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Etats-Unis Biocarburants et plafonnement des aides au programme du nouveau président

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Moins de six mois avant d’avoir été élu 44 président des Etats-Unis, alors qu’il était encore sénateur de l’Illinois, Barack Obama a pris position en faveur du dernier Farm Bill doté de près de 290 milliards de dollars – l’un des plus généreux de ces trente dernières années. « Ce qui est bon pour les zones rurales est bon pour l’Amérique », estime le futur hôte de la Maison blanche qui a placé les biocarburants, la limitation des subsides versés aux grandes exploitations et le maintien de solides filets de sécurité pour les fermes familiales au cœur de son projet agricole.

Loin d’annoncer le démantèlement du Farm Bill – réclamé notamment par les pays émergents dans le cadre des négociations du cycle de développement de Doha à l’OMC –, l’arrivée à la présidence des Etats-Unis du démocrate Barack Obama, le 20 janvier prochain, confortera une politique agricole américaine centrée sur des aides agricoles fortes attribuées en priorité aux exploitations familiales petites et moyennes. Washington devrait aussi multiplier les initiatives pour préserver la compétitivité des produits agricoles américains sur les marchés mondiaux et assurer le développement des carburants verts nord-américains. En tout état de cause, il n’y aura pas de changement de cap à court terme, prévoient la plupart des experts, qui s’attendent, de plus, à une période d’un an environ au cours de laquelle le futur président se contentera, au plan international « d’éteindre les incendies », selon les termes d’un diplomate bruxellois.

– Questions commerciales. Le programme de M. Obama annonce qu’il va s’employer à réduire les barrières au commerce et aux investissements dans le monde pour, est-il précisé, maintenir la compétitivité des agriculteurs américains. Plus sensible aux négociations multilatérales que bilatérales, le sénateur n’en a pas moins fustigé les dernières concessions faites par l’administration Bush ces derniers mois à Genève, indiquant qu’il ne fallait pas sacrifier l’agriculture. Dans le cadre des accords bilatéraux, le futur président s’est engagé à y faire systématiquement figurer des conditions socio-environnementales – il ne souhaite d’ailleurs pas les multiplier. De façon générale, M. Obama se dit plus favorable au « fair trade » (commerce équitable) qu’au « free trade » (libre marché).

– Biocarburants. Le futur président des Etats-Unis, Barack Obama, est aussi le sénateur de l’Illinois, l’un des Etats ayant le plus investi dans le développement des biocarburants aux Etats-Unis. Une fois à la Maison blanche, M. Obama a indiqué qu’il mettrait l’accent sur les « carburants alternatifs (…) qui peuvent garantir des emplois et développer les économies de nombreuses communautés rurales ». Ce thème est l’un des plus précis du programme agricole du candidat démocrate. Il a l’intention d’investir 150 milliards de dollars dans le financement de projets de développement des biocarburants, notamment pour accélérer la recherche sur la seconde génération. Il veut que les Etats-Unis produisent quelque 3,6 milliards de litres de biocarburants d’ici à 2013.

– Soutiens internes.Si l’agriculture n’a pas été au cœur de la campagne électorale, Barack Obama n’en a pas moins, à plusieurs reprises, indiqué qu’il était favorable au maintien de « filets de sécurité solides pour les familles d’agriculteurs ». Les aides doivent « assurer que les fermiers américains sont protégés des crises de marché et des désastres naturels ». Le futur président souhaite notamment simplifier les mécanismes d’indemnisation suite à des catastrophes liées aux conditions météorologiques. En revanche, M. Obama veut s’assurer que l’argent public soit concentré sur les exploitations petites et moyennes et « n’enrichisse pas des propriétaires terriens déjà multimillionnaires ». Il propose d’instaurer un plafond de 250 000 dollars aux subventions agricoles, tout en s’assurant que les exploitations ne soient pas artificiellement divisées de façon à échapper à cette limite.

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– Agriculture durable. Dans le même ordre d’idée, le leader démocrate veut favoriser les circuits de distribution locaux et régionaux qui bénéficient le plus aux petits fermiers. Il est favorable au développement accru de l’agriculture biologique et prône la création d’un étiquetage d’origine pour les produits agricoles du type « made in US ». M. Obama veut assurer un « juste accès » aux marchés et s’attaquer, par exemple, à la mainmise des transformateurs sur les éleveurs américains. Il souhaite protéger l’indépendance des producteurs en interdisant le rachat d’élevages par l’aval de la filière.

– L’entourage agricole de M. Obama. L’actuel président de la commission de l’agriculture du Congrès, Collin Peterson, devrait rester l’homme fort de la politique agricole américaine dans les prochaines années, selon les experts américains. Pour occuper le poste de secrétaire d’Etat aux affaires rurales ou à l’agriculture, le futur président des Etats-Unis pourrait faire appel à Tom Vilsack, le gouverneur de l’Iowa, proche de Mme Clinton, qui a d’ailleurs pratiquement fait acte de candidature. Le nom d’un responsable syndical, Tom Buis, et celui d’une parlementaire, Stephanie Herseth Sandlin, circulent aussi pour ce portefeuille.

Par ailleurs, le défenseur de l’environnement et ancien candidat à la présidence Al Gore pourrait devenir le porte-parole du nouveau président pour l’environnement.