La crise qu’a connue la filière laitière française à la fin des quotas a entraîné un grand nombre de conversions vers le bio. Aujourd’hui, des risques de surproduction sont anticipés. Aussi, le premier collecteur a décidé de pousser ses producteurs à réduire les volumes produits.
Pour ne pas devoir écouler ses surplus en valorisant du lait bio dans le circuit conventionnel, Biolait a décidé d’inciter ses producteurs à réduire de 5 % leur production, annonce Ludovic Billard, président de l’OPC (organisation de producteurs commerciale) interrogé par Agra Presse. « La croissance linéaire de la consommation va un peu moins vite que celle des conversions qui se fait par à-coups, argue-t-il. Nous risquons d’avoir des excédents au printemps. » L’organisation de producteurs préfère donc anticiper pour que « le prix, et donc le revenu des éleveurs, ne dégringole pas trop ».
Dans la pratique, un éleveur doit, sur la base de la moyenne des trois dernières années, réduire de 5 % sa production. S’il dépasse cette limite, alors les volumes supplémentaires ne seront payés que la moitié du prix d’acompte, soit 200 euros les 1 000 litres pour 2019. Une décision prise par le conseil d’administration de Biolait, en concertation avec les producteurs. « Cela durera peut-être en 2020 mais d’ici un ou deux ans, nous allons retrouver l’équilibre », prévoit le président de Biolait.
Une gestion des volumes de lait bio qui a également été prise par certaines coopératives laitières. « Il y a des réflexions dans les coopératives sur le rythme du développement du lait bio pour continuer à créer de la valeur et ne pas se retrouver dans des situations de surproduction », témoigne Damien Lacombe, président de Coop de France Métier du lait, lors d’une conférence de presse le 18 avril. « Si les trois-quatre gros acteurs qui pèsent sur la collecte du lait bio ont une démarche responsable, on peut avoir un cercle vertueux. » Il cite notamment en exemple plusieurs coopératives qui ont décidé de faire une pause dans les conversions afin d’équilibrer l’offre et la demande.
Un marché tendu
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Le marché est resté plutôt équilibré en 2018 avec « un dynamisme de la demande en produits laitiers biologiques qui a permis d’encaisser la hausse de la collecte et des fabrications », explique FranceAgriMer dans son dernier bilan annuel dédié à la filière. Mais en 2019, la situation pourrait être plus tendue et des déséquilibres pourraient notamment apparaître au printemps, lors du pic de collecte.
La consommation de produits laitiers bio est en forte croissance et « ne montre pas de signe de ralentissement », explique FranceAgriMer. Les achats pour la consommation à domicile, selon Kantar, ont affiché des croissances à deux chiffres dont près de 30 % pour le beurre et 16 % pour les yaourts. En regard la production a très fortement progressé. Entre 2016 et 2018, la production de lait de vache bio a bondi de 50 %. Pour la seule année 2018, « les volumes de lait de vache biologique collectés ont augmenté de 31,3 % (soit 199 millions de litres de plus qu’en 2017) pour atteindre le niveau record de 835,6 millions de litres environ ».
« La croissance linéaire de la consommation va un peu moins vite que celle des conversions qui se fait par à-coups. »