Troisième débouché des broutards français, l’Algérie a suspendu ses importations de bovins vivants en provenance de l’Hexagone, après les premiers cas de MHE déclarés le 18 septembre. Le ministère français de l’Agriculture a instauré une zone réglementée de 150 km autour des foyers, avec dérogation de sortie pour l’export.
Le premier embargo – bien que temporaire – ne s’est pas fait attendre. Moins d’une semaine après la déclaration des trois premiers cas de MHE (maladie hémorragique épizootique) dans le Sud-Ouest, le ministère algérien de l’Agriculture a annoncé la « suspension immédiate » des importations de bovins vivants en provenance de France. Une mesure « préventive » et « urgente », précise Alger dans un communiqué le 23 septembre, selon le site de l’agence africaine Ecofin. Troisième client de la France pour ses broutards, l’Algérie a importé, de 2019 à 2022, « entre 41 000 et 69 000 animaux par an » en provenance de l’Hexagone, rappelle Ilona Blanquet, de l’Institut de l’élevage.
Après des exportations records en 2022, Alger a suspendu en janvier la délivrance de nouvelles licences d’importation, « peut-être pour des questions d’arbitrage sur l’utilisation de ses devises étrangères », explique l’agroéconomiste. En juillet, l’Algérie avait ensuite annoncé la reprise des importations à partir de septembre, avant la survenue des cas de MHE. « C’est un marché soumis à des ouvertures et des fermetures, mais l’Algérie reste un client fidèle, qui revient toujours aux achats », relativise Ilona Blanquet. Le pays méditerranéen importe plus de 100 000 bovins vifs par an, et la France est son premier fournisseur.
Dérogation pour l’export
De son côté, via un arrêté paru au Journal officiel le 24 septembre, la France a instauré une zone réglementée de 150 km autour des trois foyers déclarés dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. Les bovins, ovins, caprins et cervidés qui y sont élevés ne peuvent pas en sortir. Des dérogations sont prévues dans quatre cas de figure, dont l’export, « sous réserve de l’article R 236-4 » du Code rural (qui porte sur les agréments délivrés par les pays tiers). Une disposition dont « la mise en pratique est un peu floue », déplore Stéphane Galais, secrétaire national de la Confédération paysanne.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L’arrêté prévoit aussi que les animaux peuvent sortir de la zone réglementée pour les retours d’estive, ainsi que les trajets directs vers un abattoir (avec « abattage dans les 24 heures »), y compris dans l’UE. Et la dernière dérogation concerne les mouvements « à d’autres fins » que les deux points précédents, à condition d’une désinsectisation sept jours plus tôt (à partir du 2 octobre), la MHE étant transmise par des moucherons du genre Culicoides. Le texte dispose aussi que les centres de rassemblement des zones réglementés « peuvent accueillir des animaux » en provenance des zones indemnes pour 48 h maximum (après désinsectisation). Enfin, l’arrêté instaure un protocole de surveillance – rendu obligatoire par la réglementation européenne – dans les élevages suspectés de MHE (isolement des animaux malades, prélèvements et enquête épidémiologique). Un dispositif « disproportionné » aux yeux de Stéphane Galais, qui craint « une épée de Damoclès à partir d’un seul animal malade ».
Conf' et Modef demandent des aides
Avec 1,055 million de broutards exportés en 2022 – presque un veau allaitant sur trois –, le commerce extérieur est vital pour la filière bovine française. « Cette crise intervient dans des systèmes de production dirigés vers l’export, cela devrait nous interroger sur le modèle industriel », souligne Stéphane Galais. La réglementation européenne « interdit l’envoi, vers d’autres États membres de l’Union européenne à des fins d’élevage, de tout ruminant provenant des exploitations situées dans le rayon de 150 kilomètres autour de chaque foyer », rappelle le ministère de l’Agriculture. Or, les deux premiers débouchés français sont l’Italie (853 900 broutards en 2022) et l’Espagne (85 000 broutards). Concernant les pays tiers, chaque destination est libre de fixer ses propres exigences.
Dans un communiqué du 21 septembre, la Confédération paysanne plaide pour la « révision urgente du règlement européen qui impose les restrictions à l’exportation » en cas de foyers de MHE. Le syndicat juge ces restrictions « drastiques », estimant qu’il s’agit d’une « maladie purement commerciale qui n’est pas transmissible à l’homme et provoque peu de signes cliniques chez les ruminants et quasiment aucune mortalité ». La MHE est une maladie réglementée à déclaration obligatoire. La Conf’ demande également un plan d’aide « destiné à couvrir les pertes économiques subies par les paysannes et les paysans ». Une demande partagée par le Modef, qui réclame, dans un communiqué du 27 septembre, « une aide exceptionnelle pour maintenir les animaux dans les fermes ». « Avec ces interdictions, les éleveurs vont devoir (..) engraisser [les broutards habituellement exportés] à condition d’avoir de la place et surtout de trouver de la nourriture », déplore le Modef. « Cette crise supplémentaire risque d’accélérer la faillite de certains éleveurs », craint le syndicat, qui relève que « les petits et moyens producteurs vont être les premiers à faire les frais de cette restriction d’exportation ».