’AMF avait estimé qu’il n’y avait « pas lieu de notifier de griefs » et décidé de « ne pas ouvrir de procédure de sanction à l’encontre de Marne & Finance ou de ses dirigeants ».