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Produits laitiers/Résultats Bongrain améliore ses résultats mais s’inquiète de la perte de compétitivité de la filière

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Placé au cœur d’une crise « majeure » de la filière laitière, directement affecté par la chute du prix des « commodities » (beurre cube, poudre de lait) dont les cours mondiaux se sont effondrés, Bongrain SA redresse en 2009 sa rentabilité « sans atteindre encore les niveaux des années 2006-2007 ». Son résultat opérationnel courant progresse de 33,8% à 115,8 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 3,279 milliards d’euros (-7,8%). Dans les spécialités fromagères, le cœur de son activité (67,7% du CA), le groupe familial parvient à dégager une marge opérationnelle courante de 5,4% non loin des 5,7% atteints en 2006 avant l’envolée des prix des matières premières. Le groupe a bénéficié de la baisse de ses coûts matière en 2009 (-20% sur le prix d’achat du lait). Mais ces résultats ont aussi été obtenus grâce au renforcement des moyens publi-promotionnels sur ces principales marques, à la bonne résistance de la consommation de fromage dans les pays européens et aux plans continus de productivité mis en œuvre par le groupe qui a notamment, regroupé ses forces de vente en France dans le fromage. Pour l’exercice en cours, le leader des spécialités fromagères (Caprice des Dieux, Saint Agur, Fol Epi, Tartare, Le Rustique,…) se montre encore plus prudent que d’habitude dans ses prévisions. Il appelle, par la voix de son PDG Alex Bongrain, à « des actions coordonnées de l’ensemble des acteurs de la filière avec l’appui des pouvoirs publics » pour rendre au secteur laitier une partie de la compétitivité-prix perdue en 2009, en particulier face à l’Allemagne, principal partenaire commercial de la France.

Le groupe fromager Bongrain peut se montrer satisfait de ses performances dans les produits fromagers dont les bénéfices opérationnels ont atteint 123,2 millions d’euros (+50%) et dont les marques ont gagné des parts de marché en 2009 : ainsi Saint-Agur, devenu numéro un des fromages persillés, ou Le Rustique, leader des camemberts haut de gamme, qui a gagné du terrain sur les MDD. Néanmoins, le groupe n’a pas encore retrouvé ses niveaux de rentabilité des années 2006-2007. « Nous ne sommes pas encore au niveau de nos ambitions, résume Alex Bongrain, en raison de la crise économique mondiale et de la volatilité des cours des produits laitiers ». Les rigidités du marché français, le différentiel de prix à la production entre la France et ses partenaires commerciaux ont pesé sur les comptes (voir encadré) de même que l’effondrement des cours mondiaux des co-produits industriels. Le prix de la poudre de lait est passé de 2204 euros/tonnes en 2008 à 1789 euros/tonnes en 2009. L’activité « produits industriels » (32% des ventes) de Bongrain accuse ainsi une nette chute de sa marge opérationnelle (0,2% contre 1,4% en 2008 et 4,6% en 2007).

Les spécialités fromagères n’ont pas été affectées par la crise
En revanche, sur le plan commercial, Bongrain crée la surprise. Ses spécialités fromagères, pourtant haut de gamme, n’ont pas été pénalisées par la crise économique qui affecte le pouvoir d’achat. « La consommation de fromage a très bien résisté à la crise, comme le montrent nos études, particulièrement en Europe. La dernière chose dont accepteraient de se passer les consommateurs français, c’est le fromage », souligne Jean-Paul Torris, directeur général délégué Europe de l’Ouest. Ces derniers ont au contraire reporté les économies réalisées sur d’autres postes (les sorties au restaurant, par exemple) sur leurs achats « plaisir ». Résultat, Bongrain s’affiche leader en France sur la quasi-totalité de ses segments et bat ses records de ventes pour le Caprice des Dieux (4 millions de consommateurs gagnés en cinq ans). En 2010, il poursuivra le lancement d’innovations (En-Cas de Caprice, les tranches,…) et renforcera ses partenariats en « category management » avec les distributeurs en particulier Carrefour. Il poursuivra également l’application de ses plans de performances qui l’ont amené à mutualiser ses forces de vente dans le fromage. Les effectifs moyens ont baissé de 3,5% (sans restructuration) à 17 076 salariés.

Acquisitions : le groupe a réduit son endettement
Bongrain est-il prêt, lui aussi à investir en Espagne, pour palier la perte de compétitivité de la filière française comme vient de le faire son concurrent Lactalis ? « La dérégulation du secteur laitier peut effectivement inciter des entreprises à rechercher des partenaires, répond Pascal Breton, directeur général du groupe. Dans ce cas, nous avons des atouts » [ndlr : le groupe a réduit son endettement net qui représente 23,8% de ses fonds propres contre 34,4% fin 2008]. Mais nous avons une ligne stratégique claire, axée sur les spécialités fromagères et l’innovation, dont nous ne souhaitons pas nous écarter », martèle encore ce dernier. Prudence également dans l’hexagone au sujet de la reprise d’Entremont par Sodiaal, son partenaire depuis 2008 dans la Compagnie des Fromages & Richemonts. Dans cette éventualité, « nous examinerions avec Sodiaal les synergies possibles », s’est contenté d’affirmer Pascal Breton.

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