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Bourse : toujours une très bonne tenue des valeurs agroalimentaires françaises

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Unigrains vient de publier son dernier bilan trimestriel 2019 des 80 valeurs de l’agroalimentaire d’Europe de l’Ouest, regroupées au sein de son indice IAA 80. Poursuivant sur sa lancée, après sa hausse du deuxième trimestre 2019 (+2,9 %), l’IAA 80 a enregistré une progression de 5,4 % sur les trois mois de juillet à septembre dernier, tiré par les plus grosses capitalisations. Dans le même temps, le MSCI Europe ne gagne que 1,3 %. Sur un an, l’IAA 80 surperforme nettement, avec une progression de 19 %, quand elle n’est que de 3,4 % pour le MSCI Europe.

Les valeurs européennes de l’agroalimentaire ont poursuivi sur leur lancée au cours du troisième trimestre 2019 et confirmé leur surperformance par rapport au reste du marché. L’IAA 80 (1) créé par Unigrains a ainsi gagné 5,4 % de juillet à septembre, tandis que le MSCI Europe ne prenait que 1,3 %. Les inquiétudes sur le front de l’économie mondiale, liées aux tensions commerciales persistantes entre les États-Unis et la Chine, sans oublier les incertitudes sur le Brexit, ont conforté l’intérêt des investisseurs pour les valeurs défensives. De fait, sur un an, avec un gain de 19 %, l’IAA 80 creuse l’écart avec le MSCI Europe en hausse de seulement 3,4 %.

Le multiple d’Ebitda moyen de l’IAA 80 s’est lui aussi amélioré, affichant une moyenne de 14,6x au troisième trimestre, contre 14,0x au trimestre précédent. La valorisation moyenne des indices vedettes Euronext 100, FSTE 100 et SMI, passe quant à elle de 9,9x à 10,4x. « Cette hausse traduit une recherche de rendement des investisseurs dans un contexte de taux bas et d’abondance de capital », rappelle l’expert d’Unigrains, alors que la supériorité du multiple moyen de l’IAA 80 sur l’indicateur moyen européen est la preuve d’« une prime à la plus grande stabilité de ses rendements, alors que le secteur agroalimentaire est par nature plus résilient que la moyenne de l’économie ».

Les grosses valeurs ont plutôt la cote

Sur ces trois mois, la performance de l’IAA 80 tient principalement à la très bonne tenue des « sous-secteurs Epicerie salée sucrée (+6,8 %), Chocolaterie-confiserie (+5,8 %) et Brasserie (+9,3 %) », relève Unigrains dans sa note. Des sous-secteurs qui ont eux-mêmes été tirés à la hausse par les plus grosses capitalisations (classées au sein d’un sous-indice Lead, regroupant les onze valeurs ayant une capitalisation supérieure à 10 Mrd€), comme Nestlé (+10,3 %), Danone (+8,9 %), ou encore Barry Callebaut (+7,7 %) et Hôtel Chocolat (+14,5 %). « Ce dernier fait figure d’outsider dans un marché anglais déprimé par la perspective du Brexit. L’entreprise a généré des résultats supérieurs aux attentes et a relevé ses prévisions de croissance », souligne l’expert d’Unigrains. À noter aussi le rebond d’AB InBev (+11,6 %), qui retrouve des couleurs depuis le début de l’année après une baisse continue depuis 2016. « Ses résultats s’améliorent, et l’IPO de sa filiale asiatique Budweiser Brewing fin septembre apporte les liquidités nécessaires à une réduction significative de sa dette », est-il précisé. Et sans oublier enfin la très belle progression de 14,2 % de Carlsberg « grâce à un bon premier semestre qui valide sa stratégie de croissance ». Mais toutes les grosses valeurs ne sont pas logées à la même enseigne. Diageo et Pernod Ricard ont en effet affiché de médiocres performances sur ce trimestre, se contentant respectivement d'un repli de 0,9 % et d'une hausse de 0,2 %. Diageo qui « devrait avoir atteint un plafond en 2020 », selon Unigrains, affiche un niveau de cours de l’action « élevé, traduisant la confiance des investisseurs en un taux de croissance certes moins impressionnant mais soutenable à long terme ». De son côté, Pernod Ricard souffre notamment des craintes de l’impact des taxes américaines sur ses exportations. Sur ce troisième trimestre, le Lead 11 est le seul sous-indice à superformer le MSCI Europe et même l’IAA 80, avec un gain de 6,2 %.

Les petites valeurs à la traine

Le Mid 27 (27 valeurs ayant une capitalisation comprise entre 0,2 et 1 Mrd€) cède pour sa part 3,4 %, pénalisé par certaines valeurs. « Parmi les mauvais élèves on retrouve encore une fois Aryzta (-30,5 % sur le trimestre), relève Unigrains. Si l’entreprise a renoué avec la profitabilité, des incertitudes demeurent sur la situation aux États-Unis, et le bon accueil en Bourse à l’annonce de la vente de sa participation dans Picard pour 156 millions d’euros a été de courte durée. Cette cession, bien inférieure aux 447 millions d’euros déboursés par Aryzta en 2015, apportera une "souplesse financière", selon un analyste d’UBS, mais ne répond en aucun cas aux "nombreux défis opérationnels" (Agra Alimentation du 10 octobre 2019). Enfin, Bonduelle, généralement orienté à la hausse, a cédé 20,2 % sur le troisième trimestre, « plombé par des résultats annuels inférieurs aux attentes », rappelle Unigrains. Mais la palme de la contre-performance du trimestre revient au Small 16 (16 valeurs ayant une capitalisation comprise inférieure à 0,2 Mrd€) qui abandonne 4 %. « Le sous-indicateur est surtout tiré à la baisse par quelques entreprises qui ont accentué leurs pertes. Parmi elles on retrouve Deoleo (-20 %), Marie Brizard (-25,1 %) et Hochdorf (-25,6 %) », explique Unigrains. À noter que le suisse Hochdorf, qui abandonne 53,1 % sur un an, cumule les mauvaises nouvelles depuis quelques mois.

Les valeurs vins et spiritueux souffrent

Si les valeurs françaises, regroupées au sein du sous-indice FR14, surperforment elles aussi le CAC 40 sur un an (respectivement +17,6 % et +4,9 %), l’écart s’est resserré au troisième trimestre. La cause en est la surpondération des valeurs vins et spiritueux au sein du sous-indice, lesdites valeurs qui « ont dans leur ensemble été affectées par la perspective d’une surtaxe américaine à partir d’octobre », souligne Unigrains. Et de leur côté, les valeurs du secteur champagne continuent de souffrir de l’effet de la loi Egalim sur les promotions. Au final, seuls Danone et AdVini ont connu un bon taux de croissance sur le trimestre, à respectivement +8,9 % et +11,5 %. AdVini qui avait pris de l’avance après l’annonce de ses bons résultats semestriels, a pourtant commencé à se tasser dès septembre.

Au coude à coude avec les valeurs américaines sur un an

Ce problème des surtaxes sur les importations de certains produits agroalimentaires européens pourrait d’ailleurs expliquer l’avance prise par l’indice US52 (indice créé par Unigrains et regroupant les 52 plus grosses valeurs américaines de l’agroalimentaire) par rapport à l’IAA 80 sur les trois derniers mois. Mais sur un an, ces deux indices restent à des niveaux de progression équivalent, autour de 19 %. Du côté des valeurs américaines, la palme de croissance sur le trimestre revient à The Simply Good Food (+91,9 %) et The Hershey Company (+59,5 %), soutenus par leurs bons résultats opérationnels, mais aussi par « la pertinence de leur stratégie, qui est de suivre au plus près l’évolution de la demande (produits plus sains pour le premier, de plus haute gamme pour le second) », selon Unigrains. En revanche, Kraft Heinz (-46,8 %) fait toujours figure de lanterne rouge. Le géant des produits transformés, exclusivement concentré sur une politique de réduction des coûts, a raté le virage pour s’adapter aux nouvelles habitudes alimentaires des consommateurs.

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L’IAA 80 est composé de 80 valeurs cotées de l’agroalimentaire, basées dans 13 pays d’Europe de l’Ouest (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Finlande, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Suisse).

L’agroalimentaire moins touchée par les défaillances en 2019

L’industrie agroalimentaire française a connu un fort recul des défaillances d’entreprises au cours des 10 premiers mois de l’année 2019 selon les données publiées le 10 décembre par la Coface. La direction de la recherche économique de l’organisme d’assurance-crédit précise que ces défaillances ont reculé de 7,2 % au cours des 10 premiers mois de 2019 par rapport à la même période de 2018. Tous secteurs confondus, ce taux atteint 3,3 %.

« La meilleure performance en termes sectoriels est à mettre au crédit de l’industrie agroalimentaire, grâce à la baisse des coûts dans la boulangerie et la pâtisserie, dans un contexte de cours des céréales inférieurs à leur niveau de 2018 », note Bruno de Moura Fernandes, économiste à la Coface.

La distribution connaît un nombre de défaillance en recul de 5 %. « Les services aux particuliers et la distribution, dépendants de la consommation, ont pleinement bénéficié des gains de pouvoir d’achat des ménages, permis par le dynamisme du marché du travail et les mesures fiscales prises par le gouvernement suite au mouvement des Gilets jaunes », indique la Coface. À noter toutefois la défaillance du livreur de produits surgelés Toupargel « liée à des changements structurels, en l’occurrence des modes de consommation. »

Hochdorf jette l'éponge dans le dossier Pharmalys

Empêtré dans de graves difficultés financières depuis la reprise de Pharmalys Laboratories fin 2016, le suisse Hochdorf a décidé de se désengager de cette filiale, à la suite de sa revue stratégique lancée en mai dernier. Cette décision lui permet de retrouver « sa flexibilité stratégique » et de franchir « une étape importante vers la reprise financière », précise le groupe laitier. Elle devrait aussi contribuer au redressement du titre en Bourse (lire ci-contre).

Le groupe a donc annoncé le 8 décembre 2019 la vente de sa participation majoritaire de 51% dans Pharmalys à Pharmalys Invest Holding, contrôlé par Amir Mechria, celui -là même à qui il avait acheté cette participation et qui se trouve être aujourd'hui son principal actionnaire.... Entre-temps, Hochdorf aura laissé beaucoup de plumes dans ce dossier. Le groupe cède ses parts pour 100 M CHF (91 M€), alors qu’il avait déboursé environ 245 M CHF (224,4 M€) jusqu'en mars 2018, dont environ 114 M CHF en espèces et le solde sous forme d'obligations convertibles. Et côté opérationnel, le redressement prendra un peu de temps. Après avoir accentué ses pertes au premier semestre de l’exercice en cours, Hochdorf a confirmé s'attendre toujours à un résultat négatif pour l'exercice en cours. Les six premiers mois de 2019 s’étaient soldés par une perte nette de 63,6 M CHF (58,51 M€), contre une perte de 2,19 M CHF à la même période de 2018, pour un chiffre d’affaires en baisse de 15,9 % à 242,9 M CHF (223,46 M€) (Agra Alimentation du 5 septembre 2019). Le groupe poursuivra son partenariat avec dans les aliments pour bébé avec Pharmalys.

C’est en novembre dernier, qu’Amir Mechria est devenu le principal actionnaire d’Hochdorf, après la conversion des trois quarts de sa part dans l'emprunt à conversion obligatoire 2017–2020 d’Hochdorf, avec 18,34% du capital. Amir Mechria qui détenait toujours 49% du capital de Pharmalys Laboratories, se retrouve donc à la tête de 100% du capital à moindre frais.