La France, qui connaît sa troisième plus faible récolte de blé tendre sur vingt-cinq ans, s’annonce en retrait à l’export, loin du record de la dernière campagne.
Des expéditions de 6,3 millions de tonnes (Mt) de blé tendre sont prévues vers les pays tiers en 2020-21, contre un niveau jamais vu de 13,5 Mt en 2019-20, et 6,7 Mt vers l’Union européenne (contre 7,4 Mt), a indiqué Agritel le 26 août. La société de conseil table notamment sur une bonne campagne à destination de la Chine, avec 1,15 Mt (à comparer au 1,62 Mt de l’année écoulée).
D’autres débouchés semblent plus incertains à cause de la crise Covid : des pays d’Afrique et du Moyen-Orient voient s’effondrer leurs recettes pétrolières ou issues du tourisme, selon le responsable des analyses Nathan Cordier. L’Algérie ne montre « pas un gros rythme d’achats », a-t-il illustré en visioconférence. Une vive concurrence des pays baltes, forts d’une production record d’environ 9 Mt, est notamment attendue. Aucune exportation de blé français n’est espérée vers l’Egypte (contre 936 000 tonnes en 2019-20). Le pays, d’abord timoré, accélère ses appels d’offres avec des « achats massifs » en origine russe.
Pression concurrentielle de la mer Noire
La Russie fait à nouveau figure de grande actrice du marché, sa production étant chiffrée à 80,5 Mt, la deuxième plus grosse de l’histoire. Agritel pointe une hausse constante des superficies consacrées aux blés d’hiver. Ces variétés plus productives dépassent 16,6 Mha dans le pays. « Les surfaces de blé d’hiver ont connu une hausse impressionnante de 116 % ces vingt dernières années », quand celles de blé de printemps demeurent « relativement stables » à 12,2 Mha, observe la société de conseil. L’Ukraine et le Kazakhstan affichent, eux, des récoltes en baisse. Mais la production des trois pays de la mer Noire, tirée par la Russie, grimpe à 119,4 Mt pour un disponible à l’export de 62 Mt, meilleur niveau derrière le record de 2017-18.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Concernant les Etats-Unis, c’est la baisse des surfaces en blés d’hiver qui frappe. Elles descendent à leur « plus petit niveau depuis 1919 », les agriculteurs jugeant les prix « peu rémunérateurs », d’après Nathan Cordier. De bons rendements en blé de printemps sauvent l’année, qui se présente avec des disponibilités américaines plutôt « confortables ». Agritel souligne au final une production stable chez les huit principaux pays exportateurs à 390 Mt, même tendance pour les disponibilités.
Le marché réagit par des niveaux de prix en France supérieurs de 3 % aujourd’hui par rapport à la moyenne 2019-20, ce qui « n’est pas suffisant pour compenser » la mauvaise récolte, considère Nathan Cordier. Une « année compliquée » se dessine donc pour les agriculteurs. Et les perspectives à l’export sont assombries par un renchérissement de l’euro, en hausse de 6 % face au dollar depuis le 1er juillet.
Moitié moins d’exportations vers les pays tiers