L’enseigne, qui reste clairement en tête de la distribution biologique, va investir 80 millions d’euros pour remettre à plat sa logistique et 12 millions d’euros dans son système informatique. Elle va s’impliquer encore davantage dans la production agroalimentaire, en lançant cette année, avec des partenaires, un fonds doté de 50 à 100 millions d’euros.
Si la consommation de produits biologiques en France a connu en 2016 un boom sans précédent, à +20 % pour un marché de 7 milliards d’euros, Biocoop en a profité pleinement. À tel point qu’il a même surpassé la croissance du marché, avec des ventes globales de son réseau atteignant 950 millions d'euros, soit une progression de 25 %, mais de « seulement » 17 % à parc de magasins équivalent. La société mère, Biocoop SA, affiche quant à elle un chiffre d’affaires de 560 M€ (ventes aux magasins).
Le réseau s’est fortement accru avec 52 points de vente supplémentaires, un « record » selon Gilles Piquet-Pellorce, directeur général de Biocoop, le parc étant à fin 2016 de 431 magasins. Biocoop est clairement resté dans la course et devance le numéro deux de la distribution spécialisée, La Vie Claire (300 magasins dont 40 ouverts en 2016) et ses 220 millions d’euros de ventes annuelles (Agra Alimentation du 16 mars 2017).
Cette année, Biocoop prévoit encore d’accroître le nombre de magasins avec 60 en plus. « Nous allons mieux couvrir Paris, la région parisienne et l’est de la France où nous ne sommes assez présents », explique Gilles Piquet-Pellorce. Celui-ci souhaite aussi être présent dans les petits bourgs ou les villages touchés par la désertification commerciale. « Nous aimerions bien pouvoir jouer ce rôle de l’épicerie du village, mais en mettant en avant nos valeurs et les produits biologiques et équitables », poursuit-il. Le chiffre d’affaires va progresser à 1,2 milliard d’euros en 2017, selon les prévisions de l’enseigne. « Le début d’année est difficile, comme pour tous les distributeurs, en raison de l’élection présidentielle, ce qui nous a amenés à revoir légèrement à la baisse nos prévisions de ventes pour 2017 ».
80 millions d’euros pour 3 plateformes logistiques
Pour 2017, la coopérative ne manque pas de projets : « Nous allons fermer nos huit plateformes logistiques pour les remplacer par trois sites entièrement neufs et écologiques », selon Gilles Piquet-Pellorce. Le budget est de 80 millions d’euros pour les années 2017 à 2019, complété par 12 millions d’euros d’investissements informatiques. Dans le Sud-Ouest, le site de Damazan va remplacer celui de Port-Sainte-Marie sur 18 000 m2 ; dans le Sud-Est, Biocoop va déménager de Sorgues au MIN de Châteaurenard (24 000 m2), tandis que le site de Brétigny-sur-Orge va fermer au profit d’Ollainville (24 000 m2). Un quatrième centre logistique de 24 000 m2 est aussi à l’étude pour l’ouest de la France.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
C’est surtout dans la production que Biocoop va se démarquer en 2017. La coopérative fait le constat que les nouveaux entrants ont des difficultés à se lancer et que les filières sont complexes à structurer. Pour cela, Biocoop s’est doté de plusieurs outils. Les « codéfis » permettent d’accompagner les producteurs dans le passage de la période de conversion de trois ans, sous forme par exemple de complément sur le litre de lait produit, mais pas encore certifié. 350 000 euros ont été alloués à cet objectif en 2016. Défibio, la société de capital développement, a investi 2,6 millions d’euros l’année dernière pour treize projets. Cette année, un coup d’accélérateur va être donné en passant à 4,5 millions d’euros dans le but de soutenir la structuration de filières comme cela a été fait avec le lait de chèvre et la laiterie de Lémance.
Un fonds pour l’investissement dans la production
Cette année, Biocoop espère concrétiser un projet qui lui permettra de peser encore plus efficacement dans la production agroalimentaire biologique. La coopérative compte en effet se doter d’un fonds « d’un montant de 50 à 100 millions d’euros apportés par Biocoop et des partenaires financiers », explique Gilles Piquet-Pellorce. « Nous souhaitons que ce fonds soit lancé cette année », poursuit-il. Mais ni le montant, ni les participants ne sont encore arrêtés définitivement. Ce fonds se limitera à des investissements en France avec des partenaires français qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes objectifs que Biocoop. Ce projet est né du constat de la concentration à l’œuvre dans le secteur bio, et de l’intervention d’opérateurs du secteur conventionnel « ne partageant pas la philosophie de Biocoop. » La coopérative veut pouvoir prendre la succession d’un entrepreneur, investir dans une entreprise ou encore accompagner la création d’une Scop afin qu’elle puisse conserver sa spécificité.
Fidèle à ses valeurs, Biocoop va poursuivre son engagement militant. Son président Claude Gruffat n’hésite pas à réaffirmer que les engagements doivent passer avant le chiffre d’affaires. « On préfère se couper un bras plutôt que renier nos valeurs », a-t-il rappelé. Pour preuve, depuis le 1er janvier 2017, Biocoop a arrêté la vente d’eau en bouteilles plastiques. Le manque à gagner est estimé à 1 % du chiffre d’affaires des magasins, mais la coopérative estime que les bouteilles sont particulièrement nocives pour l’environnement. Ces produits n’étaient déjà plus référencés en central depuis plusieurs années. Elle accompagnera ce changement avec un site internet dédié pour expliquer sa démarche et les alternatives possibles. Par le passé, Biocoop a déjà déréférencés de ses rayons des fabricants qui ne correspondaient plus à son éthique. « Lorsque nous avons appris que la lécithine de soja pouvait contenir des OGM, nous avons déréférencé 450 produits », explique le dirigeant. Une stratégie qu’il estime payante vis à vis des clients. Même chose lorsqu’un fabricant indépendant intègre un groupe industriel opérant surtout dans le conventionnel. « C’est comme cela qu’on préserve la confiance entre les consommateurs, les distributeurs et les producteurs », poursuit Claude Gruffat.