L’intérêt pour développer les biocarburants aéronautiques conduit à un foisonnement de projets à travers le monde. Tour d’horizon.
L’Organisation internationale de l’aviation civile (ICAO) met régulièrement à jour une carte des aéroports utilisant des carburants durables et des projets d’usines de production dans le monde. Elle rend compte du foisonnement de projets autour de cette nouvelle filière.
En France, Total prévoit de construire une usine, qui pourra produire en 2024 l’équivalent de cinq fois la production mondiale actuelle de bio kérosène (30 000 tonnes en 2019, selon Total). Cette usine devrait produire 170 000 tonnes de ces biocarburants nouveaux à partir de 2024.
« 170 000 tonnes de biocarburants aériens, c’est plus de cinq fois la production mondiale de 2019 et cela montre notre volonté de prendre part à l’émergence des carburants alternatifs. En revanche, cela ne représente que 2 % de la consommation française de carburants aériens fossiles. Il reste du chemin à parcourir », explique François Ioos, directeur des activités « biocarburants » chez Total.
70 % d’huiles usagées et graisses animales
Cette usine, qui sera construite sur le site de la raffinerie à Grandpuits (Seine et Marne), produira aussi des biocarburants routiers et des biomolécules pour la chimie. Elle s’approvisionnera à 70 % en huiles usagées européennes et en graisses animales, et à 30 % en huiles végétales (notamment de colza cultivé localement). L’huile de palme est exclue. Les huiles végétales comme celle de colza sont destinées à la production de biocarburants routiers.
François Ioos fait d’ailleurs remarquer que la culture du colza est entrée dans une démarche bas carbone intéressante. Il n’empêche, pour le secteur aérien en France, « nous répondrons aux demandes de nos clients que sont les compagnies aériennes qui souhaitent des carburants aériens durables produits non pas à partir d’huiles végétales comme l’huile de colza mais à partir de déchets et résidus. Notre usine de Grandpuits est prévue pour cela », précise François Ioos.
Jet fuel à partir de déjections de saumon
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Ailleurs dans le monde, on citera le projet de la société Velocys, avec comme matières premières des déchets organiques, dans le nord-est de l’Angleterre. L’entreprise a reçu l’autorisation de construction. Elle espère démarrer la construction en 2022 et commencer à produire en 2025.
Citons aussi un projet en Norvège, autour de la société Biokraft, qui projette de produire 10 000 tonnes de « jet fuel » à partir de déjections d’une ferme de saumons, complémentés par des résidus d’une papeterie.
Le pétrolier finlandais Neste, qui a une plateforme spécialement consacrée à l’innovation dans les carburants pour avions, espère mettre en service en 2022 des capacités qu’il détient à Singapour, avec des déchets municipaux solides et des algues. Aux États-Unis, Gevo Agri-Energy a reçu en juin une certification de durabilité pour la transformation du maïs en isobutanol pour biocarburants aéronautiques.
Un développement structuré à l’échelle internationale
Ce développement est d’ailleurs organisé à l’échelle internationale : le Schéma de réduction des émissions de l’aviation internationale (Corsia) met en place un système mondial de compensation : dès 2021, pour les vols internationaux, les compagnies aériennes sont engagées à maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre.
L’ICAO étudie la faisabilité depuis au moins cinq ans de « mesures économiques de marché », consciente de la nécessité d’une politique volontariste de développement des biocarburants pour l’aviation, dont la consommation serait prise en compte en qualité de crédit carbone, pour les compagnies consommatrices.
Un système mondial de compensation