«En semant des plantes que nous avons identifiées, nous pouvons retirer les polluants des sols agricoles, sans dégrader leur qualité», résume Ludovic Vincent, ingénieur AgroParisTech et co-fondateur de Biomède aux côtés de Patricia Gifu, chercheuse en cancérologie. Jeune pousse de la phytoextraction (ou phytoremédiatation), Biomédé a été créée en 2018, à Lyon. La première levée de fonds, à hauteur de 500000 euros, a permis aux fondateurs de lancer leur outil de diagnostic. Un appareil à rayons X qui, posé au milieu de champs, permet «en quelques minutes» de détecter la concentration des métaux lourds comme le cuivre, ou du plomb.
Le diagnostic détaillé est ensuite envoyé sous quarante-huit heures à l’agriculteur, en s’appuyant sur des valeurs de références issues de la bibliographie scientifique. L’entreprise sème alors des plantes exhumées des collections botaniques, et expérimentées en champs : Astéracées pour le cuivre, Brassicacées pour le plomb, « ce sont des cultures qui se développent en quatre à six mois, pour ne pas trop perturber l’itinéraire technique », souligne Ludovic Vincent. Coût total de l’opération, du diagnostic à la récolte des plantes: environ 1000 euros par hectare.
Sur un marché encore peu concurrentiel, Biomède se distingue par une promesse: recycler dès que possible les métaux extraits par les plantes pour les réutiliser dans d’autres industries. «Si le cuivre peut être utilisé en cosmétique, ou en pharmacopée, c’est plus compliqué pour le plomb», reconnaît Ludovic Vincent, indiquant travailler actuellement sur la méthanisation pour valoriser certains couverts semés.
Après des premiers chantiers en viticulture, l’entreprise s’est étendue depuis dans la plupart des filières et régions de France, et revendique aujourd’hui une centaine d’exploitations dépolluées. «Nous avons maintenant beaucoup de demandes sur les polluants de synthèse, comme le chlordécone, ou les métabolites du glyphosate», confie Ludovic Vincent.
La prochaine levée de fonds de 3 millions d’euros que Biomède lancera début 2022 devrait permettre de créer de nouveaux outils de diagnostic plus adaptés, tout en permettant à l’entreprise d’accélérer son développement commercial, en France comme à l’international.