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Produits laitiers/Résultats Bongrain subit de plein fouet la conjoncture

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Bongrain a enregistré une baisse de 76,5 % de son résultat net en 2008, à 38 millions d’euros. Le groupe tente de résister, grâce à ses fortes marques et à sa présence internationale, à une conjoncture très difficile : chute des cours mondiaux des coproduits industriels laitiers, baisse des ventes, hausse du prix aux producteurs, hausse des exportations américaines… Bongrain sera prudent en 2009 et se concentrera sur la qualité de ses produits.

Bongrain, numéro deux français des produits fromagers, vient de connaître une année très difficile. Son résultat net a été divisé par quatre, à 38 millions d’euros contre 161,7 millions d’euros l’année précédente. Son résultat opérationnel courant a quant à lui reculé de 43,3 % à 86,5 M EUR. Les actionnaires ne recevront pas de dividendes cette année. Le chiffre d’affaires du groupe a certes augmenté de 4 % à 3,55 milliards d’euros en 2008, mais c’est principalement dû aux hausses de prix passées auprès de la grande distribution, à l’acquisition de Kikindska en Serbie, de 51 % de Fromapac et de la création de la Compagnie des fromages et Richemont avec le groupe Sodiaal. L’année dernière, Bongrain a réduit ses investissements de 6,8 %, à 105,9 millions d’euros. Son endettement net a quant à lui augmenté de 8,1 %, à 375,3 millions d’euros. Les mauvais résultats du groupe s’expliquent notamment par la baisse des ventes dans certaines régions du monde comme l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Europe de l’Est ou les Etats-Unis. La France représente 35,1 % du chiffre d’affaires global, contre 35,7 % dans le reste de l’Europe de l’Ouest et 9,7 % dans les PECO. A cette baisse des ventes s’est ajoutée la dégringolade des cours mondiaux des coproduits industriels générés par la fabrication du fromage (lactosérum, poudre, beurre). Par exemple, la poudre de lait a vu ses prix passer de 3 600 à 1 250 euros en 18 mois. Bongrain a également subi la hausse des exportations des Etats-Unis grâce à la faiblesse du dollar. Pour le lait en poudre, par exemple, celles-ci ont atteint 371 000 tonnes en 2008, contre 236 000 tonnes l’année précédente. Pour le beurre, elles ont atteint 79 159 tonnes contre 29 833 tonnes en 2007. Un autre facteur a impacté les résultats du groupe : la hausse du prix du lait aux producteurs.

Le prix du lait le plus élevé du monde

Après Lactalis, numéro un européen du fromage, Bongrain demande également une baisse des prix. « Notre priorité est d’obtenir un ajustement du prix du lait aux producteurs, il ne doit pas être différent de celui pratiqué dans les autres pays européens », affirme Pascal Breton, directeur général de Bongrain. Selon lui, le prix du lait en France est le plus élevé du monde : 320 euros les 1000 litres au premier semestre 2009, contre de 200 à 250 euros dans le reste de l’Europe. Les producteurs et les industriels doivent se mettre d’accord dans les prochains jours sur les indicateurs qui serviront à fixer le prix du lait. La nouvelle grille, discutée au Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), doit prendre effet à partir d’avril. Bongrain souhaite que les mécanismes de fixation des prix du lait en France soient remis à plat pour qu’ils soient davantage compatibles avec le marché du lait, qui nécessite une forte réactivité.

Des réformes insuffisantes

A ce prix du lait élevé s’ajoute le déséquilibre du marché dû à la surproduction mondiale de 3,6 milliards de litres. Bongrain considère que la politique de dérégulation de la PAC est directement responsable. La Commission européenne prévoit notamment d’augmenter de 1 % par an les quotas pendant cinq ans, pour qu’ils disparaissent finalement en 2015. Face à la conjoncture actuelle, la Commission a réinstauré certains mécanismes de soutien : retour des restitutions à l’exportation, élargissement du soutien au stockage du beurre, garanties du maintien des achats de désengagement par les autorités européennes jusqu’au mois d’août. Pour Bongrain, ces réformes sont insuffisantes pour résoudre la crise que connaît le secteur. Le président de la FNSEA a quant à lui récemment déclaré que la suppression des quotas laitiers était une « bêtise ».

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Des marques qui résistent bien

Heureusement, les marques du groupe ont tout de même bien résisté dans cette mauvaise conjoncture. « Grâce à sa valeur nutritive et à la variété de ses usages, le fromage résiste bien, malgré la forte hausse des prix de vente », souligne Jean-Paul Torris, directeur général délégué. Le marché du fromage LS a baissé seulement de 0,90 % en France en 2008 alors que les ventes de yaourts ont chuté de 5,6 % en volume. Les produits fromagers représentent 66,3 % du chiffre d’affaires de Bongrain, contre 33,5 % pour les autres produits laitiers. Globalement, le groupe est le leader mondial des fromages à pâte molle grâce au succès de marques telles que Caprice des Dieux, qui a battu son record de volume l’an passé, ou que Cœur de Lion. Saint Agur est leader des fromages persillés en Angleterre, même s’il a souffert de la dévaluation de la livre sterling. Autre point positif : Bongrain, partenaire du hard discount dans de nombreux pays (notamment à travers Lidl et Aldi) profite de l’essor de ce secteur, privilégié par de plus en plus de consommateurs. Certaines marques ont tout de même subi des reculs. Aux Etats-Unis par exemple, la situation est difficile. Alouette et Ile de France ont perdu des parts de marché et sont en recul à cause de l’effet dollar.

Rester confiant

Face à ces difficultés, Bongrain reste prudent et n’augmentera pas ses dépenses publicitaires ni ses investissements en 2008. « Il est difficile d’anticiper le niveau de la consommation cette année, nous espérons que la situation va s’améliorer », affirme Pascal Breton. Sur le début de l’année 2009, le chiffre d’affaires est en baisse. Jean-Paul Torris reste toutefois confiant pour l’avenir car « le fromage est le produit alimentaire dont les consommateurs se passeraient en dernier ». En 2009, pour résister, Bongrain va continuer sa stratégie en se désensibilisant des produits industriels et en renforçant la qualité de ses produits.