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Biogaz : les freins à lever pour consolider une filière prometteuse

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Une étude commanditée par la filière française du biogaz (voir Agra Presse Hebdo du 30 novembre 2015, page 53), pointe les freins à lever pour consolider cette jeune filière. Ces derniers sont, entre autres, l’inadaptation du matériel de méthanisation à des matières premières composites, des contraintes réglementaires encore lourdes et une insuffisante valorisation de la chaleur.

L’étude État des lieux de la filière biogaz en France - Les freins à lever pour consolider une filière prometteuse, met au grand jour les insuffisances de la filière, pour que les professionnels puissent mieux y remédier. Cette étude a été réalisée par le cabinet E-Cube Strategy Consultants. Elle a été commandée par le Club Biogaz, l’association Agriculteurs-méthaniseurs de France, les chambres d’agriculture, la FNSEA, Coop de France, les groupes Engie et GRTgaz, le Syndicat des énergies renouvelables et le Crédit Agricole.

Premier écueil notable, l’inadaptation du matériel et de la conception aux intrants entraîne des défaillances sur le procédé de méthanisation (casse des équipements d’incorporation, blocage de brasseurs, besoin de curage prématuré des digesteurs,…). « La filière française s’est tournée vers la méthanisation d’effluents d’élevage et de déchets du territoire, qui sont par nature variables en quantité et en caractéristiques au cours du temps », fait remarquer l’étude.

Des équipements conçus pour la digestion d’ensilage de cultures

Elle s’est tournée vers des procédés et des équipements issus de pays européens pionniers en méthanisation, et en particulier vers l’Allemagne. « Or, ces pays utilisent des intrants très différents, majoritairement des lisiers et de l’ensilage de cultures, matières aqueuses, homogènes et stables qui permettent un approvisionnement régulier tout au long de l’année ». Les intrants français, plus fibreux, variés et avec un taux d’indésirables qui peut être élevé, « nécessitent une adaptation des équipements, conçus pour d’autres marchés européens », indique l’étude.
De plus, des micro-coupures engendrées par les défaillances du réseau électrique dans certaines régions entraînent le désaccouplement des moteurs et l’arrêt de leur production. Elles concernent 17 % des sites du panel.
Sur le plan réglementaire, si certaines évolutions ont été récemment proposées, par exemple l’autorisation unique pour le permis de construire et l’autorisation d’exploiter, l’ensemble des démarches restent encore longues et complexes. « Elles le sont en particulier pour les projets collectifs dont le mix d’intrants et la conception peuvent varier au cours de la phase de développement avec des surcoûts pour réactualiser les études et éventuellement un rallongement des délais d’approbation de dossier ».

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Moindre valorisation de la chaleur : la double peine

L’étude mentionne par ailleurs un autre type d’écueil : des baisses de recettes sur la valorisation de la chaleur (lorsque le biogaz est brûlé en installation de co-génération, c’est-à-dire électricité + chaleur), avec un impact fort sur la prime efficacité énergétique. Quelque 22 % des sites enquêtés ont déclaré des revenus issus de la valorisation de la chaleur inférieurs à leurs prévisions. « Pour rappel, la valorisation de la chaleur, en entraînant une meilleure efficacité énergétique du site, donne droit à une prime à l’efficacité énergétique dans le tarif d’achat de l’électricité. Par conséquent, la perte de valorisation de la chaleur entraîne une diminution des recettes d’électricité, en plus de l’éventuelle perte de recette liée à la commercialisation de la chaleur », souligne l’étude.

L’ensemble des démarches reste encore long et complexe