Un groupe de neuf agriculteurs du Nord-Finistère appelé « Les Gaziers du bout du monde » expérimente depuis un peu plus d’un an la captation et la liquéfaction de CO2. Ces agriculteurs, principalement des éleveurs laitiers, ont monté une société (Breizh CO2) qui a investi, fin 2024, 650 000 euros dans une unité installée sur le site de méthanisation de l’un d’entre eux, à Guilers aux portes de Brest (Finistère). L’an passé, l’unité a produit 1 500 tonnes de CO2 liquéfié qui a été acheminé chaque semaine par route à une cinquantaine de kilomètres (Briec). Ce CO2 de qualité industrielle – il existe une qualité alimentaire plus coûteuse pour l’industrie agroalimentaire – alimente un producteur de tomates qui exploite 7 hectares de serres. Habituellement, ce CO2 issu de la méthanisation est évacué dans l’atmosphère. Or, les serristes bretons (environ 500 hectares) n’auront plus de CO2 quand ils auront décarboné leur système de chauffage, piste sur laquelle ils veulent s’engager. Ils le récupèrent actuellement sur le cogénérateur (moteur) dont ils sont équipés en grande majorité pour chauffer leurs serres en période froide.
Les Serres de Briec s’y sont intéressées en premier parce qu’elles se chauffent, elles, sur l’énergie fatale de l’incinérateur voisin. Leurs associés achetaient jusqu’à présent le CO2 dont leurs plantes ont besoin chez Air Liquide. « Nous avons fait le choix de travailler localement avec des agriculteurs producteurs de CO2, tout en gardant Air Liquide en sécurité », précise David Potereau, l’un d’entre eux, également vice-président de la coopérative Savéol. Les serristes s’intéresseront-ils demain à ce CO2 local ? Pas sûr, car son prix peut être un frein. « Notre CO2 coûte effectivement plus cher que celui de grosses unités d’énergéticiens, mais il est compétitif en utilisation locale », précise l’éleveur Marc-Antoine Castrec chez qui l’unité de liquéfaction est installée.