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Blé : la Russie de nouveau à la manœuvre

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Le Kremlin anime le marché mondial du blé, en fixant de nouveau un prix plancher officieux et durcissant ses règles d’exportation. Avant le sommet des Brics, à Kazan, la Russie a aussi tenté de relancer son projet de marché agricole alternatif.

Selon plusieurs sources de marché, la Russie a fixé un prix plancher officieux de 250 $/t de blé pour ses exportations, rapporte l’AFP. Une décision qui n’a pas été confirmée par le ministère de l’Agriculture. C’est sensiblement plus que le cours actuel à la Bourse de Moscou, soit 220 $/t. « Ils ont déjà fait ça avant et le marché a appris que ce n’est pas parce qu’ils donnent un prix qu’ils vont le respecter », commente Jon Scheve, de Superior Feed Ingredients. En mars 2023, un prix minimum, là encore non officiel, avait été rapporté à 275 $/t en Fob. « Cela avait fait perdre des ventes aux Russes, rappelle Damien Vercambre, parce que sur les appels d’offres officiels, les opérateurs [russes] s’alignaient au prix plancher et les concurrents se mettaient juste au-dessous. »

Par ailleurs, le ministère russe de l’Agriculture a décidé de restreindre aux seuls exportateurs nationaux la possibilité de vendre du blé de cette origine à l’étranger, écartant ainsi les intermédiaires. Tous les acteurs agricoles étrangers qui étaient présents dans le pays s’en sont retirés depuis l’invasion de l’Ukraine, mais certains continuaient à charger dans les ports de la mer Noire. « Il y avait peut-être des opérateurs internationaux qui avaient du blé en Russie et qui ont dû le larguer », suggère ainsi Damien Vercambre, provoquant un afflux de céréales sur le marché, de nature à peser sur les cours.

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Crainte d’appels d’offres opaques

Avant le sommet de Kazan (Russie), qui se déroulait du 23 au 24 octobre, le Kremlin a tenté, selon l’agence Reuters, de relancer son projet de marché agricole des Brics, qui renforcerait les échanges entre les pays membres. Parmi ces nations figurent certains grands importateurs de blé mondiaux, comme la Chine, le Brésil ou l’Égypte. L’idée avait déjà été soumise fin juin, les Brics la soutenant officiellement, sans que ce partenariat ne se concrétise. « C’est une des grandes inconnues sur le marché du blé », a pointé Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Consulting. « La Russie est-elle en train de créer un nouveau canal d’échanges bilatéraux ? » « La crainte, c’est que les relations qu’ils (les Russes, NDLR) cherchent à développer ne se substituent aux appels d’offres et soient plus opaques », soulève l’analyste, au risque de léser les grands exportateurs qui n’en font pas partie, notamment Europe et États-Unis. « Pour l’instant, on ne voit pas ces discussions déboucher, donc l’inquiétude s’estompe », selon Michael Zuzolo.

« Ils ont déjà fait ça avant »