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Conseil spécialisé céréales Blé : « Ne pas jouer à des reports de stocks »

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FranceAgriMer alerte la filière sur le risque de stocks importants de blé « intermédiaire » en fin de campagne. L'établissement national recommande aux agriculteurs de livrer un maximum de leur moisson. D'autant plus qu'un bon courant d'affaires est entretenu à l'export vers les pays tiers.

« Gare à ne pas jouer à des reports, a insisté Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales, le 18 février. Il ne s'agit pas de se réveiller en juin avec un gros stock de blé médiocre. Ce qui est de qualité intermédiaire dans cette récolte risque d'être mauvais au vu de la suivante. D'où l'importance de bien s'emparer des marchés qui se présentent » Et le chef de service Marchés et études des filières Patrick Garnon d'ajouter : « Les agriculteurs ont intérêt à livrer un maximum de leur moisson. A la fois pour un meilleur écoulement de la récolte 2014 et pour se prémunir du risque de déclassement en blé fourrager, avec l'écart de prix correspondant. » Il a rappelé la complexité de l'actuelle campagne, en raison d'une qualité hétérogène. Cela implique, selon lui, de mettre à disposition des opérateurs une palette d'offre suffisamment large pour s'ajuster à la demande.

Bien qu'alarmiste sur les niveaux de stocks, FranceAgriMer révise à la baisse ses prévisions de report, à 3,6 Mt de blé tendre fin 2014-15 (contre 4,3 Mt annoncées le mois dernier). L'export pays tiers est corrigé en hausse, à 9,8 Mt (8,8 Mt). « Les ventes françaises démarrent fort » en cette deuxième partie de campagne, a noté Patrick Garnon, évoquant des perspectives de 500 à 700 000 tonnes de blé fourrager vers l'Asie du Sud-Est et un courant maintenu vers les marchés traditionnels du blé meunier, Algérie et Egypte en tête.

Lourdeur des fondamentaux du marché

Reste une impression de lourdeur du marché, encore accentuée par le maïs. Sa collecte record est, de mois en mois, revue à la hausse pour atteindre 15,9 Mt (15,4 Mt prévues en janvier). Le stock de fin de campagne grimpe au niveau record de 4,1 Mt (contre 4 Mt). En découle une grande faiblesse des prix.

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« Si les fondamentaux restent lourds, en blé tendre, en maïs (moins en orge), la conjoncture est favorable à la production européenne, a néanmoins relevé Patrick Garnon. L'origine UE domine le marché international. » Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. L'euro est largement déprécié par rapport au dollar, le taux de fret maritime tombe au plus bas depuis la création du BDI (Baltic Dry Index) en 1985.

La concurrence des Etats-Unis reste par ailleurs discrète. Même si Washington a dégainé 100 M de dollars de ligne de crédit en faveur de l'Egypte pour l'achat de blé américain SRW. L'aide entre dans le cadre du système de prêt pour l'achat de denrées alimentaires, dit « public law 480 ». Problème, le SRW apparaît peu compétitif et sa qualité en 2014 n'est pas conforme aux exigences de l'office public égyptien Gasc, à cause d'un taux élevé de mycotoxines.

Conséquence d'une offre mondiale pléthorique, les prix restent orientés à la baisse. Cela en dépit des restrictions à l'export dans le bassin de la mer Noire. En Russie, la taxe douanière « n'a pas eu d'effet radical sur les exportations », de l'aveu même des autorités. Le programme d'achat à l'intervention n'est guère plus efficace, avec 348 000 t réalisées au 3 février sur les 5 Mt prévues. Une autre source de tension reste à surveiller : des surfaces exposées au gel hivernal dans le sud de la Russie. Mais la menace reste hypothétique, en l'absence de froid sévère.

Des conditions de culture satisfaisantes, d'après Céré'Obs

FranceAgriMer voit globalement de « bonnes » à « très bonnes » conditions de culture des céréales d'hiver », notamment pour le blé tendre qui atteint 92 % pour la somme des deux classes, d'après le rapport Céré'Obs sur la semaine du 3 au 9 février. « Les céréales à paille sont en avance, mais pas autant qu'en 2012 », a signalé la chef de projet Maggy Mückensturm. Un coup de frein est intervenu sur la végétation grâce au froid, qui s'est avéré bénéfique. Décembre a été très sec, janvier peu excédentaire en pluies. D'où « un assainissement des sols », selon elle.