La biomasse est une ressource renouvelable qui débouche sur un tel éventail d’usages que la demande est déjà critiquée pour son agressivité sur le foncier et sur l’environnement. C’est l’un des grands aspects de la série « documents de travail » mise en ligne par le ministère de l’Agriculture le 15 janvier. Ce document évoque les controverses et les débats qui se dessinent pour que des choix soient dégagés entre les différentes utilisations.
À peine née, la bioéconomie suscite déjà des critiques. Le caractère limité de la biomasse et l’avidité de la demande l’expliquent, selon le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture, qui a évoqué les critiques et les choix possibles d’utilisations dans son « document de travail n°10 », intitulé Bioéconomie : enjeux d’un concept émergent, mis sur le site du ministère le 15 janvier. Ce document, réalisé par Élise Delgoulet, du Centre d’études et de prospective, et par Jeanne Pahun, doctorante à l’université de Montpellier et au CNRS-CIRAD (Centre national de la recherche scientifique – Centre international de recherche agronomique pour le développement), a pour objet de « stimuler le débat et d’appeler commentaires et critiques », précise le ministère.
Quels critères de choix : l’alimentation, la valeur ajoutée, la durabilité, l’autonomie ?
Les arbitrages d’utilisations de la biomasse entre alimentation, chimie, bio-matériaux et énergie se révéleront de plus en plus incontournables. Les critères sont multiples pour arbitrer les choix, mentionnent les deux auteurs du document : priorité à l’alimentation, à la valeur ajoutée, à la durabilité, à l’efficience ou encore à la sécurité des approvisionnements.
« La biomasse ne peut pas être considérée comme un puits de matières premières sans une prise en compte des conditions nécessaires à son renouvellement », souligne le document. En effet, les usages de la biomasse sont en plein développement tous azimuts : alimentation, pharmacie, cosmétique, chimie fine, bioplastiques et bio-matériaux, biofertilisants, biocarburants liquides, gaz, chaleur, électricité. Le document de travail cite une étude autrichienne qui estime que pour atteindre les objectifs européens, les surfaces dédiées à la bio-énergie devraient augmenter de 27 % à l’horizon 2030.
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« La biomasse ne peut pas être considérée comme un puits de matières premières sans une prise en compte des conditions nécessaires à son renouvellement »
La bioéconomie dès le début dans une perspective d’innovation, de croissance et de compétitivité
La bioéconomie est définie par la Commission européenne comme une économie fondée sur l’exploitation des ressources biologiques renouvelables (production et transformation de la biomasse) à travers la mobilisation de diverses sciences, le recours aux technologies et à l’ingénierie. Cette définition de la bioéconomie a été donnée à travers une communication de la Commission en 2012, intitulée « L’innovation au service d’une croissance durable : une bioéconomie pour l’Europe ». Cette communication de 2012 de la Commission « ancre avant tout cette bioéconomie dans une perspective concrète d’innovation, de croissance et de compétitivité », note le document. « Un des objectifs de cette nouvelle économie est de réduire la dépendance de l’UE aux énergies fossiles, tout en répondant aux besoins d’une population mondiale estimée en 2050 à environ 9 milliards d’habitants ».
Une part importante des financements du programme de recherche européen Horizon 2020 est réservée à la bioéconomie, souligne le document. Le programme de recherche de l’UE 2014-2020 comporte un budget total de 77 milliards d’euros. Dans le système d’emboîtements des programmes communautaires, un de ses piliers est « la primauté industrielle ». La bioéconomie est mentionnée comme un des secteurs de ce pilier : « Sécurité alimentaire, agriculture et sylviculture durables, recherche marine, maritime et dans le domaine des eaux intérieures et bioéconomie ».
La bioéconomie est présentée comme une alternative aux économies du « tout pétrole » et à l’épuisement des ressources naturelles, en mesure de produire des équivalents ou substituts tels que les biocarburants, les bioplastiques ou les biodétergents.