Abonné

Boostée lors du confinement, la bio vise le plan de relance

- - 6 min

Les chiffres du cabinet Nielsen, qui devraient être prochainement confirmés par une étude de l’Agence bio, montrent un nouveau bond du bio chez les consommateurs durant le confinement. Alors que la bio a d’autres atouts sur la biodiversité ou l’autonomie des exploitations, ces bons résultats renforcent la position qu’elle pourrait occuper dans l’éventuelle relance verte orchestrée par Bercy.

« Une espèce de coup d’accélérateur qui semble se maintenir et se confirmer », voilà comment Philippe Henry, président de l’Agence bio et agriculteur en Meurthe-et-Moselle, analyse la période de confinement pour la bio, tout en regrettant les conséquences pour la santé de nos concitoyens et l’économie du pays.

Les consommateurs, pour l’heure, semblent lui donner raison. Les chiffres de Nielsen, publiés début avril, ont montré une hausse des ventes du bio de 63 % en grandes surfaces. De manière plus générale, la tendance se serait même vérifiée tout au long de la période de confinement, et dans l’ensemble des circuits de distribution. Côté circuit court, par exemple, la Fnab estime que le panier moyen aurait augmenté de 25 % en moyenne, « sans que les prix aient augmenté à la ferme », comme le précise Guillaume Riou, président du syndicat.

« Tous nos éléments confirment la hausse générale de consommation », acquiesce Philippe Henry. À l’issue d’une enquête en cours, l’Agence bio devrait publier des chiffres précis d’ici la fin mai. Mais quelques interrogations subsistent. « Sur le plan qualitatif, nous tentons de vérifier s’il y a eu des transferts entre les circuits de distribution, et si ces tendances se maintiendront dans la durée », précise Philippe Henry.

Une position favorable

Ce plébiscite des consommateurs, ainsi que l’ensemble des arguments techniques et environnementaux de la bio, renforcent l’objectif politique des différents acteurs : la bio doit se faire une place dans la relance verte préparée par Bercy. Philippe Henry, à l’issue du prochain conseil d’administration de l’Agence bio, compte ainsi « apporter sa pierre au plan de relance ».

« On voit que la bio correspond à ce qu’on entend dans la campagne : il faudra repartir après la crise mais pas comme avant. Or la bio, par sa résilience, et sa capacité à prendre en compte les problématiques du champ à l’assiette, est un modèle intéressant », défend Philippe Henry.

Regrettant toujours l’exploitation choisie par le président de la République lors de son déplacement breton, Guillaume Riou souhaite, lui aussi, prendre part aux discussions : « La main est tendue, la porte est grande ouverte. » Le dialogue, précise-t-il, pourrait aussi se faire à l’échelle locale, la plus adaptée pour les enjeux de relocalisation, ou de transition alimentaire en restauration collective. « Il y a une relance à imaginer avec les élus et les collectivités », estime Guillaume Riou.

Collectivités locales, agences de l’eau, régions ou État : pour Guillaume Riou, si les pouvoirs publics souhaitent mettre en œuvre une « véritable révolution verte », un doublement des investissements toutes sources confondues sera nécessaire, pour atteindre le milliard d’euros. « Alors que le marché est à maturité, et ne va faire que s’accroître, l’action publique doit aller plus loin dans l’accompagnement », lance le président de la Fnab.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

biodiversité
Suivi
Suivre

Ambition 2022

Autre chiffre de l’Agence bio attendu pour les prochaines semaines : les surfaces bio pour 2019. Si Philippe Henry refuse pour l’heure de les dévoiler, il précise que la tendance est « intéressante ». « Quant à dire qu’on va arriver au plan Ambition bio, il faudra un coup d’accélérateur quand même », confie-t-il, en écho aux demandes d’accroissement des investissements de la Fnab. Alors que les 15 % de SAU semble difficilement atteignables, il fixe au passage un nouveau cap pour la croissance de la production bio : « Ce qui serait déjà intéressant, ce serait au moins d’avoir 15 % des producteurs en bio en 2022 », songe le président de l’Agence bio.

L’autre chantier, en lien avec la crise, serait pour lui de renforcer les exigences des cahiers des charges bio sur le plan de la biodiversité. « On pourrait aller plus loin, en introduisant des éléments de paysage comme les haies, ou les mares, qui sont évoquées dans les cahiers des charges, mais qui n’ont pas encore de déclinaison concrète », imagine le président de l’Agence bio.

De bons résultats économiques, des atouts environnementaux, un plébiscite citoyen, et des projets : s’il est difficile de savoir jusqu’où Bercy ira en termes de relance, la bio, à l’heure où tous se pressent à la porte des ministères, a de solides arguments à faire entendre.

Une hausse des ventes du bio de 63 % en grandes surfaces

Covid-19 : peu chahuté, le lait bio cumule les bons points

Peu présent en restauration hors domicile et à l’export, sous-représenté sur le segment des fromages, surreprésenté dans les linéaires de laits liquides, le secteur du lait bio échappe aux mésaventures que connaît son équivalent conventionnel. En effet, les achats des ménages représentent 90 % des débouchés du lait bio. La ruée vers les supermarchés pendant le confinement aura donc été bénéfique pour les ventes de ces produits. « La filière lait bio n’apparaît pas menacée [par l’épidémie de Covid-19] avec des prix qui devraient se maintenir », explique Benoît Baron, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele) lors d’un webinaire le 14 mai. Le prix français est en légère progression et est même en train de rejoindre le prix allemand. « Un message somme toute positif pour la filière française », explique Benoît Baron. Un point de vigilance malgré tout : la filière « digère » encore la forte vague de conversion connue ces dernières années. « Ces bonnes performances se font donc aussi au prix d’efforts de régulation des volumes », explique l’économiste.