Alors que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) se dissémine lentement, le ministère de l’Agriculture a lancé la campagne de vaccination, qui débutera la semaine du 21 juillet avec un caractère obligatoire. Réunie en Cnopsav, la filière a validé majoritairement la stratégie, tandis que la Conf' et la CR soutenaient deux élevages réfractaires à l’abattage de leur troupeau.
Ce sont désormais deux élevages qui refusent l’abattage de leur troupeau demandé par les autorités sanitaires depuis qu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été signalé dans leur ferme. Le premier, en Savoie, avait été soutenu localement par la Coordination rurale, qui participe au blocage de la ferme depuis le 9 juillet, et y réunissait 200 personnes le 14 juillet. Le second, en Haute-Savoie, est défendu depuis le 16 juillet par la Confédération paysanne qui y a organisé une manifestation. Les deux syndicats se rejoignent dans leur rejet de l’abattage total d’un lot sur la base du seul test positif sur un animal, et plaident pour des abattages plus ciblés.
La Conf' propose de tester tous les animaux, et d'« abattre seulement les animaux aux symptômes marqués, ou seulement ceux positifs – ce n’est pas encore arbitré », explique Raphaël Baltassat, porte-parole de la Confédération paysanne de Haute-Savoie. Dans un communiqué le 10 juillet, la CR des deux Savoie demande de « stopper tout abattage préventif sans résultat virologique », d'« appliquer le principe de précaution avec rigueur scientifique », d'« associer systématiquement les éleveurs aux décisions ». Une semaine plus tôt, la CR des deux Savoie demandait simplement que les abattages ne se déroulent pas sur les exploitations elles-mêmes.
Pédagogie au Cnopsav
Quelques jours plus tard, le ministère a convoqué le Conseil national d’orientation de la politique sanitaire (Cnopsav) pour présenter sa stratégie vaccinale, et convaincre les professionnels du bien-fondé de l’abattage total. Une demande d’avis sur ce point précis a été sollicitée par le ministre après un long exposé de scientifiques, indiquant notamment qu’en raison du nombre important de faux négatifs, les tests négatifs ne signifiaient pas que les animaux l’étaient de manière fiable. Ils ont aussi souligné que les animaux pouvaient ne pas marquer de symptômes pendant plusieurs semaines avant de déclarer la maladie.
Le Cnopsav a validé la stratégie à une écrasante majorité, y compris l’élue de la CR présente. Sur la base de l’exposé des experts, Natacha Guillemet a finalement émis un avis positif, soulignant que « l’explication scientifique donnée au Cnopsav n’avait pas été transmise aux éleveurs », et demandant davantage d’accompagnement « humain » et financier – indemnisation sur douze mois, au lieu de trois. La présidente de la CR, Véronique LeFloc’h indique à Agra Presse qu’elle pourrait être exclue du syndicat : « Les enjeux sont trop importants et la cause doit être défendue jusqu’au bout. » De son côté, Natacha Guillemet ne désespère pas de convaincre sa présidente, sur la base des éléments collectés lors de la réunion.
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Le seul avis négatif est venu du représentant de la Confédération paysanne, Stéphane Galais, qui s’est positionné contre, évoquant, auprès d’Agra Presse, une « stratégie irréaliste et démesurée ». La FNSEA était venue en quête d’informations complémentaires, qui l’ont convaincue de valider la stratégie. Le syndicat majoritaire a plaidé pour une indemnisation rapide, « à hauteur de la génétique du troupeau », et des dispositions pour permettre un « repeuplement rapide ». « En tant qu’éleveurs, nous savons que c’est un drame humain qui laisse des traces, c’est pour cela qu’il faut agir vite auprès d’eux », explique Christophe Chambon, élu FNSEA et président du FMSE (fonds sanitaire professionnel).
Le Cnopsav a aussi validé la stratégie vaccinale présentée par le ministère de l’Agriculture, qui consistera en une campagne de vaccination obligatoire, qui devrait débuter à partir de la semaine prochaine. Seule la Confédération paysanne n’a pas voté pour, s’abstenant lors du vote. « Il n’y a pas encore de position syndicale sur la stratégie vaccinale face à cette maladie », explique l’un des porte-parole du syndicat, Stéphane Galais. La Conf' se positionne habituellement pour la « liberté vaccinale », mais revendique une approche différenciée par maladie : « On avance en marchant », explique l’éleveur.
350 000 doses
Le ministère de l’Agriculture doit mettre 350 000 doses à disposition, pour vacciner l’ensemble des bovins (âgés de plus d’un jour) présents dans les zones de régulation et de surveillance, soit 284 000 animaux répartis sur 3 400 élevages à date, rapportent les professionnels présents lors de la réunion. La dose (une seule est nécessaire) sera prise en charge par l’Etat, et appliquée par le réseau vétérinaire. Une seconde commande a été lancée par la ministre de l’Agriculture en cas de besoin, dont le volume n’a pas été précisé. L’immunité est acquise partiellement à partir de 10 jours, et complètement au bout de 21 jours ; un rappel annuel est nécessaire. Selon les précédentes campagnes effectuées dans les Balkans et le sud de l’Europe, les réactions délétères se sont limitées à une soixantaine de cas sur 420 000 injections.
Sur le terrain, les services sanitaires recensaient au 16 juillet 24 foyers, qui concernent 15 élevages, toujours cantonnés aux deux départements de Savoie et Haute-Savoie. La plupart des cas se concentrent sur la même commune d’Entrelacs, et ses communes limitrophes. Mais un cas a été signalé ce week-end à Faverges, à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau de la majorité des foyers. Ces nouveaux cas ont entraîné une extension de la zone réglementée vers l’Est.